Home MondeColère après l’avertissement de l’armée française “préparez-vous à perdre un enfant”

Colère après l’avertissement de l’armée française “préparez-vous à perdre un enfant”

by Clara Dubois

Publié le 24 février 2024 18:47:00. Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, a suscité une vive polémique en avertissant la France de se préparer à d’éventuelles pertes humaines et à des sacrifices économiques face à la menace croissante de la Russie, ravivant le débat sur la préparation du pays à un conflit majeur.

  • Le général Mandon estime que la Russie se prépare à une confrontation avec les pays de l’OTAN d’ici 2030.
  • Ses déclarations ont provoqué des réactions contrastées au sein de la classe politique française, allant de l’indignation à la justification.
  • Le gouvernement a publié un guide de préparation aux crises, encourageant les citoyens à constituer des « kits d’urgence ».

Les propos du général Fabien Mandon, tenus mardi lors d’un discours devant des maires locaux, ont immédiatement fait l’effet d’une bombe. Il a souligné que la France disposait des moyens économiques et démographiques pour dissuader la Russie, mais a insisté sur la nécessité d’une « force d’esprit » pour accepter la souffrance et protéger les valeurs nationales. Il a notamment évoqué la possibilité de « perdre ses enfants » et de subir des conséquences économiques liées à une priorité accordée à l’armement.

Le général a précisé que, selon ses informations, la Russie se prépare activement à une confrontation avec les pays occidentaux au cours de la prochaine décennie. Il a affirmé que Moscou considère l’OTAN et ses membres comme son ennemi existentiel et qu’elle est prête à recourir à la force sans retenue. Il a ajouté : « Malheureusement, et je le sais grâce aux informations auxquelles j’ai accès, la Russie se prépare aujourd’hui à une confrontation avec nos pays d’ici 2030. Il s’organise et se prépare à cela, et est convaincu que son ennemi existentiel est l’OTAN et nos pays. »

Ces déclarations interviennent dans un contexte de guerre en Ukraine, où la Russie a lancé une invasion à grande échelle en février 2022. Si la France et ses alliés européens soutiennent Kiev en lui fournissant des armes, ils maintiennent qu’ils ne sont pas directement impliqués dans le conflit. Cependant, des responsables français, dont le président Emmanuel Macron, ont régulièrement averti que la Russie pourrait chercher à étendre son agression si elle réussissait en Ukraine.

La réaction politique n’a pas tardé. Fabien Roussel, chef du Parti communiste français, a dénoncé une « rhétorique belliciste insupportable », estimant qu’il fallait privilégier la défense nationale sans alimenter les tensions. Louis Aliot, vice-président du Rassemblement national, a quant à lui exprimé le doute quant à la volonté des Français de se battre pour l’Ukraine :

« Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de Français prêts à aller mourir pour l’Ukraine. »

Louis Aliot, vice-président du Rassemblement national

Christian Estrosi, maire de Nice et membre du parti Horizons, s’est montré particulièrement virulent, qualifiant les propos du général de « choquants » et les jugeant comme un « acte de faiblesse » :

« Est-ce le rôle du chef d’état-major de l’armée d’inquiéter ainsi le pays ? »

Christian Estrosi, maire de Nice

La ministre de la Défense, Catherine Vautrin, a tenté d’apaiser les tensions, affirmant que les paroles du général avaient été « sorties de leur contexte à des fins politiques » et qu’elles reflétaient le « langage militaire » d’un responsable conscient des risques encourus par les soldats français. Le ministre de l’Europe, Benjamin Haddad, a également défendu le général Mandon, qualifiant son discours de « lucide et honnête » sur la réalité de la menace qui pèse sur la France.

Parallèlement, le gouvernement a publié hier un guide intitulé « Tous responsables », destiné à préparer les citoyens à faire face à une crise majeure, qu’il s’agisse d’une « agression » extérieure ou d’une catastrophe naturelle. Ce guide recommande notamment de constituer un « kit d’urgence » contenant de la nourriture, de l’eau, des médicaments, une radio à piles et des jeux, et de le vérifier deux fois par an. L’objectif affiché est de renforcer la résilience de la société face aux menaces potentielles.

L’historienne Bénédicte Cheron souligne que l’expérience des deux guerres mondiales, où la France a été un « champ de bataille », rend la population réticente à l’idée d’engager massivement des forces et à accepter les sacrifices que cela impliquerait, sauf en cas de menace directe sur le territoire national. La dissuasion nucléaire contribue également à un sentiment de sécurité qui rend difficile l’acceptation de l’idée d’un conflit conventionnel.

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