Home MondeDeux siècles d’ingérence américaine en Amérique latine

Deux siècles d’ingérence américaine en Amérique latine

by Clara Dubois

Publié le 18 janvier 2026 06:12:00. Pour la première fois de son histoire, les États-Unis ont mené une opération militaire directe contre un chef d’État sud-américain, Nicolas Maduro, au Venezuela, une action qui suscite des inquiétudes quant à une escalade des tensions régionales et à la légitimité de la justification invoquée par Washington.

  • Les États-Unis ont procédé à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores le 3 janvier.
  • Cette intervention marque une rupture avec les interventions américaines antérieures en Amérique latine, qui se limitaient généralement au voisinage immédiat des États-Unis.
  • La justification officielle de l’opération, liée à l’exportation de fentanyl, est comparée par certains à des prétextes utilisés lors d’interventions passées, comme en Irak en 2003.

L’opération menée par les États-Unis contre le Venezuela représente un tournant dans l’histoire des interventions américaines en Amérique latine, une région où Washington a exercé une influence considérable, souvent par le biais d’opérations directes ou indirectes. Les historiens recensent au moins 70 interventions de ce type, mais jusqu’à présent, aucune n’avait consisté en une attaque militaire directe contre un État sud-américain.

Les interventions antérieures se concentraient principalement sur le Mexique, l’Amérique centrale et les Caraïbes. L’une des plus récentes, celle de 1989 au Panama, avait abouti à la capture du général Manuel Noriega, accusé de trafic de drogue. Au XIXe siècle, des troupes américaines avaient également été déployées dans des pays plus éloignés, mais principalement pour protéger les citoyens américains.

Selon Jorge Heine, ancien ministre et diplomate chilien, l’enlèvement de Nicolas Maduro et de son épouse, le 3 janvier, constitue un franchissement de seuil aux conséquences imprévisibles. Il souligne que la justification officielle de l’opération – l’accusation selon laquelle le Venezuela exporterait de grandes quantités de fentanyl vers les États-Unis – rappelle le prétexte des « armes de destruction massive inexistantes » utilisé pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003.

« Un seuil a été franchi et les conséquences sont imprévisibles »

Jorge Heine, ancien ministre et diplomate chilien

L’opération américaine intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Caracas, exacerbées par les sanctions économiques imposées au Venezuela et par le soutien américain à l’opposition vénézuélienne. Les conséquences de cette intervention sur la stabilité régionale et sur les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine restent à déterminer.

Pour en savoir plus sur les analyses de cet événement, vous pouvez consulter Responsible Statecraft, une publication du Quincy Institute.

Le général panaméen Manuel Noriega, le 4 janvier 1990, sur une photo fournie par le parquet fédéral américain. Accusé de trafic de cocaïne et de blanchiment d'argent, il avait été capturé par les États-Unis l'année précédente lors de l'invasion du Panama.

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