Le décret du 21 juin 2026 met fin au projet d’hôtel Marriott Bonvoy prévu sur le site emblématique de la villa Mauvillier à Casablanca, après des mois de tensions entre la mairie et les promoteurs privés. Le terrain, situé à l’angle des boulevards Zerktouni et Anfa, sera désormais réservé à la construction d’une foire permanente d’artisanat, selon la décision d’Aziz Akhannouch, ministre de l’Intérieur, tranchant en faveur de la collectivité locale.
Un projet hôtelier abandonné au profit d’un espace public
L’annulation officielle du projet Marriott
La décision du gouvernement marocain, rendue publique le 22 juin, clôt un feuilleton administratif et juridique entamé en 2025. Le site de la villa Mauvillier, classé au patrimoine historique de Casablanca, était au cœur d’un conflit opposant la mairie de Casablanca, dirigée par Nabila Rmili, à la société Tower Seven Art, porteuse du projet hôtelier. Ce dernier prévoyait l’édification d’un établissement sous la marque Marriott Bonvoy, marquant une nouvelle étape dans l’expansion de la chaîne internationale au Maroc.

Cependant, la mairie a insisté sur la nécessité de préserver ce lieu chargé d’histoire, tout en répondant aux attentes des habitants en matière d’espaces publics et culturels. Pour parvenir à ce résultat, la municipalité s’est appuyée sur la procédure de Déclaration d’Utilité Publique (DUP). Ce mécanisme juridique permet à l’État ou aux collectivités locales d’acquérir des terrains privés pour réaliser des projets d’intérêt général, moyennant une indemnisation des propriétaires. La session extraordinaire du conseil municipal, convoquée pour le 10 juillet, devait officialiser la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique, un processus désormais caduc au vu de la décision ministérielle qui entérine le changement d’affectation du site.
Un tournant pour le patrimoine et l’urbanisme casablancais
La valorisation du patrimoine architectural
La décision d’Akhannouch, intervenue après plusieurs mois de débats, reflète une volonté de rééquilibrer les enjeux économiques et patrimoniaux à Casablanca. Le projet initial, porté par Marriott, s’inscrivait dans une dynamique plus large de développement hôtelier dans la ville, avec l’ouverture prévue fin 2026 d’un complexe AC by Marriott sur la corniche casablancaise.

L’enjeu se situait également dans la localisation stratégique du terrain. L’angle des boulevards Zerktouni et Anfa constitue l’un des axes les plus prestigieux et les plus fréquentés de la métropole, reliant le centre administratif aux quartiers d’affaires et résidentiels. Dans ce contexte, l’Agence Urbaine de Casablanca, chargée de veiller à la conformité des constructions avec le Plan d’Aménagement, joue un rôle pivot pour éviter que la pression immobilière n’efface l’identité architecturale de la ville, notamment ses vestiges de l’époque coloniale et Art déco.
Pourtant, la villa Mauvillier, symbole d’un patrimoine architectural marocain, a finalement emporté la décision. La foire permanente d’artisanat qui y sera construite vise à dynamiser l’économie locale en mettant en avant les savoir-faire marocains, tout en offrant un espace de rencontre et de commerce aux habitants et touristes. Ce projet s’inscrit dans une stratégie de promotion de l’économie sociale et solidaire, en offrant une vitrine permanente aux artisans locaux au cœur du centre urbain.
Quelles conséquences pour Marriott et le secteur hôtelier au Maroc ?
Les ambitions maintenues de Marriott
Marriott International, qui avait annoncé en 2025 l’ouverture de sept nouveaux hôtels au Maroc d’ici 2027, voit ce contretemps comme un rappel des défis liés à l’urbanisme et à la préservation du patrimoine dans les grandes villes. Le groupe distingue ses différentes gammes : alors que le projet de la villa Mauvillier visait un établissement Marriott Bonvoy de luxe, le complexe AC by Marriott prévu sur la corniche cible une clientèle d’affaires et de voyageurs urbains, avec un positionnement différent en termes d’infrastructure et d’emprise au sol.

Malgré cet échec à Casablanca, le groupe maintient ses ambitions, avec notamment l’ouverture annoncée du complexe AC by Marriott sur la corniche avant la fin de l’année. Cette stratégie d’expansion s’insère dans une tendance globale de montée en gamme de l’offre hôtelière marocaine pour répondre à l’augmentation des flux touristiques internationaux.
Pour la mairie de Casablanca, cette décision renforce son positionnement en faveur d’une ville à la fois moderne et respectueuse de son histoire. Elle s’inscrit dans une série de mesures visant à concilier développement économique et préservation culturelle, un équilibre délicat dans une métropole en pleine mutation.
Et maintenant ?
Le calendrier de la future foire d’artisanat
La foire permanente d’artisanat devrait voir le jour d’ici fin 2026, selon les premières annonces de la mairie. Les détails techniques et financiers du projet restent à préciser, notamment concernant le mode de financement de la construction et la gestion future de l’espace. Toutefois, cette initiative pourrait devenir un modèle pour d’autres sites patrimoniaux en attente de réhabilitation, prouvant que l’utilité publique peut primer sur les intérêts immobiliers privés.
Pour Marriott, l’échec du projet à la villa Mauvillier ne remet pas en cause sa stratégie globale au Maroc, où le groupe mise sur d’autres sites pour étendre son réseau. La ville de Casablanca, quant à elle, continue de tracer sa voie entre modernité et mémoire, un défi qui s’annonce comme l’un des grands enjeux des années à venir.
Find more reporting in our Nouvelles section.
