Publié le 9 décembre 2025 à 22h46. Laurent Lafitte se métamorphose en Zaza Napoli dans une nouvelle version flamboyante de La Cage aux folles, une comédie musicale revisitée par Olivier Py au Théâtre du Châtelet, qui explore avec audace les thèmes de l’identité et de l’acceptation.
- Laurent Lafitte livre une performance remarquable dans le rôle de Zaza Napoli, travesti vedette d’un cabaret.
- La comédie musicale, bien que s’inspirant de la pièce de Jean Poiret, s’éloigne de l’original pour embrasser l’esprit d’un musical de Broadway.
- L’adaptation d’Olivier Py met l’accent sur la lutte pour la reconnaissance des personnes LGBTQ+ et l’importance de vivre pleinement son identité.
Le Théâtre du Châtelet vibre au rythme des plumes, des paillettes et des chansons entraînantes de La Cage aux folles, mais cette fois-ci, l’histoire prend une nouvelle dimension. Laurent Lafitte, connu pour son talent au théâtre et au cinéma, surprend en incarnant Zaza Napoli avec une énergie débordante, révélant au passage des aptitudes insoupçonnées pour le chant et la danse. L’acteur a d’ailleurs suivi une formation en comédie musicale à Londres durant sa jeunesse, un atout qu’il met à profit sur scène.
La pièce originale de Jean Poiret, créée en 1973, avait connu un succès retentissant avec Michel Serrault dans le rôle d’Albin, le travesti vedette du cabaret La Cage aux folles. Adaptée au cinéma par Édouard Molinaro en 1978, l’histoire a marqué toute une génération. Cependant, la version actuelle, portée par Olivier Py, s’inspire davantage du musical de Broadway créé en 1983 par Jerry Herman (compositeur de Bonjour Dolly !) et Harvey Fierstein (réalisateur du film culte Torch Song Trilogy). Ce spectacle, devenu un symbole de la communauté gay naissante, a connu un succès international et continue d’être repris régulièrement à New York et à Londres.
L’adaptation d’Olivier Py, qui a traduit et mis en scène le spectacle, apporte une touche politique affirmée. La célèbre chanson « I am what I am » a ainsi été transformée en
« J’ai le droit d’être moi… »
Olivier Py, directeur du Châtelet
, un hymne à la liberté et à l’acceptation de soi. Ce simple changement de formulation souligne le chemin parcouru par les militants pour les droits LGBTQ+, passant d’une affirmation de l’être à une revendication du droit d’exister pleinement.
La production actuelle s’éloigne des personnages plus caricaturaux de la pièce originale pour mettre en scène des personnalités fières et assumées. On y découvre notamment un couple homoparental, incarné par Georges et Albin, dont le fils se marie avec la fille d’un homme politique d’extrême droite, Édouard Dindon. Zaza, indignée par la nécessité de se cacher, rappelle avec force qu’elle a élevé l’enfant et qu’elle a le droit d’être reconnue comme sa mère.
Le spectacle est un véritable tourbillon de numéros de cabaret enlevés et de ballades émouvantes, qui retracent l’histoire d’un couple qui a surmonté de nombreuses épreuves. Les Cagelles, la troupe du cabaret, forment un chœur vibrant qui invite à la fête et à la célébration de la différence. L’orchestre Les Frivolités parisiennes, réduit à neuf musiciens, accompagne les interprètes avec une énergie communicative, tout en conservant une touche d’authenticité grâce à la présence du piano et de l’accordéon, plus en phase avec l’univers de La Cage aux folles.
Olivier Py a également insisté sur l’aspect théâtral du spectacle, en mettant en scène les coulisses et en créant un vertige du théâtre dans le théâtre. Le grand escalier du Châtelet devient ainsi l’entrée du cabaret tropézien, où Zaza et ses comparses donnent le ton. Grâce à une machinerie spectaculaire, le public peut découvrir toutes les facettes du cabaret : ses loges, sa ruelle, son entrée et même la plage où Albin et Georges se retrouvent souvent.
Pour éviter la monotonie, Olivier Py introduit un élément de surprise dans chaque représentation. Zaza est toujours en retard et se faufile dans la salle, interagissant avec le public et improvisant des répliques savoureuses. Coiffée d’un imposant casque à plumes, elle s’interroge avec malice : « C’est un portable ou vous êtes juste content de me voir ? », une référence amusante à la célèbre réplique de May West : « Is there a gun in your pocket? ». Laurent Lafitte, véritable bête de scène, captive le public par son énergie et son humour.
Bien que le spectacle ne soit pas exempt de quelques longueurs et de surjeux, l’enthousiasme de la troupe est contagieux. Le public se laisse emporter par l’énergie communicative des interprètes et reprend en chœur le refrain final : « On ne vit qu’une fois… »
Photo : Thomas Amouroux
La Cage aux folles. Musique et paroles : Jerry Herman. Livret : Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret. Traduction française et mise en scène : Olivier Py. Avec Laurent Lafitte, Damien Bigourdan, Emeric Payet, Harold Simon, Gilles Vajou, Emeline Bayart, Lara Neumann. Direction musicale : Christophe Grapperon / Stéphane Petitjean. Décors et costumes : Pierre-André Weitz ; chorégraphie : Ivo Bauchiero ; chorégraphie (claquettes) : Aurélien Lehmann ; lumières : Bertrand Killy ; conception sonore : Unisson Design. Théâtre du Châtelet jusqu’au 10 janvier 2026.