Publié le 20 octobre 2025 à 02h40. Le Maroc confirme son statut de puissance montante du football mondial en remportant la Coupe du monde des moins de 20 ans, une victoire qui s’inscrit dans une stratégie de développement ambitieuse lancée il y a plus d’une décennie.
- Le Maroc a battu l’Argentine 2 à 0 en finale de la Coupe du monde des moins de 20 ans.
- Un investissement massif, débuté en 2010 avec la création de l’académie Mohammed VI, est au cœur de cette réussite.
- Une politique de détection des talents dans la diaspora marocaine a permis de renforcer les équipes nationales.
Cette victoire n’est pas le fruit du hasard. Elle est la conséquence d’un projet global et ambitieux, initié il y a plus de quinze ans, visant à faire du Maroc un acteur majeur du football africain et mondial. L’émergence des « Lions de l’Atlas » témoigne d’une volonté politique forte et d’un investissement conséquent dans la formation des jeunes joueurs.
Tout a commencé en 2010 avec l’inauguration d’une académie de football ultramoderne à Salé, en périphérie de Rabat. Ce complexe, baptisé du nom du roi Mohammed VI, monarque du Maroc depuis 1999 et fervent passionné de football, a nécessité un investissement initial d’environ 15 millions de dollars (environ 13,7 millions d’euros). Le financement de l’académie a été assuré en grande partie par les fonds propres du roi, mais également grâce au soutien de partenaires privés tels que AttijariWafa, la plus grande banque du Maroc, et Maroc Télécom, l’opérateur de télécommunications national.
L’objectif de cette académie était clair : offrir aux jeunes talents marocains un environnement optimal pour leur développement et leur formation. Il s’agissait de concentrer les futures stars du football marocain dans un centre d’excellence, doté de technologies de pointe, d’encadrement de haut niveau, d’un suivi personnalisé, de soins médicaux adaptés et d’une formation personnelle complète.
L’académie Mohammed VI dispose de 11 terrains, dont un servant d’aire d’entraînement pour les équipes nationales seniors. Les surfaces sont variées : gazon naturel, gazon synthétique, et même une salle couverte pour le futsal et un terrain de sable. Tous les joueurs appelés en sélection nationale sont hébergés sur place. En collaboration avec la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), l’académie organise également des formations et des programmes visant à améliorer les compétences des joueurs, des entraîneurs et des arbitres. Le complexe dispose également d’hôtels cinq étoiles pour le confort des équipes nationales, ainsi que d’une mosquée.
Le roi Mohammed VI a également encouragé la construction de plus de 100 terrains de football à travers tout le pays, afin de permettre aux jeunes Marocains de pratiquer leur passion et de canaliser leur énergie vers la compétition.
Mais l’investissement ne s’est pas limité aux infrastructures. Dès 2015, la FRMF a mis en place une stratégie de détection des talents d’origine marocaine dispersés à travers le monde. L’objectif était de repérer les joueurs ayant des liens familiaux avec le Maroc, qu’ils soient nés ou non sur le territoire, et qu’ils ne parlent pas forcément l’arabe ou le berbère. Les recruteurs se concentraient sur l’évaluation des aptitudes footballistiques et de l’ascendance marocaine. Le projet consistait à convaincre ces joueurs de représenter le Maroc, en leur offrant un projet sportif ambitieux et concret, et en faisant appel à leur sentiment national.
C’est ainsi que des joueurs déjà établis dans les championnats européens ont choisi de revêtir le maillot rouge du Maroc, tels que Yassine Bounou (né à Montréal), Achraf Hakimi (né en Espagne), Sofiane Amrabat et Hakim Ziyech (nés aux Pays-Bas). Achraf Hakimi est un exemple emblématique de cette politique.
Cette stratégie a déjà porté ses fruits. Les « Lions de l’Atlas » sont devenus en 2022 la première équipe africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde, au Qatar. Ils ont porté sur leurs épaules les espoirs de tout un continent, du monde arabe et même de la cause palestinienne. L’équipe de Walid Regragui est devenue un symbole de réussite pour les pays du « tiers monde ». La défaite en demi-finale face à la France (2-0) n’a pas entaché cette performance historique.
Le Maroc comptait à ce moment-là 14 joueurs nés en dehors de ses frontières : quatre aux Pays-Bas, quatre en Belgique, deux en France, un en Espagne, un en Italie et un au Canada. La diaspora n’est plus perçue comme un handicap, mais comme une force.
L’élan se poursuit. Le Maroc a remporté la médaille de bronze au tournoi olympique de football de Paris 2024, une première dans l’histoire du pays et sa 26e médaille au tableau des médailles. Tarik Sectioui a mis en œuvre une approche similaire à celle de Regragui, en sélectionnant des joueurs d’origine marocaine nés en Espagne, aux Pays-Bas et en Belgique. Et maintenant, le titre de champion du monde des moins de 20 ans, le premier titre FIFA officiel pour le football marocain. Younes El Bahraoui et Anas Tajaouart célèbrent le titre des moins de 20 ans du Maroc lors de la Coupe du monde des moins de 20 ans au Chili.
Othmane Maman, élu meilleur joueur du tournoi, est né à Alès, en France, et Yasser Zabiri, l’un des quatre meilleurs buteurs, commence déjà à se faire remarquer au FC Famalicão, au Portugal.
Ce n’est pas une coïncidence. Demi-finalistes d’une Coupe du monde, médaillés de bronze olympiques, champions du monde des moins de 20 ans. Et la Coupe du monde 2026 approche à grands pas, dans moins de neuf mois.
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