Face à la possible fin des subventions fédérales pour les primes d’assurance maladie, un système opaque et coûteux encercle le marché des médicaments. Des experts pointent du doigt un financement massif de l’industrie pharmaceutique envers les législateurs et les professionnels de santé, entravant toute réelle transparence sur les prix et l’accès aux traitements.
Le problème, selon Paul Pruitt, cofondateur de SHARx, une société de gestion de la chaîne d’approvisionnement, réside dans un enchevêtrement de maillons et d’intermédiaires qui gonflent artificiellement les coûts. « Quand je vais à la pharmacie et qu’ils gèrent mon assurance, ils me disent : ‘Hé, tu paies 10 €’. OK, c’était chouette. Mais lorsque l’on commence à monter en amont dans la tarification des médicaments, on a affaire à une intégration verticale : le PBM (gestionnaire des prestations pharmaceutiques) est propriétaire de la pharmacie, il gagne donc de l’argent dans tous les domaines », explique-t-il.
Ce système, où les PBM, les grossistes et les pharmacies s’ajoutent des marges successives, est complété par des remises et des rabais opaques versés par les fabricants. « Toute la chaîne d’approvisionnement des pharmacies est rompue. Je suis le PBM, je contrôle. J’ai un GPO [organisation d’achat groupé qui maximise le volume d’achat] et c’est le ‘regroupement des remises’. Je possède tout dans l’équation », dénonce Pruitt. Il souligne que ces remises, souvent présentées comme des économies, incitent paradoxalement à l’augmentation des prix de base.
Selon lui, l’assurance maladie ne résout pas le problème de l’accessibilité financière, car elle ne s’attaque pas au prix réel des médicaments. « Avoir une assurance ne rend pas les choses abordables ou accessibles, car nous ne nous occupons pas vraiment du prix sous-jacent. Ce que coûtent les choses et ce que je dois payer en quote-part sont rarement liés dans ce modèle », affirme-t-il.
Des alternatives émergent, comme Cost Plus Drugs de Mark Cuban, une pharmacie en ligne qui se contente d’ajouter une marge fixe de 15 % aux coûts réels des médicaments, ainsi que des frais de pharmacie et de livraison. SHARx, quant à elle, travaille avec des employeurs pour négocier des prix plus justes et transparents. L’entreprise a notamment aidé une société de Kansas City, confrontée à des coûts pharmaceutiques insoutenables – notamment pour un patient atteint de sclérose en plaques dont le traitement annuel atteignait 120 000 $ (environ 135 000 $ US) – à trouver une solution viable.
Pruitt critique également le système de financement de la recherche pharmaceutique, où les instituts de santé nationaux (NIH) financent des découvertes qui sont ensuite commercialisées par des entreprises privées à des prix exorbitants. « Les NIH ne peuvent pas commercialiser un médicament sans une société de biotechnologie, c’est donc une société de biotechnologie qui le commercialise ; ils promettent de ne pas facturer beaucoup d’argent, mais une fois lancé, ils disent ‘Je plaisante. Nous allons facturer 50 000 € par mois’ », déplore-t-il.
Il remet en question l’argument des entreprises pharmaceutiques justifiant leurs prix élevés par les coûts de recherche et développement, estimant qu’il s’agit plutôt d’une question de retour sur investissement. « Nous avons consacré tellement de recherches là-dessus, n’est-ce pas. Il ne s’agit pas de R&D, mais de retour sur investissement, mais vous ne pouvez pas dire cela devant le Congrès », conclut-il.
Note éditoriale : L’affirmation selon laquelle les programmes alternatifs de financement des médicaments fournissent des médicaments non approuvés par la FDA est trompeuse. Certains produits, comme les hormones thyroïdiennes, le phénobarbital, les vitamines prénatales et de nombreux compléments alimentaires, ne sont pas soumis à l’approbation de la FDA, selon une étude récente menée auprès d’un spécialiste en pharmacie.
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