Abelardo de la Espriella a remporté l’élection présidentielle en Colombie le 21 juin 2026, succédant à Gustavo Petro. Cette victoire de la droite, saluée par le roi Mohammed VI du Maroc et Donald Trump, marque un virage diplomatique et social majeur, déclenchant d’importantes manifestations dans plusieurs villes du pays.
Le pivot diplomatique vers Rabat
Photo: Le Devoir
Le roi Mohammed VI a adressé un message de félicitations à Abelardo Gabriel de la Espriella Otero, exprimant ses vœux de réussite pour le nouveau président. Selon Le Brief, le souverain marocain a souligné sa volonté de donner un « nouvel élan » aux relations d’amitié entre les deux nations, mettant l’accent sur le respect réciproque de la souveraineté.
Ce rapprochement intervient après quatre années de tensions sous la présidence de Gustavo Petro. Comme le rapporte Medias24, Petro avait rétabli les relations diplomatiques avec la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dès août 2022, seulement trois jours après son investiture. Cette décision avait été perçue comme une rupture avec l’équilibre recherché par Bogota vis-à-vis du Maroc.
L’histoire diplomatique de la Colombie sur ce dossier est marquée par des oscillations. Le pays avait établi des liens avec la RASD en février 1985 sous Belisario Betancur, avant que ceux-ci ne soient gelés en décembre 2000 sous Andrés Pastrana. L’ancien ambassadeur et chercheur Ahmed Faouzi estime que la reconnaissance de la RASD par Petro n’a jamais fait l’objet d’un consensus national.
“Le rétablissement des relations avec la “rasd” a été décidé par l’exécutif sous Petro, mais il a rencontré une forte opposition au sein du Congrès colombien, dont une majorité est restée favorable au maintien de relations privilégiées avec le Maroc”
Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur, via Medias24
L’ombre de Donald Trump et le modèle du « Tigre »
Photo: Contre Attaque
L’ascension d’Abelardo de la Espriella, avocat multimillionnaire de 47 ans surnommé « le Tigre », repose sur une stratégie de communication calquée sur celle de Donald Trump. Contre Attaque décrit des meetings spectaculaires avec pyrotechnie, déguisements de félins et l’utilisation de casquettes « Make Colombia Great Again ».
Ce lien avec Washington est organique. De la Espriella possède les nationalités colombienne, américaine et italienne. Donald Trump a personnellement soutenu sa campagne et l’a appelé immédiatement après l’annonce des résultats, déclarant sur les réseaux sociaux que le candidat avait gagné « haut la main ! », selon Euronews.
L’administration américaine voit en ce changement une opportunité stratégique. Le secrétaire d’État Marco Rubio a affirmé que Washington espérait renforcer la coopération en matière de sécurité régionale, mettre fin à l’immigration illégale vers les États-Unis et consolider les liens économiques.
Une victoire contestée et des rues en feu
Colombie : le nouveau président Abelardo de la Espriella défile derrière une vitre blindée|TF1 INFO
Malgré le triomphe affiché, la victoire est extrêmement serrée. Euronews rapporte que De la Espriella a devancé son rival de gauche, le sénateur Iván Cepeda, de seulement 200 000 voix. Ce résultat a provoqué une vague de contestations immédiates. À Cali et Bogotá, des milliers de manifestants ont érigé des barricades et brûlé des pneus, comme le rapporte Le Devoir.
Les griefs des manifestants portent sur plusieurs axes :
L’environnement : Le nouveau président prône le développement de la fracturation hydraulique (fracking), une ligne rouge pour les écologistes.
Les droits sociaux : Son programme est jugé anti-féministe et prévoit un retour sur le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
La sécurité : Il projette la construction de prisons géantes inspirées du modèle de Nayib Bukele au Salvador et une militarisation accrue du pays.
La légitimité : Des soupçons d’achats de votes et de bulletins falsifiés ont été évoqués par des manifestants interrogés par l’AFP.
Le contraste entre les deux candidats est violent. Une pancarte aperçue lors des manifestations à Bogotá résumait l’opposition : « Cepeda, défenseur des victimes. Abelardo, défenseur des bourreaux. »
La Colombie dans la vague populiste latino-américaine
L’élection de De la Espriella, qui s’installera à la Casa de Nariño le 6 août, n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans un basculement global de l’Amérique latine vers la droite populiste. Euronews replace ce résultat aux côtés de figures comme Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador ou encore Keiko Fujimori au Pérou.
Cette nouvelle ère se caractérise par un discours nationaliste et une volonté farouche de restaurer l’ordre par la force. De la Espriella s’est présenté comme un « mâle alpha » capable de diriger le pays de manière dominante. Son programme ultra-libéral prévoit un libre marché total et des coupes massives dans les dépenses publiques.
Le pays entre désormais dans une phase de transition instable. Alors que le camp de la gauche n’a pas encore pleinement reconnu la victoire, le président élu tente d’adopter un ton conciliant, promettant de respecter les principes démocratiques, malgré des propos plus virulents durant sa campagne où il avait appelé à « éventrer » la gauche.
Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.