Publié le 26 novembre 2024 à 10h30. Delhi étouffe sous un épais brouillard toxique, quelques jours seulement après les célébrations de Diwali, ravivant les inquiétudes concernant la qualité de l’air catastrophique qui frappe chaque année la capitale indienne.
- L’indice de qualité de l’air (IQA) a dépassé les 500 dans certaines parties de Delhi, soit dix fois le niveau considéré comme sain par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
- Malgré une interdiction en vigueur depuis 2020, l’utilisation massive de pétards lors de Diwali a contribué à une pollution record, aggravée par les émissions industrielles et agricoles.
- La situation a déclenché des tensions avec le Pakistan voisin, qui accuse l’Inde de pollution transfrontalière.
Delhi se réveillait ce mardi enveloppée d’un voile de smog particulièrement dense, un scénario malheureusement familier après les festivités de Diwali, la fête hindoue des lumières. Les célébrations, traditionnellement marquées par des feux d’artifice, ont laissé derrière elles un air irrespirable, classé « sévère » par les autorités locales. Les niveaux de particules fines PM2,5 et PM10, particulièrement dangereuses pour la santé, ont atteint des sommets alarmants, dépassant de 15 à 20 fois les seuils recommandés par l’OMS, avec des pics à 1 800 dans certaines zones.
En 2020, la vente et l’utilisation de pétards avaient été interdites à Delhi pendant Diwali, dans une tentative de limiter le smog qui engloutit la ville à l’approche de l’hiver. Cependant, le gouvernement régional, dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste hindou au pouvoir, a récemment sollicité la Cour suprême pour assouplir cette interdiction. L’argument avancé était de trouver un équilibre entre « tradition et environnement », en autorisant l’utilisation de « crackers verts » – des pétards censés être moins polluants, bien que leur efficacité soit contestée par les écologistes, réduisant la pollution d’environ 30 % seulement.
La Cour suprême a accédé à cette demande, autorisant l’utilisation de ces pétards verts pendant des plages horaires spécifiques pendant Diwali. Cette décision a suscité l’indignation des défenseurs de l’environnement et de la santé publique. Lundi soir, les restrictions horaires ont été largement ignorées et peu de contrôles ont été effectués pour vérifier la conformité des pétards utilisés. Les stations de surveillance de la qualité de l’air ont enregistré une forte augmentation de la pollution vers minuit, marquant l’un des pires niveaux de Diwali observés depuis au moins trois ans.
La dégradation de la qualité de l’air a également eu des répercussions au-delà des frontières indiennes. L’État pakistanais du Pendjab a accusé l’Inde de contribuer à la baisse de la qualité de l’air à Lahore, en raison des polluants transportés par le vent après les célébrations de Diwali. L’Inde n’a pas immédiatement réagi à ces accusations.
La pollution de l’air à Delhi est un problème chronique qui dure depuis plus de 15 ans et qui ne cesse de s’aggraver. Les niveaux de particules dangereuses dans l’air, autour de Diwali, se sont avérés jusqu’à 70 % plus élevés que le pire record enregistré à Pékin, en Chine, autrefois considérée comme la ville la plus polluée du monde. Cette situation est due à une combinaison de facteurs, notamment les émissions des véhicules lourds, la poussière, les chantiers de construction, la combustion des déchets et la fumée provenant des incendies agricoles illégaux dans les États voisins du Pendjab et de l’Haryana, où les agriculteurs brûlent leurs champs pour les préparer à la prochaine saison de plantation.
Les conséquences sanitaires et économiques de cette pollution sont considérables. De nombreuses études estiment que la pollution de l’air est responsable d’environ 10 000 décès prématurés par an à Delhi et contribue à l’augmentation des maladies neurologiques, cardiovasculaires et respiratoires, ainsi qu’à un risque accru de cancer. La région de Delhi, qui compte environ 33 millions d’habitants, subit un lourd tribut.
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