Rennes a toujours résonné comme une évidence pour Billy Ze Kick, l’artiste rennaise qui a vu son groupe exploser au milieu des années 90. De son arrivée en ville en 1983 à son retour en 2000, elle témoigne d’une ville qui a su préserver une atmosphère musicale unique, nourrie par un esprit contestataire et une certaine bienveillance.
C’est à la cité universitaire de Villejean que tout a commencé pour la jeune musicienne. « Il y avait une véritable effervescence musicale. Tout le monde avait un groupe et on jouait dans les amphithéâtres », se souvient-elle. C’est là, sur les planches d’un amphithéâtre, qu’elle a fait ses premiers pas avec son groupe, Les Passants, dans une ambiance loin du clinquant : « L’ambiance était vraiment bon enfant, surtout pas bling-bling. Au contraire. C’était très militant, voire anarchiste. Les concerts servaient surtout à se rencontrer. »
À l’époque, elle explorait la ville à pied, s’imprégnant de l’atmosphère rennaise. La rue de Saint-Malo est rapidement devenue un lieu de prédilection, où elle a tissé des liens avec d’autres artistes. Les soirées se terminaient souvent au pub Satory, sur le Mail, après des passages par La Trinquette et L’Ozone, des lieux propices aux échanges et à la création de fanzines. « Vers 4 h du matin, on sortait chercher des croissants, avant de retourner à nos vies d’étudiants », raconte-t-elle.
C’est de cette période que naît Billy Ze Kick, groupe qui connaîtra un succès retentissant avec son titre « Mangez-moi ! Mangez-moi ! », une chanson inspirée d’une cueillette de champignons hallucinogènes. Ce tube, sorti en 1994, avait valu au groupe une attaque en justice pour « incitation à l’usage de stupéfiants », mais l’affaire s’était finalement soldée par un non-lieu.
Après quelques années passées à Paris, Billy Ze Kick est revenue à Rennes en 2000. Le parc de Bréquigny est devenu un lieu de ressourcement essentiel. « Ce parc représente à la fois un moment de tristesse et un moment d’amour », confie-t-elle. Elle a notamment été témoin d’une tentative de construction d’une clôture autour de la pataugeoire, ce qui l’a incitée à se mobiliser. « Mon vieux réflexe militant a repris le dessus : j’ai écrit aux élus, distribué des tracts », explique-t-elle. Elle a ensuite découvert que les piquets utilisés pour délimiter la zone avaient été disposés pour former le mot « liberté », grâce à l’intervention discrète de son compagnon.
Pour Billy Ze Kick, Rennes a été un terreau fertile pour son expression artistique. « Rennes m’a donné une véritable aura musicale, nourrie par les légendes celtiques et une tradition militante. Ailleurs, j’aurais sans doute eu une vie artistique mais elle aurait été différente », affirme-t-elle. Si la scène musicale a évolué, avec moins de bars-concerts qu’à son époque, elle reste très active. « Quand je répète au Jardin Moderne, je croise les nouvelles générations, notamment de nombreuses artistes féminines. La ville change, mais elle garde son âme musicale. »