Home MondeDésormais c’est l’Occident qui le copie pour produire des voitures à plein régime

Désormais c’est l’Occident qui le copie pour produire des voitures à plein régime

by Clara Dubois

La course à l’innovation dans l’industrie automobile est en train de s’inverser. Alors que pendant des décennies, les constructeurs asiatiques ont bâti leur succès sur l’imitation des technologies occidentales, ce sont désormais les entreprises européennes et américaines qui s’inspirent des méthodes de production chinoises pour rester compétitives.

Cette dynamique, particulièrement visible dans le secteur en pleine expansion des véhicules électriques, pousse les constructeurs traditionnels à repenser radicalement leurs processus de développement. L’objectif : réduire les délais et les coûts, tout en maintenant un niveau de sécurité acceptable.

Renault est l’un des premiers à adopter ce nouveau modèle. En s’associant avec le constructeur chinois Geely, le groupe français va produire en Europe de petites voitures électriques, après avoir déjà réduit de moitié le temps de développement de ses nouveaux modèles, le ramenant à moins de deux ans. « Ce que nous essayons de faire à l’échelle mondiale s’inspire désormais clairement de ce que nous vivons en Chine », explique Jérémie Papin, directeur financier de Nissan, dans un rapport du Financial Times.

Volkswagen suit également cette tendance. L’entreprise allemande a réussi à diminuer de 30 % le cycle de développement de ses véhicules électriques fabriqués en Chine, par rapport à son processus habituel qui dépasse les quatre ans. Nissan, de son côté, a lancé cette année sur le marché chinois sa nouvelle berline électrique N7, proposée à moins de 20 000 dollars (environ 18 500 euros), après l’avoir développée en collaboration avec son partenaire local Dongfeng en seulement deux ans. Le modèle devrait être exporté vers d’autres marchés dès l’année prochaine.

Selon les experts, la rapidité est devenue un facteur de survie pour les constructeurs automobiles, confrontés à l’évolution rapide des technologies, aux changements de préférences des consommateurs et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement liées aux tensions géopolitiques. « Si une entreprise met cinq ans pour développer une voiture, elle est déjà hors jeu lorsqu’elle arrive sur le marché », souligne Laurence Noël, directrice mondiale automobile du cabinet de conseil Capgemini.

Pour atteindre la vitesse et la structure de coûts des géants asiatiques, les constructeurs occidentaux intensifient l’utilisation d’outils numériques pour la conception et les tests virtuels. Mais le changement le plus profond est peut-être culturel : il s’agit d’apprendre des constructeurs chinois à travailler de manière plus agile et flexible. Jim Baumbick, directeur de Ford en Europe, met en avant l’importance d’une utilisation accrue de composants communs, combinée à une capacité d’amplifier rapidement les changements grâce au logiciel.

Renault mise notamment sur son nouveau centre de développement avancé basé à Shanghai, qui compte 150 ingénieurs et spécialistes locaux chargés d’accélérer chaque phase des projets. Vittorio d’Arienzo, directeur de la division électrique Ampère de Renault, explique que, contrairement aux processus européens qui peuvent prendre de un à trois mois pour chaque étape, les fournisseurs chinois sont habitués à fabriquer des pièces presque immédiatement. Environ 45 % des composants de la future Twingo électrique seront ainsi achetés en Chine.

Grâce à cette nouvelle approche, le développement de la Twingo électrique n’a pris que 21 mois, et celui de la future mini-voiture Dacia Hipster, basée sur la même plateforme, devrait être achevé en seulement 16 mois.

Cependant, cette course à la vitesse soulève des inquiétudes quant à la sécurité. Les constructeurs chinois réalisent des tests de durabilité sur une distance moyenne de 600 000 kilomètres par voiture, contre trois millions de kilomètres pour les constructeurs occidentaux. Ils sont également plus enclins à lancer des modèles avec des problèmes logiciels non résolus, en prévoyant de les corriger ultérieurement grâce à des mises à jour en direct. « Il faut rompre avec les formes traditionnelles de travail et accepter que l’on doit prendre plus de risques si l’on veut vraiment réduire le temps de développement d’un véhicule », insiste Jérémie Papin.

Stephen Dyer, associé du cabinet de conseil AlixPartners à Shanghai, souligne que les constructeurs chinois, en tant que nouveaux entrants sur le marché, sont plus disposés à innover et à prendre des risques. Ils bénéficient également d’une hiérarchie d’entreprise plus plate, d’architectures de véhicules plus simples et d’une importance relative moindre accordée aux tests de durabilité.

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