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C’est seulement ici que le PIB du Japon a dépassé… La puissance du « cluster du fleuve Yangtze » chinois [창간 60년-中혁신 리포트]

La Chine investit massivement pour devenir un acteur majeur de l'industrie des semi-conducteurs, un secteur traditionnellement dominé par les États-Unis, Taïwan, la Corée du Sud, l'Europe et le Japon. Grâce à des financements colossaux et à la création…

C’est seulement ici que le PIB du Japon a dépassé… La puissance du « cluster du fleuve Yangtze » chinois [창간 60년-中혁신 리포트]

La Chine investit massivement pour devenir un acteur majeur de l’industrie des semi-conducteurs, un secteur traditionnellement dominé par les États-Unis, Taïwan, la Corée du Sud, l’Europe et le Japon. Grâce à des financements colossaux et à la création de pôles technologiques, elle ambitionne de réduire sa dépendance et de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception à la fabrication.

Le cœur de cette ambition se concentre autour de plusieurs régions clés, notamment le delta du fleuve Yangtze, qui représente à lui seul 25 % du produit intérieur brut (PIB) de la Chine. En 2023, le PIB de cette zone – comprenant les provinces de Shanghai, Jiangsu, Zhejiang et Anhui – a dépassé les 4 670 milliards de dollars (environ 4 100 milliards d’euros), surpassant celui du Japon.

La stratégie chinoise, mise en évidence lors de la 13e Conférence annuelle sur les équipements de semi-conducteurs (CSEAC) à Wuxi, dans la province du Jiangsu, repose sur deux piliers : l’injection massive de capitaux nationaux et l’intégration verticale de la chaîne de production. Wuxi, une ville de 7,5 millions d’habitants, est devenue un centre névralgique, abritant des entreprises spécialisées dans la conception, la fabrication, les processus, l’équipement et les matériaux de semi-conducteurs, comme SK Hynix (mémoire), Huahong Semiconductor (fonderie) et JCET (emballage). Le PIB de Wuxi atteint 1,63 billion de yuans (environ 337 milliards de wons), dépassant à lui seul la somme des PIB de Busan, Incheon et Ulsan en Corée du Sud.

Zhao Jinrong, président de Nowra, leader chinois dans le domaine des équipements pour semi-conducteurs, a souligné les progrès réalisés : « Les ventes des grandes entreprises nationales d’équipement ont augmenté en moyenne de 45 % par an au cours des quatre dernières années (2021-2024). » Cette croissance est alimentée par le deuxième fonds national d’investissement dans les circuits intégrés, créé en 2019, et par des mesures incitatives, notamment l’obligation pour les usines de semi-conducteurs d’utiliser entre 20 et 30 % d’équipements chinois, ainsi que des subventions directes.

Si les États-Unis et l’Europe conservent un avantage certain dans le secteur des équipements, notamment grâce à ASML aux Pays-Bas, leader dans la production d’équipements d’exposition aux ultraviolets extrêmes (EUV), des entreprises chinoises comme CyCarrier tentent de combler le fossé. Fondée en 2021 grâce à un transfert de brevets et de personnel de Huawei, CyCarrier a présenté cinq types d’équipements de pointe lors du salon Semicon China Expo en mars dernier. Son financement est assuré par la Commission de surveillance et d’administration des actifs publics de Shenzhen.

L’approche chinoise se caractérise par une vision à long terme. Selon Seokjun Kwon, professeur de génie chimique à l’Université de Sungkyunkwan, Huawei serait capable de produire les puces dont elle a besoin dans 11 « usines fantômes » à travers la Chine, sans posséder de propre usine. Le troisième grand fonds lancé par le gouvernement chinois en 2023 prévoit une récupération des bénéfices à l’horizon 2044, témoignant d’un « capital patient » prêt à attendre deux décennies pour obtenir des résultats.

La Chine défie également la Corée du Sud dans le domaine de la mémoire à large bande passante (HBM), une technologie cruciale pour les applications d’intelligence artificielle. Les entreprises coréennes d’équipements HBM, qui fournissent SK Hynix et Samsung Electronics, reçoivent de plus en plus de demandes de la Chine. Cependant, Jeon Byeong-seo, directeur de l’Institut chinois de recherche économique et financière, met en garde : « Il est très probable que la croissance des ventes d’équipements coréens de petite et moyenne taille (matériaux, pièces et équipements) ralentisse après l’année prochaine. » Il estime que les trois prochaines années représentent la « dernière période en or » pour la Corée du Sud et préconise une gestion stratégique des HBM, la protection des technologies et un soutien gouvernemental accru aux fonderies de nouvelle génération.

L’innovation chinoise est en marche, et son rythme est impressionnant.

À retenir

  • La Chine investit massivement pour devenir autonome dans le secteur des semi-conducteurs.
  • Le delta du fleuve Yangtze est devenu un pôle majeur de production de puces, surpassant économiquement le Japon.
  • La stratégie chinoise repose sur des financements publics importants et une intégration verticale de la chaîne de valeur.

Contexte

L’industrie mondiale des semi-conducteurs est traditionnellement dominée par quelques acteurs clés : les États-Unis pour la conception, Taïwan pour la fonderie, la Corée du Sud pour la mémoire, l’Europe pour l’équipement et le Japon pour les matériaux et les pièces. La Chine, en tant que principal marché mondial de semi-conducteurs, est fortement dépendante de ces importations et cherche à réduire cette dépendance pour des raisons de sécurité nationale et de compétitivité économique.

Ce qui change

La montée en puissance de la Chine dans le secteur des semi-conducteurs pourrait modifier l’équilibre des forces mondiales et entraîner une concurrence accrue. Les entreprises coréennes, en particulier, sont confrontées à un défi majeur dans le domaine de la mémoire HBM, où la Chine cherche à rattraper son retard. Les prochaines années seront cruciales pour déterminer si la Chine parviendra à atteindre son objectif d’autonomie technologique.

Prochaines étapes

Il faudra surveiller l’évolution des investissements chinois dans le secteur des semi-conducteurs, les progrès technologiques réalisés par les entreprises chinoises et les mesures prises par les gouvernements américain, européen et coréen pour maintenir leur compétitivité. La date de 2044, fixée pour la récupération des bénéfices du troisième grand fonds chinois, constitue un indicateur clé de la vision à long terme de la Chine.

Chiffres clés

  • PIB du delta du fleuve Yangtze (2023) : 4 670 milliards de dollars (environ 4 100 milliards d’euros)
  • PIB du Japon (2023) : 4 100 milliards de dollars
  • Croissance annuelle des ventes des entreprises chinoises d’équipement (2021-2024) : 45 % en moyenne
  • PIB de Wuxi (2023) : 1,63 billion de yuans (environ 337 milliards de wons)

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.