Washington durcit considérablement son emprise sur le Venezuela après la destitution de Nicolás Maduro. L’administration Trump exige des concessions majeures de Caracas, notamment la rupture de ses liens économiques avec la Chine, la Russie, l’Iran et Cuba, avant de permettre une reprise de l’exploitation pétrolière.
Selon des sources proches de la Maison Blanche citées par ABC Actualités, le secrétaire d’État Marco Rubio aurait présenté ce plan aux législateurs américains lors d’un briefing confidentiel lundi. Washington estime pouvoir exercer une pression décisive sur le Venezuela, d’autant plus que les compagnies pétrolières vénézuéliennes sont déjà confrontées à des difficultés financières. Rubio aurait également averti que le pays pourrait se retrouver en insolvabilité en quelques semaines s’il ne parvient pas à vendre ses réserves de pétrole.
Dans ce contexte, les États-Unis ont annoncé la saisie de deux pétroliers vénézuéliens. Le président Trump a déclaré sur son réseau social Vérité : « Je suis heureux d’annoncer que l’autorité de transition au Venezuela livrera aux États-Unis d’Amérique entre 30 et 50 millions de barils de pétrole de haute qualité, non soumis à sanctions. Cette huile sera vendue au prix du marché et les bénéfices seront gérés par moi, en tant que président des États-Unis d’Amérique, pour garantir qu’ils soient utilisés au profit du peuple vénézuélien et des États-Unis ! » Il a chargé le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, de mettre en œuvre ce plan immédiatement, précisant que le pétrole serait transporté par des pétroliers et livré directement aux terminaux américains.
L’arrestation de Nicolás Maduro le 3 janvier a provoqué une forte tension sur le marché noir vénézuélien. Le dollar parallèle a enregistré une flambée incontrôlable, atteignant 900 bolivars (contre 500 bolivars à la fin de 2025) sur le marché populaire de « Las Pulgas » à Maracaibo, la deuxième ville du pays. Ce chiffre contraste fortement avec le taux de change officiel fixé par la Banque centrale du Venezuela (Bcv) à 311,88 bolivars. Bien que les autorités surveillent les activités formelles et les grandes chaînes de distribution, l’écart entre le taux officiel et le taux parallèle reste une réalité quotidienne pour les Vénézuéliens.
À Caracas, la réponse du camp chaviste a été musclée. Des barrages routiers ont été mis en place, des hommes armés et cagoulés patrouillent dans les rues, et des postes de contrôle paramilitaires vérifient les téléphones portables à la recherche de messages de soutien à Trump. Plusieurs journalistes ont été arrêtés, fouillés puis relâchés. L’Italien Stefano Pozzebon, collaborateur de CNN, a été expulsé du pays. La capitale s’est réveillée sous un climat de répression. L’atmosphère surréaliste qui avait suivi le raid américain s’est dissipée, laissant place à la peur et à la crainte d’une nouvelle vague d’arrestations.
Un incident a également été signalé près du palais présidentiel de Miraflores : des tirs ont retenti et plusieurs drones ont été abattus. Les autorités ont qualifié cet événement d’« accident causé par une confusion interne » entre les forces de sécurité. Des drones en mission de surveillance n’avaient pas été signalés aux unités terrestres, qui les ont neutralisés. Cet incident, bien que qualifié de banal, révèle un climat de tension et une détérioration des chaînes de commandement.
Renforcé par un décret exceptionnel adopté après l’investiture de Delcy Rodríguez, l’appareil de sécurité a lancé une chasse aux présumés collaborateurs impliqués dans l’opération militaire américaine. Le décret ordonne aux forces de police nationales, aux autorités étatiques et municipales de rechercher et d’arrêter toute personne impliquée dans la « promotion ou le soutien de l’attaque armée des États-Unis d’Amérique contre le territoire de la République ». Cette répression affecte également l’opposition : le Comité pour la libération des prisonniers politiques au Venezuela signale que les prisonniers politiques se voient refuser le droit de visite et toute communication avec l’extérieur.
Des observateurs s’interrogent sur la stabilité du triumvirat qui gouverne la République bolivarienne : Delcy Rodríguez, Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur, et Vladimir Padrino López, ministre de la Défense. Ces trois figures clés du régime, l’un à la tête de la police, l’autre de l’armée, ont maintenu Maduro au pouvoir grâce à une répression systématique de la dissidence. Cependant, l’humiliation subie samedi par les forces spéciales américaines révèle des faiblesses dans la défense aérienne du régime et une coordination défaillante entre les différentes unités.