Une série d’incidents impliquant des drones au-dessus d’infrastructures sensibles à travers l’Europe suscite de vives inquiétudes, avec des soupçons pointant vers une possible implication de la Russie. Face à cette menace croissante, les États européens cherchent des solutions pour contrer ces intrusions, tout en étant confrontés à des défis techniques et juridiques considérables.
Ces derniers jours, plusieurs aéroports ont été perturbés par la présence de drones. À Munich, en Allemagne, l’aéroport a dû fermer à deux reprises début octobre, le chancelier Friedrich Merz évoquant des « soupçons sérieux quant à l’origine russe de ces vols ». Des incidents similaires ont été signalés près des aéroports d’Oslo, de Copenhague et d’autres villes danoises.
En France, l’armée a confirmé avoir détecté des drones au-dessus de la base militaire de Mourmelon-le-Grand, dans le nord-est du pays, en début de semaine. Selon les informations de l’armée, ces appareils étaient de petite taille et n’étaient pas pilotés par du personnel français. L’incident est qualifié d' »exceptionnel ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé une « campagne cohérente et croissante », affirmant que : « Deux incidents sont une coïncidence, mais trois, cinq, dix : il s’agit d’une campagne délibérée et ciblée dans une zone grise contre l’Europe, et l’Europe doit réagir. »
Au début du mois, les forces françaises ont intercepté un pétrolier au large des côtes ouest de la France, suspecté d’être lié à ces vols de drones. Le capitaine et le second du navire ont été brièvement arrêtés avant d’être relâchés, et le pétrolier a repris sa route vers le canal de Suez.
Selon une source sécuritaire française, qui a souhaité rester anonyme, ces actions pourraient viser à « nous humilier » et s’inscrivent dans une logique d’hostilité de la part de la Russie. Cependant, la source souligne la difficulté de prouver l’implication de Moscou.
Les autorités françaises ont constaté une augmentation des survols de drones au-dessus de sites militaires, d’installations industrielles et d’autres lieux sensibles ces dernières semaines, sans pour autant identifier les opérateurs de ces appareils. Il est possible que certaines de ces intrusions aient des explications autres, comme le souligne Thierry Berthier, directeur scientifique de la fédération professionnelle européenne des drones de sécurité, Drones4Sec : « On pourrait très bien avoir un père qui achète un drone chinois qui n’inclut pas la « zone d’exclusion aérienne » dans son système, qui ne lit pas la notice et part le week-end dans la forêt voisine et se retrouve au milieu d’une zone interdite. »
Contrer cette menace s’annonce complexe. De nombreux sites nécessitent une protection – aéroports, sites militaires, industries sensibles impliquées dans le soutien à l’Ukraine, centrales électriques… Le brouillage, bien qu’efficace, présente des risques dans les zones peuplées. L’interception ou l’abattage d’un drone par un autre drone est également une option risquée, comme l’ont souligné les autorités danoises fin septembre, qui ont choisi de ne pas abattre les drones pour des raisons de sécurité publique.
Des contraintes juridiques compliquent également la situation. En France, seule une agence gouvernementale est autorisée à neutraliser un drone. En Allemagne, le gouvernement doit combler un vide juridique pour permettre à la police d’abattre des drones menaçants.
Un marin de la marine française, participant à un exercice en Méditerranée, a témoigné de la difficulté d’abattre un drone, même avec une mitrailleuse de calibre 12,7 millimètres (portée de 900 mètres, cadence de tir de 500 coups par minute).
Alors que la plupart des pays européens soutiennent fermement l’Ukraine, les dirigeants, dont le président français Emmanuel Macron, insistent sur le fait qu’ils ne sont pas des parties « belligérantes » au conflit. L’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine nationale, a déclaré : « Nous ne sommes plus complètement en temps de paix parce que nous sommes à la fois en temps de paix et pas loin de l’affrontement », déplorant les obstacles qui entravent le déploiement des moyens de défense. « À un moment donné, (nous devons nous demander) est-ce qu’on défend ou pas ? »