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Concert de fin d’année sous la direction de Christian Thielemann – THE OPERA MAGAZIN

Berlin, 31 décembre 2025 – L’Opéra national de Berlin a célébré le passage à la nouvelle année avec un concert exceptionnel dédié à l’œuvre de Franz Lehár, sous la direction du prestigieux Christian Thielemann. L’événement a mis en…

Concert de fin d’année sous la direction de Christian Thielemann – THE OPERA MAGAZIN

Berlin, 31 décembre 2025 – L’Opéra national de Berlin a célébré le passage à la nouvelle année avec un concert exceptionnel dédié à l’œuvre de Franz Lehár, sous la direction du prestigieux Christian Thielemann. L’événement a mis en lumière la complexité et la richesse de l’opérette, souvent sous-estimée, et a offert une soirée musicale de grande qualité.

  • Christian Thielemann souligne la difficulté de maîtriser les nuances rythmiques de l’opérette, un défi même pour un orchestre aussi réputé que la Staatskapelle de Berlin.
  • Les solistes Vida Miknevičiūtė et Thomas Blondelle ont interprété des airs emblématiques de Lehár, avec une interprétation en constante progression au fil de la soirée.
  • La Staatskapelle de Berlin a été saluée pour sa performance exceptionnelle, explorant toute la palette sonore de l’œuvre de Lehár.

Comme l’aimait à répéter Herbert von Karajan,

« Quiconque sait diriger La Veuve joyeuse peut tout faire »

Christian Thielemann

. Cette affirmation souligne l’importance de la maîtrise de l’opérette, un genre qui requiert une compréhension profonde des rythmes et des nuances, et qui peut même influencer l’interprétation d’œuvres plus classiques comme Beethoven ou Wagner. Le chef d’orchestre a d’ailleurs souligné lors d’un bref discours à la fin du concert les difficultés inhérentes à ce répertoire, notamment les changements de tempo subtils et les transitions délicates.

L’opérette de Lehár, loin de se limiter à de la musique légère, se révèle être une forme d’art raffinée, imprégnée d’une érotisme subtil. Coquetterie, désir et séduction s’entremêlent avec noblesse dans la musique du compositeur austro-hongrois, dont le concert du Nouvel An était entièrement dédié à l’œuvre. L’interprétation doit éviter toute frivolité excessive ou sentimentalité exagérée, privilégiant plutôt la sophistication du traitement tonal, une qualité que possédait à un degré exceptionnel Elisabeth Schwarzkopf.

Les mélodies de Lehár, à la fois populaires et artistiques, doivent trouver un équilibre parfait dans l’interprétation, comme le souligne le dramaturge Detlef Giese dans le programme du concert. Malheureusement, la scène musicale actuelle manque de chanteurs capables d’égaler la précision et la finesse d’interprétation d’une Schwarzkopf ou d’un Nicolai Gedda.

Néanmoins, l’Opéra national de Berlin a présenté deux solistes de grande qualité : la soprano Vida Miknevičiūtė et le ténor Thomas Blondelle. Blondelle a d’abord affiché une certaine puissance dans son interprétation de « Friends, life is worth living », tandis que Miknevičiūtė a fait preuve d’un vibrato prononcé dans « Where will it drive me », deux extraits de la comédie musicale « Giuditta ». Cependant, après l’intermezzo orchestral exaltant de la même œuvre, leur performance s’est affinée, gagnant en beauté et en conviction, visiblement inspirés par la direction de Thielemann et l’orchestre.

Le public n’a pas été déçu par l’interprétation du titre le plus célèbre de Lehár, « Mes lèvres, ils s’embrassent si chaud », que Miknevičiūtė a interprété avec une tendresse remarquable, drapée dans une cape rouge contrastant avec sa robe noire scintillante. L’ouverture de « La Veuve joyeuse », bien que présentée en début de soirée, a été exécutée avec verve et faste, faisant écho aux thèmes de « Vilja » et de la valse « Lippen Silent », qui ont clôturé le concert en rappel.

Deux autres œuvres majeures de Lehár, qui ont connu un grand succès à Berlin de son vivant, ont également été présentées : « Paganini » (1923), l’histoire d’un artiste obsédé par son art et renonçant à l’amour, et « Friederike » (1928), une tendre histoire d’amour inspirée de la relation entre le poète Goethe et Friederike Brion. Les parties principales de ces deux œuvres avaient été écrites pour le légendaire ténor Richard Tauber.

Blondelle et Miknevičiūtė ont particulièrement brillé dans ces extraits, Thielemann, les mains posées sur sa bouche et parfois accroupi, les encourageant à exprimer leur amour avec les nuances les plus subtiles. Mais la véritable star de la soirée fut la Staatskapelle de Berlin, qui a exploré toute la richesse de la palette sonore de Lehár, avec des sonorités de harpe magiques, un solo de violon virtuose interprété par Lothar Strauss, et un solo d’orgue respectueux dans « O mein Mädchen, mein Mädchen » (« Friederike »). L’orchestre a veillé à ce que chaque détail de la partition résonne avec clarté et précision.

Les applaudissements les plus enthousiastes ont été réservés à l’orchestre. Riccardo Muti, connu pour son habitude de se placer face aux chanteurs afin de les regarder dans les yeux, a souligné l’importance du contact visuel. Bien que la mise en scène du concert, avec ses changements de costumes, ait rendu cette disposition difficile, Thielemann a su trouver des solutions pour maintenir une connexion avec les solistes, descendant même de la scène pour les accompagner dans les moments les plus intimes de la musique.

Dans ces moments de grâce musicale, on comprend comment un interprète capable de maîtriser les subtilités de l’opérette pourrait aborder Wagner et Beethoven avec une compréhension encore plus profonde.

  • Article rédigé par Kirsten Liese / Rédactrice. LE MAGAZINE OPÉRA
  • Staatskapelle de Berlin
  • Photo de couverture : Concert de fin d’année le 31 décembre 2025 Thomas Blondelle, Vida Miknevičiūtė, Christian Thielemann, Staatskapelle Berlin I Staatsoper Unter den Linden/Photo : Stephan Rabold

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.