Le nouveau gouvernement péquiste de Paul St-Pierre Plamondon hérite d’un déficit de maintien des actifs routiers qui atteint 22,5 milliards de dollars. Un rapport d’experts recommande d’abandonner deux projets majeurs d’infrastructures pour financer le réseau actuel qui se dégrade rapidement à travers le Québec.
Le réseau routier québécois fait face à une urgence financière majeure. Selon un rapport annuel du comité d’experts indépendants du ministère des Transports et de la Mobilité durable, le coût des travaux nécessaires pour remettre les infrastructures en bon état est passé de 12,8 milliards de dollars en 2017 à 22,5 milliards de dollars en 2025.
Cette dette grandissante met en péril la sécurité à long terme des usagers. Le comité d’experts souligne sans équivoque que l’État ne dispose pas des ressources nécessaires pour lancer de nouveaux chantiers d’envergure sans accélérer la dégradation des axes existants. Face à ce constat, les spécialistes estiment qu’aucune nouvelle infrastructure routière ne devrait voir le jour au cours des prochaines années.

Le sort incertain des grands chantiers promis en campagne
Le nouveau gouvernement se retrouve ainsi confronté à un choix cornélien concernant ses promesses électorales. En campagne, le chef péquiste s’était engagé sur plusieurs dossiers d’infrastructures d’importance.
À la fin du mois de septembre, Paul St-Pierre Plamondon avait promis une première pelletée de terre d’ici 2030 pour un pont évalué 4,3 G$ destiné à relier Charlevoix à la Côte-Nord afin de remplacer le traversier sur la rivière Saguenay. Un peu plus tôt, il avait également pris l’engagement d’amorcer avant 2030 les travaux de prolongement de l’autoroute 20 dans le Bas-Saint-Laurent.
Le rapport accablant des experts cible directement ces deux engagements, aux côtés du projet de troisième lien entre Québec et Lévis porté par les administrations précédentes. Pascal Bérubé, ministre de la Culture et responsable de la région du Bas-Saint-Laurent, a indiqué s’être entretenu à ce sujet avec le ministre des Transports.
J’ai parlé très tôt ce matin au ministre des Transports, qui me réitère que l’on conserve cet engagement-là, mais que les marges de manœuvre sont réduites parce qu’il y a un déficit d’entretien des infrastructures existantes partout au Québec et qu’on est dans une situation qu’on soupçonne assez difficile sur le plan des finances publiques.
Pascal Bérubé, ministre de la Culture et ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent, via Radio Canada
La pression des régions pour le désenclavement de l’Est
Dans l’Est-du-Québec, la perspective d’un abandon ou d’un report du prolongement de l’autoroute 20 soulève l’inquiétude des acteurs locaux. Le Comité pour la finalisation de l’autoroute 20 déplore que le tronçon manquant entre Notre-Dame-des-Neiges et Le Bic n’ait pas été mentionné lors de la présentation de la nouvelle équipe ministérielle.
Les représentants régionaux rappellent que le projet bénéficie pourtant d’appuis unanimes, soulignant qu’une motion en ce sens a été adoptée par l’Assemblée nationale le 24 avril 2024. La Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent avait également endossé une résolution similaire en septembre 2025.
Les porte-parole du comité insistent sur la sécurité routière pour justifier l’urgence d’agir. Entre Saint-Fabien et Le Bic, la route 132 absorbe un volume de circulation supérieur à celui de plusieurs portions autoroutières et enregistre un nombre d’accidents et de collisions mortelles élevé qui paralyse régulièrement le transport des marchandises.
L’évolution du déficit d’entretien routier au Québec
Les données compilées par le comité d’experts illustrent la détérioration constante des chaussées québécoises au fil des ans, malgré les hausses budgétaires ponctuelles injectées par le passé.
| Année | Déficit du maintien d’actifs |
|---|---|
| 2017 | 12,8 milliards $ |
| 2018 | — |
| 2019 | — |
| 2020 | — |
Malgré une augmentation récente d’environ un milliard de dollars du budget d’entretien annuel, les prévisions financières s’annoncent sombres. Le manque de ressources pour lancer de nouveaux grands projets d risque d’entraîner une accélération de la dégradation des actifs existants du réseau routier face aux défis climatiques et au vieillissement des structures.