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COVID-19 dans les contextes fragiles : réponse sensible aux conflits

by Clara Dubois

La pandémie de COVID-19 exacerbe les fragilités existantes dans les pays en proie à des conflits et à l’instabilité, menaçant de faire reculer des années de progrès en matière de développement et de santé publique. Une réponse globale et coordonnée, axée sur le renforcement des systèmes de santé et la promotion de la résilience économique, est cruciale pour éviter une spirale de crises.

Entre 2009 et 2017, 364 épidémies ont été recensées dans 108 camps de réfugiés, illustrant la vulnérabilité accrue des populations déplacées face aux maladies infectieuses. La résurgence de la poliomyélite en Syrie, les épidémies de choléra au Yémen en guerre et la propagation du virus Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) sont autant de rappels de cette réalité. Ces crises sapent les services de santé et freinent les opportunités pour les populations les plus défavorables, notamment les filles, les jeunes et les plus pauvres.

De nombreux pays, de la RDC au Mali, en passant par le Niger, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Haïti, l’Afghanistan, le Yémen et Gaza, ont sollicité une aide internationale. Les opérations d’urgence se concentrent sur trois objectifs principaux : soutenir les systèmes de santé, renforcer la résilience économique et protéger les familles les plus vulnérables. Le Plan de réponse humanitaire mondiale des Nations Unies face au COVID-19 vise à répondre aux besoins des populations les plus exposées, tandis que le Fonds des Nations Unies pour la réponse et le redressement face au COVID-19 aide les pays à revenu faible et intermédiaire à faire face aux conséquences sanitaires et socio-économiques de la pandémie.

Au-delà de la crise sanitaire immédiate, les pays confrontés à des situations de fragilité, de conflit et de violence (FCV) sont également confrontés à des défis structurels tels que la mauvaise gouvernance, l’accès inégal aux services et un manque de confiance envers les institutions. Ces facteurs peuvent entraîner des chocs, des déplacements forcés et une insécurité alimentaire accrue.

Il est donc essentiel que les réponses immédiates et les investissements à long terme tiennent compte de ces réalités pour éviter d’aggraver les sources de fragilité existantes. Un rapport conjoint de l’ONU et de la Banque mondiale, intitulé « Stratégies pour la paix : solutions inclusives pour prévenir les conflits violents », ainsi que la stratégie FCV de la Banque mondiale, proposent des pistes pour orienter les efforts de réponse dans ces contextes complexes.

La pandémie risque d’intensifier les tensions et les griefs préexistants, ainsi que les lacunes systémiques en matière de capacités. Il est crucial de comprendre les causes profondes des conflits et de la fragilité, ainsi que les sources de résilience propres à chaque situation. Le soutien aux populations locales, notamment aux groupes de femmes et aux réseaux sociaux, est primordial, comme l’a démontré le projet d’aide aux réfugiés et aux communautés d’accueil au Niger.

Cependant, la crise pourrait également ouvrir des opportunités de paix, comme cela a été observé dans certains pays suite à l’appel du Secrétaire général de l’ONU à un cessez-le-feu mondial.

La confiance et l’inclusion sont des éléments clés. Les services publics, tels que la santé, la sécurité sociale et l’éducation, sont essentiels en eux-mêmes, mais ils constituent également le principal moyen par lequel les citoyens interagissent avec l’État. Garantir un accès équitable aux ressources et prévenir l’exclusion contribuent à atténuer les tensions et à préserver la confiance du public, indispensable à la mobilisation collective contre le virus.

L’engagement communautaire est également crucial. Les gouvernements doivent s’engager publiquement auprès de tous les secteurs de la société – notamment les jeunes, les femmes, les syndicats, le secteur privé et les groupes marginalisés – pour analyser, concevoir, mettre en œuvre et surveiller les programmes. L’expérience de la récente épidémie d’Ebola dans l’est de la RDC a montré qu’il est essentiel de répondre aux griefs et de renforcer la confiance en investissant dans l’emploi et les infrastructures sociales.

Des partenariats solides sont indispensables pour répondre aux besoins sanitaires urgents et s’attaquer aux effets à long terme de la crise. La Banque mondiale, par le biais de l’Association internationale pour le développement (IDA), a ainsi alloué 26,9 millions de dollars (en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé) au Yémen pour lutter contre la propagation du COVID-19.

Une préparation et une recherche conjointes avec l’ONU, la Banque mondiale et d’autres partenaires bilatéraux et multilatéraux, axées sur la réduction des risques de conflit, le maintien de la stabilité et la protection des systèmes de santé, sont essentielles. Il est important de s’appuyer sur les capacités et les structures existantes plutôt que de les remplacer par des réponses parallèles.

Pour les pays et les citoyens touchés par les FCV, la relance post-COVID-19 doit passer par un développement économique durable, des institutions plus solides et une stabilité sociale accrue, afin de mieux se protéger contre les crises futures. L’objectif est désormais d’aider collectivement ces pays à jeter les bases d’un « meilleur développement ».

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