La Suisse joue son avenir institutionnel et économique le 14 juin 2026 lors d’un vote sur l’initiative de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions ». Selon un rapport officiel du Conseil fédéral publié le 18 septembre 2026, une résiliation des accords de Schengen et de Dublin provoquerait des pertes majeures pour l’économie helvétique.
Quels impacts pour la Suisse après un oui à l’initiative UDC ?
Les citoyens suisses s’apprêtent à se prononcer sur l’initiative Pas de Suisse à 10 millions
portée par l’Union démocratique du centre (UDC), un texte visant à freiner l’immigration et à limiter la population résidente. Si ce seuil démographique était atteint, Berne serait constitutionnellement contrainte de résilier les accords de libre-circulation conclus avec l’Union européenne. En raison de la clause guillotine liant ces traités, cette rupture entraînerait la fin automatique de la participation de la Suisse aux accords de Schengen et de Dublin selon les informations relayées par la presse.
Face à ces enjeux, le Conseil national, par l’intermédiaire du groupe libéral-radical, a demandé un éclairage précis sur les répercussions de ce scénario. Le gouvernement a ainsi commandé une étude approfondie au cabinet de conseil et de recherche Ecoplan afin de mesurer l’impact à l’horizon 2035 d’une sortie de ces accords européens de coopération et de sécurité d’après le rapport établi par le Conseil fédéral.
Le premier secteur touché par une éventuelle sortie de Schengen serait la mobilité transfrontalière. Actuellement, plus de 400’000 frontaliers traversent quotidiennement les frontières pour travailler en Suisse. Sans les accords de libre circulation, la France, l’Allemagne et l’Italie seraient contraintes par la législation européenne de réintroduire des contrôles systématiques aux portes de la Confédération.
L’étude d’Ecoplan table sur un scénario médian où les travailleurs frontaliers cumuleraient jusqu’à 422 000 heures d’attente par jour ouvrable en 2035. Le coût total de ces congestions routières est estimé entre 1,08 et 2,27 milliards de francs. Dans un scénario plus pessimiste, près de deux tiers des frontaliers pourraient renoncer à venir exercer leur profession en Suisse, pénalisant lourdement des secteurs en tension comme la santé, la restauration et l’hôtellerie.
À l’échelle macroéconomique, le produit intérieur brut (PIB) helvétique pourrait accuser un recul, ce qui représenterait une perte moyenne de 1 293 francs par habitant. Si certaines branches enregistreraient une légère hausse des salaires en raison d’une pénurie accrue de main-d’œuvre, la délocalisation d’activités industrielles et de services menacerait directement l’attractivité du pays.
Le secteur touristique suisse subirait également de plein fouet la fin de l’association à Schengen. Actuellement, les visiteurs soumis à l’obligation de visa peuvent circuler librement dans l’ensemble de l’espace Schengen. La mise en place de démarches administratives et de visas distincts pour la seule Suisse découragerait de nombreux voyageurs, notamment en provenance d’Asie.
Les destinations alpines emblématiques, à l’instar de Saint-Moritz dans les Grisons (GR), de la région de la Jungfrau ou de la Suisse centrale, enregistreraient des pertes de recettes touristiques comprises entre 320 et 810 millions de francs selon les projections d’Ecoplan chiffrées par les analystes.
Sur le front de l’asile, la fin du règlement de Dublin compliquerait la gestion des flux migratoires. La Suisse ne pourrait plus renvoyer les requérants vers les pays européens responsables de leur première demande. Les demandeurs d’asile séjourneraient ainsi plus longtemps sur le territoire national, générant des coûts supplémentaires évalués entre 166 et 824 millions de francs par an.
Au-delà des aspects purement financiers et logistiques, les autorités soulignent l’affaiblissement de la sécurité intérieure. Sans accès direct aux banques de données centralisées telles que le Système d’information Schengen (SIS), la Suisse perdrait un levier fondamental dans la prévention du terrorisme et de la criminalité organisée.
Durant l’année 2025, les forces de sécurité helvétiques ont réalisé près de 40 000 consultations positives pertinentes dans le SIS concernant des individus dangereux ou des criminels recherchés. Selon les conclusions du rapport gouvernemental, même des investissements massifs dans des infrastructures nationales de substitution ne permettraient pas de combler les brèches sécuritaires engendrées par une telle rupture.
L’association à Schengen/Dublin renforce l’économie et la sécurité de la Suisse
En dépit des alertes formulées par le Conseil fédéral et les milieux économiques, les partisans de l’initiative de l’UDC rejettent ces conclusions qu’ils jugent alarmistes. Jean-Luc Addor, conseiller national et président du syndicat du personnel des douanes et des gardes-frontières Garanto, a publiquement contesté la vision d’un effondrement généralisé.
Jean-Luc Addor conteste la vision d’un effondrement généralisé
Pour les promoteurs du texte, l’Union européenne ne saurait se priver d’une collaboration policière et migrulaire au cœur du continent, et des contrôles renforcés aux frontières nationales permettraient de réguler efficacement les flux sans compromettre la prospérité du pays.
