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c’est le signal silencieux

by Sophie Martin

Publié le 16 janvier 2026 à 07h03. Une nouvelle étude suédoise révèle que des anomalies subtiles de la fonction rénale, même dans les limites considérées comme normales, peuvent signaler un risque accru de maladie rénale chronique, ouvrant la voie à un dépistage plus précoce et à une meilleure prévention.

  • La maladie rénale chronique touche 10 à 15 % des adultes dans le monde et devrait être l’une des cinq principales causes de décès d’ici 2040.
  • Des chercheurs de l’Institut Karolinska ont développé un outil en ligne pour aider les médecins à identifier les patients à risque en comparant leur débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) aux normes de la population.
  • L’étude, basée sur les données de plus d’un million d’adultes suédois, montre que même un DFGe apparemment normal peut indiquer un risque accru de complications rénales et de mortalité.

La maladie rénale chronique (MRC) est un problème de santé publique mondial en expansion. On estime qu’elle affecte entre 10 et 15 % de la population adulte à l’échelle mondiale et les prévisions indiquent qu’elle deviendra l’une des cinq principales causes d’années de vie perdues d’ici 2040. Le défi majeur réside dans le diagnostic tardif : trop souvent, les patients sont identifiés une fois que plus de la moitié de leur fonction rénale a déjà été compromise.

Les reins sont des organes discrets, capables de compenser une perte de fonction sans que cela se manifeste par des symptômes évidents. Cette capacité à fonctionner en silence peut masquer des signaux d’alerte précoces. C’est là qu’intervient l’importance d’une interprétation fine des données biologiques. Les chercheurs de l’Institut Karolinska en Suède ont cherché à combler cette lacune en développant un outil innovant.

Quand un bilan considéré comme « normal » peut cacher un danger

Une nouvelle étude publiée dans « Kidney International » démontre que des anomalies subtiles de la fonction rénale, même dans les limites considérées comme normales, peuvent permettre d’identifier les personnes à risque de développer une MRC. Forts de cette découverte, les chercheurs ont mis au point un outil en ligne destiné à faciliter la détection précoce et, par conséquent, la prévention primaire.

L’équipe a construit des courbes de distribution de la population pour le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe), un indicateur clé de la fonction rénale. L’objectif est d’aider les médecins à identifier les patients présentant des valeurs en dehors des normes pour leur âge, permettant ainsi une intervention préventive rapide.

« Nous nous inspirons des courbes de croissance et du poids utilisés en pédiatrie, qui aident intuitivement les médecins à identifier les enfants à risque d’obésité ou de retard de croissance », explique Yuanhang Yang, chercheur postdoctoral au Département des sciences cliniques et de l’éducation du Karolinska Institutet.

Yuanhang Yang, chercheur postdoctoral

Les chercheurs ont mis ces graphiques de distribution du DFGe à la disposition des professionnels de santé et ont développé un calculateur en ligne, conçu par Antoine Créon, qui permet d’évaluer la position du DFGe d’un patient par rapport aux normes de la population pour son âge.

Ce que vos analyses de routine pourraient ne pas révéler

L’étude a analysé les données de plus de 1,1 million d’adultes de la région de Stockholm en Suède, représentant environ 80 % de la population âgée de 40 à 100 ans. Près de sept millions de tests de DFGe réalisés entre 2006 et 2021 ont servi à établir des distributions spécifiques à l’âge et au sexe.

Les résultats indiquent que les écarts par rapport au DFGe médian pour l’âge et le sexe sont associés à des résultats moins favorables. Les personnes présentant un DFGe inférieur au 25e percentile avaient un risque significativement accru de développer une insuffisance rénale nécessitant une dialyse ou une transplantation. La mortalité présentait également une relation en forme de U : les valeurs extrêmes des centiles inférieur et supérieur étaient associées à un risque accru de décès.

L’étude met également en évidence un manque de sensibilisation dans la pratique clinique. Parmi les patients présentant un DFGe apparemment normal (supérieur à 60 ml/min/1,73 m2), mais inférieur au 25e percentile, seulement un quart a bénéficié d’un examen complémentaire de l’albumine urinaire, un test important pour détecter les lésions rénales précoces.

Prenons l’exemple d’une femme de 55 ans avec un DFGe de 80. La plupart des médecins ne réagiraient pas à une valeur aussi normale. Cependant, nos graphiques montrent que cela correspond au 10e percentile pour les femmes de cet âge, ce qui indique un risque trois fois plus élevé de devoir commencer une dialyse à l’avenir. Cela souligne l’importance d’une action plus rapide, ajoute Juan Jesús Carrero, professeur au Département d’épidémiologie médicale et de biostatistique de l’Institut Karolinska.

« Cela indique une opportunité d’agir plus rapidement. »

Juan Jesús Carrero, professeur

L’étude s’inscrit dans le cadre du projet SCREAM et a été financée par le Conseil suédois de la recherche, la Fondation suédoise de cardiologie et pulmonaire, la région de Stockholm et la Fondation suédoise du rein, entre autres.

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