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« Cigarettes électroniques, les multinationales ont encore gagné »

Publié le 12 novembre 2023 à 14h15. La pollution atmosphérique tue chaque année des millions de personnes dans le monde, et les cigarettes électroniques, loin d'être une alternative saine, contribuent à normaliser le tabagisme, alerte un pneumologue milanais…

« Cigarettes électroniques, les multinationales ont encore gagné »

Publié le 12 novembre 2023 à 14h15. La pollution atmosphérique tue chaque année des millions de personnes dans le monde, et les cigarettes électroniques, loin d’être une alternative saine, contribuent à normaliser le tabagisme, alerte un pneumologue milanais à l’occasion de la Journée mondiale de la pneumonie.

  • La pollution de l’air est responsable de 8 millions de décès annuels à l’échelle mondiale, dont 300 000 en Europe.
  • Les cigarettes électroniques sont pointées du doigt pour avoir inversé les progrès réalisés dans la lutte contre le tabagisme.
  • L’exposition à la pollution et au tabac, y compris sous ses formes nouvelles, favorise l’inflammation chronique et augmente le risque de maladies respiratoires et cardiovasculaires.

Pneumonies, allergies, asthme, bronchite chronique obstructive, syndrome d’apnée du sommeil, fibrose pulmonaire idiopathique, tumeurs… La liste des affections liées à la pollution atmosphérique est longue et inquiétante. Mais ce sont surtout les problèmes cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux et l’ischémie qui font des ravages, entraînant chaque année un nombre considérable de décès. Selon les estimations, 8 millions de personnes meurent prématurément dans le monde à cause de la pollution, et 300 000 décès prématurés sont imputables aux particules fines (PM2,5), au dioxyde d’azote et à l’ozone rien qu’en Europe.

À l’occasion de la Journée mondiale de la pneumonie, le docteur Roberto Boffi, responsable du service de pneumologie à l’Institut national du cancer de Milan et auteur de l’ouvrage « Vos boucliers anti-smog » (Sonzogno), tire la sonnette d’alarme. Il souligne que la pollution provoque un état inflammatoire latent et un stress oxydatif, affectant particulièrement les populations vulnérables, telles que les enfants et les personnes âgées souffrant déjà de pathologies chroniques.

« La pollution, qui provoque un état inflammatoire latent et un stress oxydatif, est ignoble, elle touche les personnes fragiles comme les enfants et les personnes âgées qui ont déjà des pathologies chroniques. »

Roberto Boffi, responsable du service de pneumologie à l’Institut national du cancer de Milan

Mais l’attention du docteur Boffi se porte également sur les cigarettes électroniques, qu’il considère comme un recul majeur dans la lutte contre le tabagisme.

« Les multinationales du tabac ont encore gagné. Avec la cigarette électronique, vingt ans après la loi Sirchia, le tabac est à nouveau normalisé. En fait, les gens fument dans les clubs, partout. C’est un véritable échec. »

Roberto Boffi, responsable du service de pneumologie à l’Institut national du cancer de Milan

Interrogé sur le décès subit du maestro Beppe Vessicchio, emporté par une pneumonie interstitielle, le docteur Boffi explique que ces pneumonies, connues notamment avec le SarsCov2, sont souvent causées par des virus ou des bactéries atypiques, mais aussi par des toxiques liés à l’exposition à des agents irritants, tels que ceux présents dans l’environnement de travail, au domicile ou dans la fumée des cigarettes électroniques et du tabac chauffé. Il insiste sur la discrétion de cette forme de pneumonie, qui ne présente pas de symptômes évidents, à l’exception d’une toux sèche et d’un essoufflement. Il recommande de mesurer rapidement la saturation en oxygène avec un oxymètre et de surveiller la fréquence cardiaque.

Le docteur Boffi explique que les particules fines, d’un diamètre inférieur au micron, traversent la barrière alvéolo-capillaire et pénètrent dans la circulation sanguine, atteignant tous les organes du corps. Elles peuvent ainsi favoriser un état inflammatoire généralisé, pouvant conduire, dans les cas les plus graves, à un syndrome multi-organique, comme celui qui a récemment affecté le pape François.

Il souligne également le lien étroit entre la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique, distinguant deux types de pollution : la pollution de proximité, prédominante en hiver, et la pollution globale. Il conseille d’éviter toute activité physique intense à proximité des sources de pollution, comme les routes très fréquentées, lorsque les niveaux de « carbone noir » (un marqueur de la pollution) sont élevés. Des études menées par l’Humanitas de Rozzano ont montré une augmentation significative des visites aux urgences pour problèmes cardiovasculaires en période de pollution et d’humidité.

Enfin, le docteur Boffi met en évidence l’impact négatif des émissions de l’élevage sur la qualité de l’air. Une étude menée avec d’autres épidémiologistes environnementaux a révélé une corrélation statistiquement significative entre l’augmentation de la propagation et de la mortalité du SarsCov2 dans la région de Lodi et les pics de reproduction dans l’agriculture intensive. Il déplore que l’espérance de vie dans la vallée du Pô soit inférieure de deux ans à celle des autres régions italiennes en raison de la pollution.

Pour améliorer la situation, le docteur Boffi appelle les institutions à investir dans la surveillance de la qualité de l’air, soulignant que c’est la première étape vers une prévention efficace. Il regrette que l’Europe ne considère pas l’Italie comme une priorité en matière de surveillance environnementale, citant l’exemple du carbone noir, un indicateur essentiel qui n’est pas encore réglementé, bien qu’il soit mesuré depuis des années par l’Institut du cancer.

Concernant le tabagisme, le docteur Boffi insiste sur l’efficacité d’un médicament à base de cytisine, un dérivé de la fleur de cytise, qui rend la cigarette désagréable et permet d’arrêter de fumer en deux semaines. Il plaide pour un remboursement de ce médicament par le système de santé, car il coûte trois fois moins cher qu’un paquet de cigarettes par jour. Pour les jeunes, il préconise un travail sur la motivation et la sensibilisation, considérant qu’elles constituent le meilleur rempart contre la pollution et le tabagisme.

Dans son livre, le docteur Boffi donne de nombreux conseils pour se protéger de la pollution, notamment en utilisant des plantes pour purifier l’air, en faisant attention aux produits d’entretien, en aérant les pièces, en utilisant des purificateurs d’air et en portant des masques FFP2 ou FFP3 en cas de besoin. Il recommande également de quitter la ville lorsque cela est possible pour limiter l’exposition à l’air pollué. Il souligne enfin que la réduction de la pollution pourrait également contribuer à freiner la résistance aux antibiotiques, et potentiellement prévenir une nouvelle pandémie.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.