Publié le 12 janvier 2026 15:31:00. Alors que les températures estivales deviennent de plus en plus extrêmes, les athlètes de cyclisme sont contraints de s’entraîner dans des conditions simulant la chaleur intense des compétitions, soulevant des questions sur la pertinence des partenariats avec les entreprises d’énergies fossiles qui contribuent au changement climatique.
- Les cyclistes s’entraînent désormais régulièrement dans des chambres chauffées pour s’acclimater à la chaleur extrême, une pratique autrefois réservée aux préparations spécifiques.
- Le Tour Down Under, une course cycliste majeure en Australie, est sponsorisé par Santos, une société pétrolière et gazière, ce qui suscite des critiques croissantes.
- Des athlètes de renom expriment leur malaise face à ce partenariat et appellent à une recherche de sponsors plus alignés sur les valeurs environnementales.
Maëva Plouffe, cycliste olympique, se souvient encore de son premier entraînement sous la chaleur, à Paris, en préparation des Jeux. Ce qui devait être une simple séance d’adaptation s’est transformée en un coup de chaleur, la laissant inconsciente à son retour.
« C’est dire à quel point j’ai été affectée », dit-elle. « Courir dans une chaleur extrême, c’est comme jouer au poulet avec son environnement. »
Maëva Plouffe, cycliste olympique
Cette acclimatation à la chaleur, autrefois considérée comme une spécialité pour les courses dans des environnements particulièrement chauds comme le Tour Down Under, est désormais devenue la norme. Les entraînements se déroulent dans des chambres climatiques reproduisant des températures allant de 36 °C à 40 °C (97 °F à 104 °F), simulant les conditions éprouvantes d’une course prolongée sous un soleil de plomb. Ces séances, d’une durée d’une heure et répétées jusqu’à trois fois par semaine, visent à préparer les athlètes physiquement et mentalement à ces défis.
Plouffe décrit l’expérience comme étouffante :
« Courir dedans, c’est comme si tout votre corps était encapsulé dans la chaleur. Tout se détériore si vite et il n’y a aucun soulagement. »
Maëva Plouffe, cycliste olympique
Cependant, cette préparation physique s’accompagne d’une prise de conscience croissante des enjeux environnementaux. Le cyclisme, sport de plein air par excellence, est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique et à l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes. Cette réalité engendre un débat délicat au sein du sport concernant ses relations avec les entreprises d’énergies fossiles.
Santos, sponsor du Tour Down Under depuis 2010 et dont le contrat a été renouvelé jusqu’en 2028, est au centre des critiques. L’entreprise a fait l’objet de protestations et d’appels au désinvestissement, notamment après les incendies de brousse dévastateurs de 2019-2020.
Plusieurs athlètes se sont exprimés publiquement sur cette question. Brodie Chapman, championne nationale sur route, estime qu’il est temps pour le Tour Down Under de trouver un nouveau sponsor, plus en phase avec les valeurs contemporaines.
« Il est certainement temps que le Tour Down Under recherche un nouveau sponsor pour s’aligner davantage sur les valeurs du monde moderne, du peuple australien, du monde naturel et des athlètes. »
Brodie Chapman, championne nationale sur route
Cyrus Monk, ancien champion national, va encore plus loin, qualifiant le sponsoring de Santos de « gênant ». Il souligne que trouver un autre sponsor ne serait pas forcément difficile, mais déplore le manque de transparence concernant les sommes versées par Santos et l’implication du gouvernement sud-australien. Il évoque le Renew It Tour belge, sponsorisé par une entreprise d’énergie renouvelable, comme un modèle à suivre.
Santos n’a pas répondu aux sollicitations de la presse, mais un porte-parole du Tour Down Under a défendu le partenariat, soulignant l’importance du soutien financier de l’entreprise pour le développement de la course, notamment la création d’une course WorldTour féminine avec des prix égaux à ceux des hommes et la reconnaissance du TDU comme le meilleur événement sportif d’Australie en 2024. Le porte-parole a également affirmé que le gaz naturel produit par Santos contribue à l’investissement de l’Australie du Sud dans les énergies renouvelables et à son projet de captage et de stockage du carbone à Moomba, permettant de décarboner l’équivalent de 700 000 voitures par an – un argument repris par le Premier ministre sud-australien, Peter Malinauskas, et par l’entreprise elle-même.
Cependant, l’efficacité du projet Moomba CCS est remise en question. Selon une analyse récente, il n’a capté jusqu’à présent que 4,6 % des émissions totales de Santos.
Matt Rendell, ancien commentateur du Tour de France, estime que le cyclisme est devenu un outil de « propagande d’arrière-garde » pour l’industrie des combustibles fossiles, en raison de son coût relativement faible et de son image positive associée à la nature et à la performance humaine. Il souligne également la complexité des relations entre les courses et les villes qui les accueillent, les organisateurs dépendant de la bonne volonté des autorités locales pour l’accès aux routes et aux infrastructures.
Rendell conclut que l’idée qu’aucun autre sponsor ne puisse être trouvé est simplement « une incapacité à imaginer les choses autrement ».
« En termes les plus simples possibles : que ce soit Santos ou quelqu’un d’autre, tant que vous êtes enfermé dans un sponsor, vous ne cherchez pas d’autres sponsors. Dès qu’il y a un doute, cela change. »
Matt Rendell, ancien commentateur du Tour de France
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