Publié le 21 décembre 2025. Un mouvement féministe indonésien prépare une manifestation à Yogyakarta pour dénoncer l’inaction du gouvernement face aux inondations dévastatrices qui frappent plusieurs provinces de Sumatra, et pour exiger une meilleure allocation des ressources en matière de gestion des catastrophes.
- Le mouvement Suara Ibu Yogyakarta organise une manifestation le 22 décembre, jour de la fête des mères et date symbolique du premier congrès des femmes indonésiennes.
- Les manifestantes expriment leur frustration face au manque de réaction gouvernementale et aux coupes budgétaires affectant la gestion des catastrophes naturelles.
- La mobilisation s’inscrit dans un contexte de désespoir croissant des populations affectées, notamment à Aceh, où le drapeau blanc est brandi comme symbole de reddition face aux inondations.
Le collectif Suara Ibu Yogyakarta (Voix de la Mère) entend marquer le coup en organisant une manifestation au rond-point de l’université Gadjah Mada, à Yogyakarta, ce lundi 22 décembre. Ce choix de date n’est pas anodin : il coïncide avec la fête des mères et commémore le premier congrès des femmes indonésiennes, qui s’était tenu à Yogyakarta du 22 au 25 décembre 1928, un événement fondateur dans la lutte pour les droits des femmes.
Les participantes prévoient d’arborer des drapeaux blancs et des vêtements de couleur blanche, symboles de deuil et de protestation. Des pancartes portant les mots « Fête » et « Prière » pour l’Indonésie, ornées d’une image de drapeau blanc, seront également brandies. Selon Gernata Titi, bénévole de Suara Ibu Yogyakarta, ces drapeaux blancs sont l’expression d’une « frustration et d’une colère » face à la gestion de la crise par les autorités.
Le mouvement appelle l’ensemble de la population à se joindre à la manifestation, en portant des symboles blancs et en apportant des ustensiles de cuisine pour faire du bruit, une forme de protestation symbolique. Cette action vise également à exprimer la solidarité avec la communauté d’Aceh, où les habitants brandissent des drapeaux blancs depuis trois semaines, suite aux inondations et aux glissements de terrain qui ont ravagé les provinces d’Aceh, de Sumatra Nord et de Sumatra Ouest.
Pour les habitants d’Aceh, le drapeau blanc représente un acte de reddition face à l’ampleur des inondations. Suara Ibu Yogyakarta, ouvert à tous sans condition d’adhésion, dénonce également les politiques gouvernementales qu’elle juge préjudiciables à l’intérêt général. Le collectif a déjà organisé des manifestations contre la loi relative à l’armée indonésienne (TNI), qui rétablit le rôle politique de l’institution, et appelle à l’abandon du programme de repas nutritifs gratuits (MBG).
Rika Iffati, une autre bénévole de Suara Ibu Yogyakarta, explique que la politique d’austérité budgétaire menée par le gouvernement de Prabowo-Gibran a eu des conséquences directes sur la gestion des catastrophes. Le budget alloué à la BNPB (Agence Nationale de Gestion des Catastrophes), qui était de 1,4 billion de roupies indonésiennes (environ 83,5 milliards d’euros), a été réduit à moins de 500 milliards de roupies (environ 29,8 milliards d’euros). Le budget de l’BMKG (Agence de Météorologie, Climatologie et Géophysique) a quant à lui été divisé par deux. « Ce montant est insuffisant pour un pays comme l’Indonésie, qui est de plus en plus exposé aux catastrophes naturelles », affirme-t-elle.
Selon Suara Ibu Yogyakarta, ces coupes budgétaires ont retardé la réponse aux catastrophes, qui ont déjà causé la mort de plus de mille personnes et déplacé plus de 500. Rika Iffati dénonce le fait que le gouvernement semble sous-estimer l’ampleur de la catastrophe en refusant de déclarer l’état de catastrophe nationale. Elle souligne également l’absence de mesures de prévention des dommages environnementaux, mettant en péril la sécurité et le bien-être des citoyens.
La catastrophe actuelle n’est pas seulement un événement naturel, mais le résultat d’une déforestation massive et de la destruction des forêts, selon les militantes. La conversion des terres pour l’exploitation des plantations de palmiers à huile et l’extraction minière a compromis la capacité des forêts à réguler les eaux et à prévenir les inondations. Elles exigent que le gouvernement déclare rapidement l’état de catastrophe nationale et prenne des mesures énergiques contre les responsables de la dégradation de l’environnement. Elles demandent également la suspension du programme de repas nutritifs gratuits et la réaffectation des fonds à la gestion des catastrophes. « Nous exhortons le gouvernement à accorder une attention particulière aux groupes vulnérables touchés par les catastrophes, notamment les femmes, les enfants, les personnes handicapées et les personnes âgées », conclut Rika Iffati.
Lire: Danantara Indonésie envoie 100 camions d’aide humanitaire à Aceh
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