Les coûts du système de consigne au Québec bondiront de 45 % pour atteindre 450 millions de dollars l’an prochain, selon un document de Consignaction obtenu par Radio-Canada. Cette hausse découle notamment de l’élargissement de la consigne aux bouteilles de vin et des cartons de lait prévu pour le 1er mars 2027.
L’élargissement de la consigne au Québec entraînera une forte augmentation des dépenses liées au système de récupération, qui passeront de 308 millions de dollars cette année à 450 millions de dollars l’an prochain, d’après un document de Consignaction dont Radio-Canada a obtenu copie. Cette progression de 45 % coïncide avec l’intégration, dès le 1er mars 2027, des bouteilles de vin et de spiritueux ainsi que des cartons multicouches, tels que les cartons de lait et de jus, ce qui ajoutera près d’un milliard de contenants supplémentaires dans le réseau.
Le développement du réseau de lieux de retour de Consignaction engloutira plus de la moitié de ces coûts. Le solde servira à financer le transport, le traitement de la matière recyclable et les frais généraux du système. L’organisme, connu sous sa marque d’affaires Consignaction et géré par l’Association québécoise de récupération des contenants de boissons (AQRCB), prévoit déjà un déficit de 130 millions de dollars pour l’année en cours.
Des écofrais en hausse pour éponger le déficit
Pour assurer la santé financière du système et atteindre l’équilibre budgétaire, les contributions des producteurs devront être ajustées. Le vice-président stratégie chez Consignaction, Jean-François Lefort, a indiqué qu’il n’avait pas le choix d’agir de la sorte. On a annoncé un ajustement des contributions, ce qu’on déteste faire. On doit atteindre l’équilibre budgétaire avec le système. Si on n’a pas les contributions des producteurs, nous sommes déficitaires
, a-t-il affirmé.
À compter du mois de mars, les écofrais sur les bouteilles en plastique passeront de 4 à 7 cents. Pour les contenants en verre à usage unique de moins de 500 ml, la contribution grimpera de 4 à 8 cents, tandis qu’elle bondira de 4 à 13 cents pour les bouteilles en verre de plus de 500 ml. Les montants de la consigne perçus auprès du public demeurent quant à eux inchangés.
Si Consignaction ignore encore si les commerçants répercuteront ces hausses sur la clientèle, le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, anticipe que la facture sera refilée aux acheteurs. C’est sûr que, d’une façon ou d’une autre, c’est le consommateur qui va les payer
, a-t-il déclaré.
La contestation s’organise autour d’une nouvelle usine
Le président de 2M Ressources, Michel Marquis, dont l’entreprise conditionne le verre à Saint-Jean-sur-Richelieu depuis 2006, conteste cette décision et affirme que son entreprise dispose de la technologie nécessaire depuis 25 ans. Il demande au nouveau gouvernement du Québec de suspendre l’élargissement de la consigne et la construction de la nouvelle usine afin de faire la lumière sur ce dossier, invoquant une apparence de conflit d’intérêts et un manque de transparence de la part de Consignaction, qui s’appuie sur une analyse de Deloitte refusée au public.
En réponse aux critiques, Consignaction assure que l’augmentation des contributions exigées des producteurs ne servira pas à financer la nouvelle usine. L’organisme précise que les entreprises mettant en marché des bouteilles de vin et de spiritueux verseront près de 45 millions de dollars par année en contributions, dont environ 4 millions iront à l’usine. Au total, le système de consigne visera environ cinq milliards de contenants de boissons à compter du 1er mars, alors que le réseau compte présentement 182 lieux de retour sur les 400 prévus d’ici quatre mois, en route vers un objectif global de 1 200 points à travers la province.