Publié le 17 décembre 2025 à 18h49. Après une brève chute sous la barre des 60 dollars le baril, le pétrole Brent a rebondi, soutenu par les tensions géopolitiques croissantes, mais la Colombie reste vulnérable à une baisse prolongée des prix.
- Le prix du pétrole Brent a brièvement plongé sous les 60 dollars américains le baril, son plus bas niveau depuis près de cinq ans, avant de remonter.
- Les tensions géopolitiques, notamment les menaces américaines de sanctions contre la Russie et le Venezuela, soutiennent actuellement les prix.
- Le président colombien Gustavo Petro a averti que la plupart des puits de pétrole du pays deviendraient non rentables si le prix du baril tombait à 55 dollars.
La volatilité du marché pétrolier s’est intensifiée en décembre, avec une chute initiale du Brent sous les 60 dollars américains le baril, un niveau inédit depuis près de cinq ans. Cette baisse a particulièrement inquiété la Colombie, dont l’économie est fortement dépendante des revenus pétroliers. Cependant, le marché a rapidement corrigé le tir, les contrats à terme sur le Brent augmentant jusqu’à 2,5 % et retrouvant les 60 dollars le baril le mercredi 17 décembre.
Ce rebond est directement lié à une nouvelle escalade des tensions géopolitiques. Les États-Unis envisagent de durcir leurs sanctions contre la Russie si le président Vladimir Poutine refuse un éventuel accord de paix avec l’Ukraine. Parmi les options envisagées figurent des attaques contre la « flotte noire » russe, c’est-à-dire les pétroliers et les négociants facilitant les exportations pétrolières russes malgré les sanctions.
Parallèlement, la pression s’intensifie sur le Venezuela. L’administration Trump a affirmé que le pays était « complètement encerclé par la plus grande marine jamais rassemblée dans l’histoire de l’Amérique du Sud », dans le but de bloquer les exportations pétrolières autorisées. « Le Venezuela est totalement bloqué ! » : Trump a ordonné un blocus total des pétroliers sanctionnés
Malgré ce regain de tensions, l’impact structurel de ces menaces sur les prix du pétrole reste limité. La production vénézuélienne ne représente qu’environ 1 % de l’offre mondiale de pétrole brut. De même, les sanctions n’ont pas fondamentalement modifié la stratégie du Kremlin ni réduit de manière significative ses exportations, même si Moscou reconnaît que ces mesures compliquent la normalisation des relations avec les États-Unis.
Dans ce contexte, le président colombien Gustavo Petro a lancé un avertissement sur son compte X :
« Si le pétrole tombe à 55 dollars le baril, la plupart des puits colombiens cesseront d’être rentables, y compris ceux du Permien. »
Gustavo Petro, président de la Colombie
Cette inquiétude n’est pas nouvelle. En avril dernier, Ricardo Roa, président d’Ecopetrol, avait déjà tiré la sonnette d’alarme, indiquant que l’entreprise analysait les gisements qu’elle pourrait fermer pour éviter les pertes, même avec des prix proches de 64 dollars le baril. Roa avait alors précisé qu’Ecopetrol perdait près d’un milliard de pesos (environ 230 millions de dollars américains) de bénéfices pour chaque dollar de baisse du prix du pétrole, soit une perte potentielle de 12 milliards de dollars par mois si le prix chutait de 10 dollars.
Les données officielles et les experts confirment la vulnérabilité d’Ecopetrol. Sergio Cabrales, professeur, chercheur et consultant dans le secteur minier-énergétique, a expliqué qu’Ecopetrol a besoin de prix supérieurs à 50 dollars américains le baril pour générer des bénéfices.
« Leur seuil de rentabilité économique, défini comme le prix de vente du pétrole brut dont le bénéfice net est proche de zéro, est d’environ 50 dollars américains le baril. »
Sergio Cabrales, professeur, chercheur et consultant
Seuls les sables bitumineux ont un seuil de rentabilité plus élevé, à 58 dollars américains le baril.
En comparaison, le fracking en Argentine et aux États-Unis permet une production à des coûts inférieurs : entre 40 et 45 dollars le baril en Argentine et environ 48 dollars le baril dans le bassin permien aux États-Unis.
