La retenue d’eau de la Loze à Courchevel, construite en 2020 pour l’enneigement des pistes, subit un affaissement alarmant de ses fondations. Cette instabilité menace d’ensevelir un hameau situé en contrebas et pourrait compromettre l’organisation des Jeux olympiques d’hiver d’Alpes 2030, alors que le CIO doit dévoiler la carte des sites en juin 2026.
Le luxe et le prestige de Courchevel font face à une réalité géologique brutale. À 2270 mètres d’altitude, l’infrastructure destinée à garantir la neige sur la piste de l’Eclipse — un tracé de 3,2 kilomètres réputé pour sa difficulté — est en train de s’effondrer sur elle-même. Ce qui devait être un atout technique pour les Championnats du monde de ski alpin de 2023 et les futurs JO 2030 s’est transformé en un risque majeur de catastrophe naturelle.
Le risque d’ensevelissement du hameau de la Loze
L’enjeu n’est plus seulement technique, il est humain. La retenue artificielle, capable de stocker 170 000 m³ d’eau, repose sur une digue de 20 mètres de haut dont la rupture pourrait être fatale. Comme le rapporte CNews, un scénario catastrophe est envisagé : une rupture de la digue entraînerait une coulée massive de boue, de glace et de roches capable de rayer un hameau de la carte en seulement trente minutes.

Cette situation a poussé l’association AC !! Anti-Corruption à porter plainte pour mise en danger d’autrui et atteintes à l’environnement. L’organisation ne se contente pas de pointer le danger actuel ; elle remet en question la genèse même du projet. AC !! estime que les études préalables étaient insuffisantes, voire volontairement falsifiées, s’interrogeant sur la manière dont un tel ouvrage a pu être autorisé sur une zone géomorphologiquement aussi sensible, alors que la structure du glacier rocheux était connue et cartographiée.
L’erreur technique : la découverte d’une lentille de glace
Le coût de l’infrastructure s’élève à 5,7 millions d’euros, mais l’erreur de diagnostic semble avoir été coûteuse en sécurité. Selon une expertise géomorphologique de décembre 2025 relayée par Le Temps, l’ouvrage s’affaisse à une vitesse inquiétante. L’origine du problème serait une lentille de glace dissimulée sous un pierrier, un phénomène qui, selon les exploitants, n’avait jamais été observé à cette altitude.

Il y a une lentille de glace sous un immense pierrier qui n’a pas été traité car, à cette altitude, c’est quelque chose qui n’avait jamais été observé. On s’est rendu compte de sa présence quand la digue s’est affaissée tout doucement. Pascal Jeannel de Thiersant, directeur du domaine skiable des Trois Vallées, via ODS Radio
L’aveu est cinglant : la structure a montré des faiblesses dès sa mise en eau. David Vignon, directeur des projets et du développement durable de la Société des 3 Vallées (S3V), a reconnu qu’un léger tassement avait été noté dès 2022, bien qu’il ait été initialement attribué à la mise en service normale de l’ouvrage.
Chronologie d’une urgence hydraulique
Le passage de la vigilance à l’urgence s’est accéléré entre 2022 et 2026. Pour limiter les risques de rupture, les autorités ont dû procéder à une vidange massive de la réserve.
- 2020 : Construction de la retenue de la Loze.
- 2022 : Constat des premières faiblesses et d’un tassement léger lors de la mise en eau.
- Décembre 2025 : Expertise géomorphologique confirmant l’affaissement alarmant des fondations.
- Fin 2025 : Vidange quasi totale de la réserve, le volume d’eau chutant de 170 000 m³ à 25 000 m³.
- 2027 : Date prévue pour le début des travaux de reconstruction et de déplacement de la digue.
- 2028 : Échéance fixée par la mairie pour que la situation soit totalement régularisée.
Le CIO et le spectre du dérèglement climatique
L’instabilité de la Loze arrive au pire moment pour Courchevel. Le Comité international olympique (CIO) doit dévoiler, en juin prochain, la carte officielle des sites pour les Jeux olympiques d’hiver d’Alpes 2030. Comme le souligne ODS Radio, cet affaissement pourrait pousser le CIO à reconsidérer l’attribution des épreuves sur ce site.
Au-delà de l’aspect technique, l’affaire ravive le débat sur la viabilité même des compétitions de sports d’hiver. Valérie Paumier, présidente de l’association Résilience Montagne, utilise ce dysfonctionnement pour questionner le modèle olympique face au réchauffement global.
La vraie question est de se demander ce que l’on fait de cet événement dans un contexte de dérèglement climatique, quand la matière première va disparaître. Lors des JO de Jeux olympiques d’été de 2024, s’il avait fait 40 degrés au lieu de 35, les athlètes auraient pu courir même en souffrant. Mais, en montagne, s’il fait 10 degrés au lieu de zéro, on ne peut même pas fabriquer de neige. Valérie Paumier, présidente de Résilience Montagne, via ODS Radio
Malgré ces critiques et la menace pesant sur le hameau, le maire de Courchevel, Jean-Yves Pachod, maintient sa confiance. Il affirme que des discussions avec des experts sont en cours pour repositionner la digue sur un sol stable. Cependant, le contraste est saisissant entre l’optimisme municipal et la réalité d’un ouvrage à 5,7 millions d’euros qui, en quelques années, est devenu un danger public.
La décision du CIO le mois prochain sera le premier indicateur réel de la gravité de la situation. Si Courchevel est écarté de la carte officielle, ce ne sera pas seulement une défaite logistique, mais l’aveu qu’une infrastructure conçue pour dompter la montagne a été vaincue par elle.
