Home DivertissementCour des vainqueurs. Il y a 80 ans, le règlement des comptes avec les criminels nazis commençait à Nuremberg

Cour des vainqueurs. Il y a 80 ans, le règlement des comptes avec les criminels nazis commençait à Nuremberg

by Antoine Girard

Publié le 18 octobre 2025 11h47. Le procès de Nuremberg, qui s’est tenu entre 1945 et 1946, a marqué une étape cruciale dans la justice internationale en jugeant les principaux responsables du régime nazi pour leurs crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale. Retour sur les origines de ce tribunal exceptionnel et les enjeux qui l’ont entouré.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, conflit qui a fait au moins 62 millions de morts et laissé des cicatrices profondes sur l’économie mondiale et les relations internationales, les puissances victorieuses se sont retrouvées face à une question cruciale : comment juger les responsables des atrocités nazies ? Initialement, des solutions radicales ont été envisagées, allant de l’exécution sommaire des chefs nazis, proposée par le Premier ministre britannique Winston Churchill, à l’exécution massive de 50 à 100 000 officiers allemands, préconisée par le dictateur soviétique Joseph Staline.

Cependant, ces projets ont finalement été abandonnés au profit d’un grand procès, décidé lors de la Deuxième Conférence de Québec en septembre 1944. Cette décision a été saluée par Moscou, conscient de l’impact d’un procès public sur l’opinion mondiale. En août 1945, à Londres, la création du Tribunal militaire international (TMI) a été officialisée, réunissant les représentants des États-Unis, de l’Union soviétique, de la Grande-Bretagne et de la France.

Nuremberg a été choisie comme siège du tribunal, malgré son passé de « Ville des congrès du parti » nazi. Le Palais de Justice de la ville était cependant relativement intact après la guerre, et la prison adjacente offrait les installations nécessaires pour détenir et surveiller les accusés. Chaque puissance victorieuse a fourni des juges et des procureurs pour composer le TMI.

Le procès a débuté le 20 novembre 1945 et s’est achevé le 1er octobre 1946. 24 individus et six organisations ont été inculpés, accusés d’avoir planifié, préparé, lancé et mené des guerres offensives, ainsi que d’avoir commis des crimes contre l’humanité. Parmi les accusés figuraient Karl Dönitz, dernier président du Reich, et Hermann Göring, ancien ministre de l’Aviation, qui s’est distingué par son intelligence et son esprit de résistance durant le procès. Adolf Hitler, Joseph Goebbels et Heinrich Himmler, les deux derniers chanceliers du Reich et le chef du Reich SS, n’ont pas pu être jugés en raison de leur suicide.

Tribunal militaire international de Nuremberg

Les prévenus étaient :

Karl Dönitz, Hans Frank, Wilhelm Frick, Hans Fritzsche, Walther Funk, Hermann Göring, Rudolf Hess, Alfred Jodl, Ernst Kaltenbrunner, Wilhelm Keitel, Gustav Krupp von Bohlen und Halbach, Robert Ley, Konstantin von Neurath, Franz von Papen, Erich Raeder, Joachim von Ribbentrop, Alfred Rosenberg, Fritz Sauckel, Arthur Seyβ-Inquart, Hjalmar Schacht, Baldur von Schirach, Albert Speer, Julius Streicher ; Martin Bormann a été jugé par contumace, sa mort lors de sa fuite de Berlin n’ayant été définitivement confirmée qu’en 1998 grâce à une analyse ADN.

Ils étaient accusés de :

a) participation à un complot ou à un plan commun visant à commettre des crimes contre la paix,

b) planification, préparation, lancement et conduite de guerres offensives et d’autres crimes contre la paix,

c) crimes contre l’humanité.

Au cours du procès, les poursuites contre l’industriel Gustav Krupp ont été abandonnées en raison de son état de santé défaillant, et Robert Ley, chef du Front du travail allemand, a également échappé au verdict en se suicidant en octobre 1945. Au total, 12 accusés ont été condamnés à mort, trois à la perpétuité, deux à 20 ans de prison, un à 15 ans, un à 10 ans, et trois ont été acquittés. Les exécutions ont eu lieu le 16 octobre 1946 (à l’exception d’Hermann Göring, qui s’est suicidé), et les corps ont été incinérés à Munich, leurs cendres dispersées dans l’Isar.

Aujourd’hui, les condamnations à mort de hauts responsables militaires tels que Wilhelm Keitel et Alfred Jodl restent controversées, notamment en raison du refus de leur accorder la possibilité de faire appel. Le cas d’Albert Speer, qui a réussi à minimiser son rôle de ministre de l’Armement et des Munitions du Reich en dissimulant l’exploitation des prisonniers des camps de concentration pour le travail forcé, suscite également des interrogations.

Bien que le procès de Nuremberg ait été considéré à l’époque comme une avancée significative en matière de justice, certaines procédures et méthodes juridiques utilisées, notamment la rétroactivité de certaines lois, ne seraient pas acceptables aujourd’hui. Néanmoins, le TMI est largement reconnu comme ayant posé les fondations de la codification du droit international public.



Photo : Profimedia.cz

Vue générale de la salle d’audience du Palais de Justice de Nuremberg, où les accusés ont entendu des extraits du verdict lu par le Tribunal militaire international, le 30 septembre 1946.



Photo : Profimedia.cz

Le Reichsmaréchal Hermann Göring plaide non coupable devant le Tribunal militaire international. Il porte les écouteurs du système de traduction judiciaire.

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