L’évolution des coûts de production est un facteur clé. Entre 2022 et 2024, le prix d’équilibre moyen des champs d’Ecopetrol, c’est-à-dire le point à partir duquel la production n’est plus rentable, a augmenté de 58 %, passant de 31 à 49 dollars américains le baril. Au troisième trimestre 2025, ce seuil est estimé à 50 dollars américains le baril.
Selon l’Association colombienne des ingénieurs pétroliers (Acipet), les principaux facteurs d’augmentation des coûts sont les coûts fixes de maintenance et de personnel, ainsi que les coûts variables liés à l’énergie, au traitement des fluides et à l’entretien des puits. Campetrol confirme cette analyse, soulignant l’inflation dans les secteurs de l’énergie, des services et des produits chimiques.
Campetrol estime que les coûts fixes ont augmenté de 14,6 % en 2023 et de 11,7 % supplémentaires en 2024, en raison de l’inflation, de l’augmentation des dépenses de maintenance et du nombre de services contractés. L’augmentation de la production a également contribué à l’augmentation des coûts.
La réforme fiscale du gouvernement actuel a également eu un impact sur les coûts d’Ecopetrol. Le taux d’imposition sur le revenu nominal est passé de 35 % à 36,6 % en 2023, principalement en raison de la surtaxe sur les revenus. Bien qu’il soit resté relativement stable à 36,1 % en 2024, cette augmentation initiale a considérablement augmenté le bénéfice avant impôts nécessaire pour atteindre le seuil de rentabilité.
Enfin, l’augmentation des taux d’intérêt a également pesé sur les finances d’Ecopetrol, entraînant une augmentation de 50,4 % des dépenses financières nettes en 2024.
Les projections du ministère des Finances ne sont pas plus rassurantes. Le prix du Brent devrait être de 62,3 dollars américains le baril en 2026, puis atteindre 76 dollars américains en 2036. La production colombienne devrait culminer à 773 000 barils par jour en 2028 avant de retomber à 713 000 barils par jour en 2036.
Cependant, l’Energy Information Administration (EIA) des États-Unis est plus pessimiste, prévoyant une baisse du Brent à 59 dollars américains au dernier trimestre 2025 et à 50 dollars américains début 2026. Jusqu’en septembre, les bénéfices d’Ecoperol ont chuté de 32 %, que se passe-t-il dans l’entreprise ?
L’impact sur les finances publiques serait direct : une baisse d’un dollar du prix du pétrole brut entraînerait une réduction d’environ 400 milliards de pesos par an des recettes fiscales, affectant l’impôt sur le revenu sectoriel, les dividendes d’Ecopetrol et les redevances pour les régions.
Mauricio Téllez, ancien responsable de la communication chez Ecopetrol, nuance ce débat. Il souligne que la baisse des prix en 2025 et 2026 était déjà anticipée et qu’une reprise est attendue. Il met également en avant l’avantage du fracking, qui permet d’ajuster rapidement les investissements en fonction des prix du marché. Enfin, il insiste sur la nécessité de réduire les coûts et d’améliorer l’efficacité pour abaisser le seuil de rentabilité, comme c’est déjà le cas dans le bassin permien, où il se situe entre 40 et 50 dollars américains le baril.
Des analyses indépendantes confirment ces tendances. TGS Well Data Analytics estime le seuil de rentabilité moyen pour les nouveaux puits à 51,6 dollars américains, tandis que les puits existants peuvent survivre avec des prix entre 38 et 50 dollars américains. Ecopetrol nie la vente du Permien et contredit Petro : il n’y a pas d’analyse, de procédure ou de décision
En conclusion, l’avertissement du président Petro est en partie exagéré, mais il souligne un risque réel. Si le prix du pétrole reste durablement en dessous de 60 dollars, de nombreux projets colombiens deviendront moins rentables, réduisant les marges bénéficiaires et affaiblissant les finances publiques. Le rebond actuel du Brent offre un répit, mais la Colombie doit impérativement réduire ses coûts de production et améliorer son efficacité pour faire face à un marché pétrolier de plus en plus incertain. Les 5 drapeaux rouges d’Ecopetrol : la chute du joyau de la couronne sur fond de scandales et de pressions politiques