Publié le 16 janvier 2026 08h00. Plusieurs scientifiques et administrateurs de haut niveau des National Institutes of Health (NIH) ont démissionné ces derniers mois, dénonçant une ingérence politique croissante dans la recherche scientifique et une remise en question de l’intégrité de l’agence.
- Des chercheurs ont été contraints de modifier leurs demandes de subventions en supprimant des termes liés à l’équité, à la diversité et à l’inclusion.
- Des programmes de financement axés sur la réduction des disparités en matière de santé ont été annulés ou censurés.
- Les démissionnaires dénoncent une culture de peur au sein des NIH, où les critiques envers la direction sont découragées et parfois sanctionnées.
Après plus de 50 années de service public combinées au sein des National Institutes of Health (NIH), quatre scientifiques et administrateurs ont choisi de démissionner, exprimant une profonde inquiétude quant à la direction prise par l’agence sous l’administration Trump. Ces départs, qui se sont échelonnés sur l’année 2025, témoignent d’une crise de confiance et d’une remise en question des valeurs fondamentales de l’institution.
Initialement, les chercheurs espéraient que la nouvelle administration ne compromettrait pas la rigueur scientifique, une valeur traditionnellement soutenue par les deux principaux partis politiques américains. Les NIH, considérés comme la plus prestigieuse infrastructure de recherche en santé au monde, bénéficiaient d’un large consensus bipartisan. Cependant, les événements récents ont contredit ces attentes.
Face à des politiques jugées imprudentes, les scientifiques ont tenté de défendre l’intégrité de leur travail. En juin 2025, plusieurs centaines d’entre eux ont signé la Déclaration de Bethesda, une lettre ouverte au directeur des NIH dénonçant l’impact négatif de certaines nouvelles mesures sur la recherche scientifique.
Malgré ces efforts, les démissionnaires estiment qu’ils ne peuvent plus associer leur crédibilité à une organisation dont l’intégrité leur semble compromise. Sylvia Chou, ancienne directrice de programme à l’Institut national du cancer, a démissionné le 19 janvier 2026. Paul Grothaus, ancien responsable de programme à l’Institut national du vieillissement, a pris sa retraite le 31 décembre 2025, plus tôt que prévu. Alexa Romberg, ancienne chef adjointe de la Direction de la recherche en prévention de l’Institut national sur l’abus des drogues, a démissionné le 8 décembre 2025, tout comme Vani Pariyadath, ancienne chef de la branche des neurosciences comportementales et cognitives du même institut, le 14 juin 2025. Tous les auteurs soulignent qu’ils agissent à titre personnel.
Les raisons de ces départs sont multiples. Les démissionnaires dénoncent notamment l’hypocrisie de la direction des NIH, qui prétend défendre la liberté académique tout en censurant les demandes de subventions et les communications du personnel. Ils rapportent avoir reçu l’instruction de demander aux chercheurs de supprimer des mots tels que « équité », « diversité », « minorité » et « populations défavorisées » de leurs dossiers, même si ces termes étaient pertinents pour leur recherche. Cette pratique est perçue comme une forme de coercition idéologique qui porte atteinte à la qualité et à la pertinence de la recherche.
De même, des programmes de financement axés sur la réduction des disparités en matière de santé ont été supprimés ou censurés, sous prétexte qu’ils étaient liés à des politiques de « DEI » (Diversité, Équité et Inclusion). Les candidatures associées ont été retirées sans examen et les attributions annulées, malgré les justifications scientifiques et l’alignement avec les priorités déclarées publiquement. Ces décisions, selon les démissionnaires, auront des conséquences durables sur la santé des populations vulnérables et sur le progrès scientifique.
Enfin, les démissionnaires dénoncent une culture de peur au sein des NIH, où les employés qui remettent en question les ordres de la direction sont réduits au silence, voire sanctionnés. Certains ont été mis en congé administratif ou limogés, tandis que d’autres craignent pour leur emploi s’ils expriment leurs préoccupations. Des témoignages recueillis par les démissionnaires révèlent un climat d’anxiété et de méfiance qui entrave le bon fonctionnement de l’agence.
Les démissionnaires appellent leurs collègues à rester vigilants et à défendre l’intégrité de la recherche scientifique. Ils soulignent que la stabilité du financement de la recherche est essentielle pour résoudre les problèmes de santé publique et pour garantir que les politiques publiques soient fondées sur des données probantes. Ils expriment également leur détermination à poursuivre leurs efforts pour faire progresser la science et améliorer la santé publique, même en dehors des NIH.
Ils encouragent les chercheurs travaillant sur des sujets sensibles, tels que les vaccins, l’équité en santé, la santé des minorités sexuelles et de genre, le changement climatique et la désinformation, à continuer à s’exprimer et à collaborer pour créer de nouvelles opportunités de recherche. Ils appellent également leurs collègues qui envisagent de rester aux NIH ou de solliciter des financements auprès de l’agence à peser soigneusement les risques et les avantages de leurs choix.
Selon les démissionnaires, cette attaque contre la science est une menace pour la liberté d’expression et de pensée, ainsi que pour les libertés fondamentales que nous chérissons tous. Ils appellent à une action collective pour préserver l’intégrité morale et scientifique de la recherche biomédicale et pour reconstruire un écosystème de recherche solide et indépendant de toute ingérence politique.
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