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Cette Série mondiale est importante non seulement pour Toronto, mais pour le Canada

Après trente-deux années d'attente, Toronto retient son souffle. Les Blue Jays sont de retour en Série mondiale, ravivant les souvenirs d'un passé glorieux et nourrissant l'espoir d'un triomphe face aux Dodgers de Los Angeles, dans un contexte politique…

Cette Série mondiale est importante non seulement pour Toronto, mais pour le Canada

Après trente-deux années d’attente, Toronto retient son souffle. Les Blue Jays sont de retour en Série mondiale, ravivant les souvenirs d’un passé glorieux et nourrissant l’espoir d’un triomphe face aux Dodgers de Los Angeles, dans un contexte politique tendu avec les États-Unis.

Pour Supendra Chandrakumar, l’enjeu dépasse largement le sport. Né en 1993, l’année du dernier championnat des Blue Jays, il a grandi bercé par les récits de cette victoire épique, scellée par le coup de circuit de Joe Carter. Ses parents, réfugiés sri-lankais fuyant la guerre civile, avaient célébré ce triomphe comme un symbole d’espoir et d’intégration dans leur nouveau pays. Ils l’avaient laissé à la maison, encore bébé, pour se joindre à la foule en liesse qui envahissait les rues de Toronto.

« Je faisais partie de cette atmosphère à l’époque, et cela a dû déteindre sur moi », confie M. Chandrakumar. Il attend depuis toujours ce moment, cette nouvelle chance de voir son équipe décrocher le titre.

Cette année, l’enjeu est d’autant plus fort. Les Blue Jays, considérés comme des outsiders après avoir terminé derniers de leur division en 2024, ont créé la surprise en atteignant la Série mondiale. Leur parcours improbable résonne avec un sentiment de fierté nationale, exacerbé par les récentes tensions diplomatiques avec les États-Unis.

Le président américain Donald Trump a multiplié les provocations envers le Canada, imposant des droits de douane et allant jusqu’à suggérer que le pays devienne le « 51e État » américain. Dans ce contexte, le succès des Blue Jays prend une dimension symbolique, représentant une forme de résistance culturelle et nationale.

Norah Spades, une fan inconditionnelle des Blue Jays et musicienne de washboard au sein du duo blues-ragtime The Vaudevillian, témoigne de cet engouement populaire. « J’ai l’impression que même si nous participons à cette compétition, la camaraderie est en fait assez forte en ce moment parce que le jeu est la priorité », explique-t-elle. « C’est presque comme si nous étions revenus à ces plaisirs de voisinage. »

Pourtant, l’histoire du baseball au Canada est souvent occultée. William Humber, historien du baseball canadien, rappelle que le jeu était déjà populaire en Ontario au XIXe siècle, évoluant simultanément au Canada et aux États-Unis. Le premier match professionnel entre les deux pays a eu lieu à Niagara Falls, en Ontario, en 1860. Il dénonce l’idée reçue selon laquelle le baseball serait une pure invention américaine, un exemple d’impérialisme culturel.

L’Accord de libre-échange nord-américain, entré en vigueur quelques mois après le dernier titre des Blue Jays en 1993, a renforcé cette domination culturelle américaine. Si les Canadiens ont largement soutenu le libre-échange, ils craignaient alors que leur identité ne soit submergée par leur puissant voisin.

Aujourd’hui, les Blue Jays représentent plus qu’une simple équipe de baseball. Ils incarnent l’esprit d’une ville et d’un pays, unis par une passion commune et une fierté retrouvée. Supendra Chandrakumar, quant à lui, rêve de participer à un défilé de célébration au centre-ville, prêt à soutenir son équipe « contre vents et marées », comme il le promet : « Et c’est ce que je ferai aussi longtemps que je vivrai. »

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.