Publié le 5 octobre 2025. L’opéra Pompeo Magno de Francesco Cavalli, interprété par la Chapelle Méditerranéenne sous la direction de Leonardo Garcia Alarcon, a été présenté en première française au Théâtre des Champs-Élysées, offrant une réflexion sur le pouvoir et la sagesse politique à travers une mise en scène inventive.
- La production a mis en valeur les talents de Max Emanuel Cencic dans le rôle titre, Mariana Flores en Issicratea et Valerio Contaldo en Mitridate.
- L’orchestre, la Chapelle Méditerranéenne, a démontré une profonde compréhension de la musique de Cavalli, bien qu’une utilisation excessive des percussions ait parfois altéré l’équilibre sonore.
- L’œuvre, créée en 1666, résonne particulièrement dans le contexte géopolitique actuel, rappelant la nécessité d’une approche sensible et irrévérencieuse de la politique.
L’opéra de Francesco Cavalli, compositeur vénitien élève de Claudio Monteverdi, est une redécouverte majeure pour le public français. Cavalli, contemporain de Pedro Calderón de la Barca, a su porter le drame musical à son apogée, intégrant dans ses œuvres une synthèse et une évolution significative de l’opéra. Pompeo Magno, créé le 20 février 1666 au Teatro San Salvatore de Venise, marque le retour du compositeur après avoir participé aux festivités entourant le mariage de Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse d’Espagne. On y décèle une subtile influence de la musique française, sans pour autant en être dominée.
Cette œuvre est une fable morale, parsemée de scènes comiques, qui explore les vertus du « bon gouvernement » et de la maîtrise de soi, même au milieu d’une sensualité exacerbée. Le livret, signé par Nicolò Minato, un Vénitien originaire de Bergame, est particulièrement truculent et rappelle celui de Siface, que Haendel adaptera plus tard en 1738 avec son célèbre opéra « Shadow ». Minato affectionne le contraste entre les scènes sérieuses et l’insolence des personnages comiques, typique du style vénitien, tout en tissant une vaste leçon de science politique.
La mise en scène au Théâtre des Champs-Élysées, signée Max Emanuel Cencic, a privilégié une approche inventive et dynamique. Bien que dépourvue des décors somptueux comparables à ceux de Véronèse ou de Tintoret, elle a su rendre compte des péripéties du livret de Minato grâce à des accessoires et un jeu d’acteur efficace. Seule une légère tendance à exagérer l’aspect comique de certains moments plus touchants, comme l’ivresse de Sesto, a pu être relevée.
La Chapelle Méditerranéenne, sous la direction de Leonardo Garcia Alarcon, a offert une interprétation musicale remarquable. Les couleurs orchestrales étaient ciselées avec profondeur et nuance, les attaques précises et les phrasés divinement exécutés. Le chef argentin a dirigé l’ensemble avec passion et conviction. Cependant, la présence parfois trop marquée des percussions a eu tendance à déformer la ligne mélodique et l’ambiance de certains passages musicaux.
La distribution vocale a été particulièrement soignée. Max Emanuel Cencic a incarné Pompeo avec majesté et subtilité, son timbre riche et velouté captivant l’auditoire. Mariana Flores a été une Issicratea iconique, tant vocalement que théâtralement, maîtrisant parfaitement la diction. Valerio Contaldo a offert un Mitridate idéal, grâce à la beauté de son timbre et à son étendue vocale. Aloïs Mühlbacher, dans le rôle de Farnace, a fait preuve d’une fougue et d’une beauté vocale remarquables, tandis que Logan Lopez Gonzalez a brillé dans le rôle de Sesto, avec une musicalité et une intelligence théâtrale exceptionnelles.
Le couple comique, incarné par Marcel Beekman et Dominique Visse, a également suscité l’enthousiasme. Beekman, inénarrable dans le rôle d’Atrea, a su humaniser son personnage et toucher le public, tandis que Visse a joué les barbons avec autant de délice qu’il l’avait fait dans d’autres œuvres de Cavalli. La distribution était complétée par des talents confirmés tels que Carton de Lucia Martin, Valeur Sabadus, Victor Sicard et Jorge Navarro Colorado.
En conclusion, Pompeo Magno, avec son message sur la nécessité de se vaincre soi-même pour atteindre la véritable victoire, résonne particulièrement dans le contexte actuel. Cette production triomphale poursuit son chemin vers le Teatro Goldoni, où l’on espère que l’écho de sa création continuera de résonner, rappelant l’importance de la musique et de la sensibilité dans le domaine politique.