L’idée de contrôler des machines par la pensée, longtemps cantonnée à la science-fiction, se rapproche de la réalité grâce à une nouvelle génération d’interfaces neuronales non invasives. La start-up française NextMind, après avoir levé des fonds importants, propose un dispositif qui pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle ère d’interaction homme-machine.
Lors du salon Slush, à Helsinki, Sid Kouider, fondateur de NextMind, a présenté un appareil qui capte l’activité cérébrale et la traduit en commandes. Loin d’être perçu comme un excentrique, il s’inscrit dans la lignée des entrepreneurs visionnaires, tels qu’Elon Musk et Mark Zuckerberg, qui imaginent un futur où nos pensées suffiront à interagir avec la technologie.
Les recherches sur les interfaces cerveau-ordinateur (ICO) remontent aux années 1970, avec les premières tentatives d’implantation d’électrodes directement dans le cerveau. Aujourd’hui, ces ICO implantées, encore expérimentales, permettent déjà de soulager les tremblements liés à la maladie de Parkinson et de restaurer une certaine mobilité aux personnes paralysées. Cependant, l’idée de généraliser l’implantation de puces cérébrales, envisagée par certains, se heurte à des obstacles de sécurité et d’acceptation.
NextMind se positionne sur un créneau différent : une ICO non invasive, portée comme un bandeau à l’arrière de la tête. Cet appareil, qui pèse environ 60 grammes (comme un kiwi), utilise des électrodes sèches pour détecter les ondes cérébrales et les convertir en données exploitables par des appareils compatibles. Le dispositif se concentre sur la lecture de l’activité du cortex visuel, une zone du cerveau impliquée dans le traitement de l’information visuelle.
« C’est vrai, et les possibilités sont infinies », a déclaré Sid Kouider lors de sa présentation à Slush. L’objectif initial est de simplifier des tâches courantes, comme l’envoi de messages texte ou la sélection d’une photo dans une galerie, mais à terme, NextMind ambitionne de permettre le contrôle complet de notre environnement numérique.
Le système NextMind nécessite une phase d’apprentissage pour créer un « profil neuronal » unique à chaque utilisateur. Lors d’une démonstration, Sid Kouider a invité un journaliste à réaliser un exercice simple consistant à fixer différents points clignotants sur un écran. « Ah, quand je me concentre là-dessus, c’est au téléphone », explique Kouider, illustrant le principe de la boucle de rétroaction neuronale.
Une fois le profil établi, l’appareil permet de jouer à des jeux vidéo en utilisant uniquement la pensée. Lors d’une démonstration de Duck Hunt, le journaliste a pu abattre des canards en fixant simplement l’écran. Il a également pu changer de chaîne sur un faux téléviseur et déverrouiller un coffre-fort numérique en visualisant les bons numéros.
NextMind n’est pas la seule entreprise à explorer cette voie. L’entreprise CTRL-Labs, rachetée par Facebook en septembre pour près d’un milliard de dollars (environ 1,1 milliard d’euros), a également développé une interface neuronale non invasive, sous la forme d’un brassard. Cette dernière se concentre sur la lecture des signaux nerveux émis par les muscles du bras et de la main.
Si le potentiel de ces technologies est indéniable, leur adoption massive dépendra de leur utilité perçue par le grand public. Ariel Garten, cofondatrice d’InteraXon, une entreprise canadienne qui a abandonné le développement d’un casque de contrôle mental, souligne que « franchement, vous pourriez transformer la chose beaucoup plus facilement avec votre côté ». InteraXon a finalement réorienté ses activités vers la méditation avec son bandeau Muse.
À ce stade, l’ICO ressemble davantage à un casque de réalité virtuelle qu’à une interface révolutionnaire. Sid Kouider, cependant, est convaincu que ces dispositifs deviendront aussi courants que le clavier ou la souris, ouvrant la voie à une nouvelle forme d’interaction avec la technologie.