Publié le 21 octobre 2025 13:51:00. Une étude internationale d’envergure révèle que les femmes présentant des signes avant-coureurs de la maladie de Parkinson subissent une perte de matière grise cérébrale bien moins importante que les hommes, malgré une gravité clinique similaire, ouvrant de nouvelles pistes de recherche sur le rôle des hormones dans cette pathologie.
- Les femmes atteintes du trouble du comportement en sommeil paradoxal (TCSP) présentent une atrophie corticale significativement plus faible que les hommes.
- L’expression accrue de gènes liés aux récepteurs des œstrogènes dans certaines zones cérébrales pourrait expliquer cette protection.
- Ces résultats soulignent l’importance de prendre en compte le sexe comme variable biologique dans les essais cliniques.
Le trouble du comportement en sommeil paradoxal (TCSP), caractérisé par des mouvements violents et l’expression de rêves pendant le sommeil, est considéré comme le signe avant-coureur le plus fiable des maladies neurodégénératives telles que la maladie de Parkinson, la démence à corps de Lewy ou, plus rarement, l’atrophie multisystémique. Plus de 70 % des personnes atteintes de TCSP développeront à terme l’une de ces affections.
Une équipe de chercheurs internationaux a analysé les images cérébrales de 687 participants – 343 patients atteints de TCSP et 344 individus sains – provenant de neuf centres répartis au Canada, en République tchèque, au Royaume-Uni, en France, en Australie, au Danemark et en Italie. Les résultats, publiés dans la revue Nature Communications, sont frappants : l’atrophie corticale, ou diminution de l’épaisseur de la couche externe du cerveau, est bien moins prononcée chez les femmes que chez les hommes.
« Nous avons constaté que 37 % des zones corticales présentaient une atrophie significative chez les hommes atteints de TCSP, contre seulement 1 % chez les femmes », explique Marie Filiatrault, doctorante à l’Université de Montréal et première auteure de l’étude. Cette différence persiste malgré un âge moyen similaire (environ 67 ans) et des caractéristiques cliniques comparables entre les deux sexes. Les zones les plus touchées chez les hommes sont celles qui contrôlent le mouvement, la sensation, la vision et l’orientation spatiale.
Pour tenter d’expliquer ce phénomène protecteur, les chercheurs ont croisé les données d’imagerie cérébrale avec l’expression de gènes dans différentes régions du cerveau, en s’appuyant sur des études post-mortem. Ils ont découvert que les zones cérébrales moins affectées chez les femmes présentaient une expression accrue de gènes associés à la fonction des œstrogènes, notamment les gènes ESRRG et ESRRA, qui codent pour des récepteurs hormonaux liés aux œstrogènes. Le gène ESRRG s’est avéré particulièrement intéressant, car il est plus fortement exprimé dans le cerveau que dans d’autres tissus.
Ces récepteurs jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des mitochondries (les « centrales énergétiques » des cellules), la production d’énergie cellulaire et la survie des neurones producteurs de dopamine – les cellules qui sont détruites dans la maladie de Parkinson.
« Ce trouble du sommeil offre une fenêtre d’opportunité unique pour étudier les mécanismes de la neurodégénérescence avant l’apparition de symptômes moteurs ou cognitifs majeurs. »
Shady Rahayel, professeur à la Faculté de médecine de l’UdeM et responsable de l’étude
« Nos résultats suggèrent que certaines zones cérébrales des femmes présentant un TCSP sont mieux protégées que celles des hommes, probablement grâce à l’action des œstrogènes », souligne Shady Rahayel, également chercheur au Centre de recherches avancées en médecine du sommeil de l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal.
Cette découverte s’inscrit dans une tendance observée dans d’autres études, qui montrent que les femmes atteintes de maladies neurodégénératives bénéficient d’une certaine protection cérébrale, potentiellement liée à l’action des œstrogènes et aux processus énergétiques associés.
Les chercheurs insistent sur l’importance de considérer le sexe comme une variable biologique dans les essais cliniques. Ils recommandent de séparer les hommes et les femmes lors de l’attribution aléatoire des participants aux groupes de traitement, ce qui pourrait améliorer la puissance statistique des études et réduire le nombre de participants nécessaires. De plus, les mécanismes biologiques identifiés, notamment ceux liés au gène ESRRG, pourraient devenir des cibles thérapeutiques prometteuses. Des recherches précliniques ont déjà montré qu’une activité accrue du gène ESRRG pourrait protéger les neurones producteurs de dopamine contre la toxicité de l’alpha-synucléine, une protéine qui s’accumule anormalement dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie de Parkinson.
« Cette étude nous rapproche de la médecine de précision, où les traitements pourraient être adaptés non seulement à la maladie, mais aussi aux caractéristiques biologiques individuelles, dont le sexe », conclut le professeur Rahayel.
Source:
Référence du journal :
Filiatrault, M., et al. (2025). Estrogen receptor-related gene expression is associated with sex differences in cortical atrophy in isolated REM sleep behavior disorder. Nature Communications. https://doi.org/10.1038/s41467-025-63829-w
