Home MondeDémonstrations du Maroc: les manifestations des jeunes s’étendent aux médias sociaux

Démonstrations du Maroc: les manifestations des jeunes s’étendent aux médias sociaux

by Clara Dubois

Publié le 2 octobre 2025 à 06h33. Une vague de protestations inédite, née sur les réseaux sociaux, secoue le Maroc. Des milliers de jeunes réclament des réformes profondes dans les secteurs de la santé et de l’éducation, dénonçant un désinvestissement au profit de grands projets sportifs.

  • Des manifestations pacifiques ont rassemblé des milliers de jeunes dans plusieurs villes du Maroc, dont Rabat, Casablanca et Marrakech.
  • Le mouvement, spontané et décentralisé, s’organise principalement via TikTok, Instagram, Discord et WhatsApp.
  • Les protestations sont alimentées par la colère face à la dégradation des services publics, exacerbée par l’allocation de milliards de dirhams (9,5 milliards de dirhams, soit environ 900 millions d’euros) à la préparation de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et de la Coupe du Monde 2030.

Le Maroc est le théâtre d’un mouvement de contestation sans précédent, orchestré par sa jeunesse et amplifié par la puissance des réseaux sociaux. Ce qui a débuté mi-septembre 2025 par de courts clips vidéo diffusés sur TikTok et Instagram, accompagnés de montages photographiques générés par intelligence artificielle, a rapidement pris l’ampleur d’une mobilisation nationale.

Le hashtag #GenZ212 est devenu l’emblème de cette génération qui refuse le silence. En quelques jours, l’appel à une « journée de colère nationale » le 27 septembre a mobilisé des dizaines de milliers de jeunes à travers le pays. La singularité de ce mouvement réside dans son absence de leadership politique ou syndical traditionnel : il émerge directement des téléphones et des écrans, se propageant à la vitesse de l’éclair du monde numérique vers la rue.

La réponse ne s’est pas limitée aux grandes villes de Rabat et Casablanca. Les étudiants des lycées et des universités, notamment dans les petites villes, ont relayé les messages et les invitations à travers des groupes Discord et WhatsApp, amplifiant ainsi la portée de la contestation.

À Casablanca, des étudiants universitaires ont diffusé des vidéos provenant de comptes de jeunes inconnus, fixant les dates et les lieux de rassemblement, accompagnées de cartes simples. À Marrakech, des militants locaux ont adapté des visuels numériques porteurs de slogans percutants tels que « Notre avenir n’est pas à vendre » et « Notre argent pour les écoles, pas pour les stades ». Dans les villes d’Inezgane et d’Aït Melloul, les groupes scolaires WhatsApp ont joué un rôle crucial, les invitations circulant comme des messages ordinaires entre les élèves, surprenant parfois les enseignants.

Ce mouvement a dépassé le cercle des adolescents et des étudiants. Des familles, désillusionnées par les promesses de réforme, ont rejoint les manifestations. Des parents et des mères ont partagé les clips sur les réseaux sociaux, exprimant leur volonté de descendre dans la rue, non seulement par solidarité, mais aussi parce qu’ils subissent directement les conséquences de la détérioration des services de santé et d’éducation.

La “tragédie d’Agadir”, où huit femmes ont perdu la vie en donnant naissance dans un hôpital public, a agi comme un catalyseur. Sur Twitter, un internaute a écrit : « Huit femmes décédées dans un hôpital public ?! ». Sur Instagram, une image d’une école en ruine a été partagée avec le commentaire ironique : « Notre avenir s’effondre ». Un slogan satirique a rapidement fait surface : « Les stades sont là… mais où est l’hôpital ? »

Au cœur des revendications, une question centrale se pose : où va l’argent des Marocains ? Alors que les hôpitaux sont en déclin et que les écoles sont surpeuplées, des milliards de dirhams sont alloués à des projets de stades et à la préparation des compétitions sportives. Le Maroc a annoncé un plan de dépenses massif en vue de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et de la Coupe du Monde 2030, avec des investissements actuels estimés à plus de 9,5 milliards de dirhams pour la rénovation et la construction de stades. Des propositions gouvernementales prévoient la mobilisation d’environ 25 milliards de dirhams pour de nouveaux stades et centres de formation, financés en partie par l’endettement ou des partenariats privés.

Le hashtag #FinnAlSaibar (où est l’hôpital ?) s’est répandu en réaction à ces annonces. Un commentaire en colère affirmait : « Des millions de dirhams pour un nouveau stade, alors que l’hôpital de la ville n’a même pas un seul lit de réanimation ». Sur TikTok, un montage vidéo montrait un stade imposant, accompagné d’un commentaire satirique : « Ici, vous ferez naître vos enfants en 2030 ». Un autre internaute a écrit, sur un ton plus modéré : « Je ne suis pas contre le football, mais avant de penser à gagner la Coupe du Monde, nous devons gagner la dignité du citoyen. »

Malgré un caractère majoritairement pacifique, certaines marches ont été le théâtre de confrontations. Sur Instagram, une jeune femme a publié une vidéo du cœur d’une manifestation, déclarant : « Nous sommes descendus pour chanter, ceux qui lancent des pierres ne nous représentent pas ». Un autre jeune homme a commenté : « La violence engendre la violence, mais franchement, la pression doit s’évacuer ». Un défenseur des droits de l’homme a déclaré sur Twitter : « La même autorité qui pousse les gens à la violence, et pourtant les jeunes sont attachés à la paix. »

Les manifestations des jeunes Marocains ont suscité une large réaction, tant au niveau national qu’international. De nombreux observateurs ont salué la légitimité des revendications, estimant que la lutte contre la corruption et l’amélioration des infrastructures de base sont des exigences naturelles. D’autres ont critiqué les forces de sécurité pour leur intervention, dénonçant ce qu’ils décrivent comme une « brutalité » qui pourrait entraîner le pays dans un cycle de violence. Certains se demandent si ces manifestations pourraient être le prélude à un nouveau Printemps arabe, tandis que d’autres les comparent aux mouvements de protestation au Népal. Selon certains commentateurs, ce qui se passe au Maroc « n’est pas une exception, mais s’inscrit dans une vague mondiale menée par la génération Z, une génération élevée sur les réseaux numériques et qui refuse d’être marginalisée ». Une image largement partagée sur les réseaux sociaux représentait des jeunes de différents pays sous le slogan : « Différents drapeaux, même combat ». D’autres, en revanche, s’opposaient aux manifestations, craignant le « chaos qu’elles pourraient provoquer », tout en reconnaissant la détérioration des conditions de vie au Maroc.

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