Home AffairesDividendes en espèces ou rachat d’actions… qu’est-ce qui est le mieux pour les actionnaires ?

Dividendes en espèces ou rachat d’actions… qu’est-ce qui est le mieux pour les actionnaires ?

by Amélie Bernard

Publié le 29 octobre 2024 04:49:00. Les grandes entreprises américaines, croulant sous les liquidités, se trouvent face à un dilemme : privilégier le versement de dividendes à leurs actionnaires ou investir massivement dans le rachat de leurs propres actions, une stratégie aux conséquences complexes et parfois controversées.

  • En 2023, Apple a opté pour un rachat d’actions de 90 milliards de dollars malgré des dividendes relativement stables, suscitant des interrogations.
  • Les rachats d’actions ont atteint un sommet historique en 2024, s’élevant à 942,5 milliards de dollars aux États-Unis, dépassant les 629,6 milliards de dollars de dividendes versés.
  • Le choix entre dividendes et rachats d’actions dépend de la stratégie de l’entreprise, de sa situation financière et des attentes de ses investisseurs.

Les actionnaires d’Apple ont été confrontés au printemps 2023 à une situation paradoxale. L’entreprise, disposant d’une trésorerie impressionnante dépassant les 165 milliards de dollars, a annoncé un programme de rachat d’actions d’une valeur de 90 milliards de dollars. Cette décision, alors que les dividendes en espèces restaient stables à 0,24 $ par action, a divisé les investisseurs.

Certains estimaient que cette injection massive de liquidités dans le rachat d’actions permettrait d’augmenter le cours de l’action et d’améliorer la rentabilité à long terme. D’autres, en revanche, se demandaient s’il n’était pas plus judicieux de distribuer des dividendes plus importants, compte tenu des flux de trésorerie considérables générés par l’entreprise. Cette problématique ne se limite pas à Apple : Meta, Alphabet et Microsoft ont également fait face à ce dilemme, consacrant des centaines de milliards de dollars au rachat de leurs propres actions au lieu d’augmenter significativement les dividendes.

L’action Apple a effectivement progressé d’environ 45 % en 2023, soutenue par ce programme de rachat. Cependant, certains actionnaires historiques, notamment les fonds de pension privilégiant les revenus fixes, ont estimé que le rendement direct en espèces était devenu insuffisant. Cette tendance reflète une évolution plus large des politiques de distribution de revenus aux actionnaires, exacerbée par l’abondance de liquidités sur les marchés financiers et les niveaux record de trésorerie disponibles pour les entreprises.

Les entreprises sont ainsi confrontées à un choix stratégique crucial : distribuer des dividendes en espèces directement aux actionnaires ou utiliser leurs fonds pour racheter leurs propres actions. Le rachat d’actions est perçu comme un pari sur l’avenir, notamment lorsque la direction estime que le cours de l’action est sous-évalué. En réduisant le nombre d’actions en circulation, le bénéfice par action augmente mécaniquement, ce qui peut soutenir le cours de l’action et améliorer les indicateurs de performance.

Les dividendes en espèces, quant à eux, offrent un flux de trésorerie direct et prévisible, rassurant pour les investisseurs à la recherche de revenus stables, tels que les fonds de pension et les investisseurs conservateurs. Cependant, cette option peut limiter la flexibilité financière de l’entreprise, qui peut se retrouver contrainte de maintenir un niveau de dividendes constant même en période de difficultés économiques ou de liquidités limitées. Toute réduction des dividendes est généralement perçue négativement par le marché.

Aux États-Unis, le traitement fiscal des dividendes et des rachats d’actions influence également les préférences des investisseurs. Les dividendes sont imposables dès leur distribution, tandis que les plus-values issues des rachats ne sont taxées qu’au moment de la vente des actions. Selon les estimations du Joint Committee on Taxation américain, cet avantage fiscal en faveur des rachats s’élève à 5 à 8 %. Cela encourage les investisseurs institutionnels, tels que les fonds spéculatifs, à privilégier les rachats pour optimiser leur fiscalité.

En fin de compte, le choix entre dividendes et rachats d’actions dépend de la situation spécifique de chaque entreprise. Les rachats d’actions offrent à la direction une plus grande flexibilité et adaptabilité, lui permettant d’ajuster le programme en fonction de l’évolution de la situation financière. Les dividendes, en revanche, créent une obligation à long terme, obligeant l’entreprise à maintenir un certain niveau de distribution, même en période difficile. L’exemple d’AT&T, contrainte de réduire ses dividendes en 2022 en raison de la baisse de ses bénéfices, illustre les risques liés à un engagement trop fort en faveur des dividendes.

Les données de Morgan Stanley Capital International montrent que les entreprises adoptant une approche disciplinée en matière de rachat d’actions, comme Microsoft et ExxonMobil, ont généralement surperformé celles qui se contentent de verser des dividendes élevés. Au quatrième trimestre 2024, la valeur des rachats dans l’indice S&P 500 s’élevait à environ 243 milliards de dollars, contre 168 milliards de dollars de dividendes.

Pour les investisseurs à la recherche de revenus, notamment dans les entreprises à faible croissance, les dividendes en espèces restent l’option la plus appropriée. Dans les entreprises matures disposant d’excédents de trésorerie et d’opportunités d’investissement limitées, les rachats d’actions peuvent générer une valeur plus élevée pour les actionnaires. Cependant, il est essentiel que les conseils d’administration tiennent compte de la durabilité, de la gouvernance et de l’équilibre entre les différentes options. Une politique d’allocation du capital efficace doit être alignée sur une stratégie solide visant à créer une valeur réelle à long terme.

Sources : S&P Dow Jones Indices – Site Web S&P Global – FirstTrust – Site Web FT Portfolios – Janus Henderson – Boston Partners – Morgan Stanley Capital

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