Le dollar canadien a reculé face au dollar américain au début de septembre 2026, pénalisé par l’échec des négociations commerciales bilatérales et par la menace de nouveaux droits de douane de 50 % brandie par Washington. Les analystes prévoient toutefois un raffermissement de la devise à terme si un accord est trouvé.
La chute du dollar canadien sous le choc des tensions douanières
Le dollar canadien a cédé du terrain face au billet vert, les marchés évaluant l’escalade des différends commerciaux entre Ottawa et Washington. La devise, familièrement appelée le huard, a reculé pour s’échanger autour de 1,385 C$ pour un dollar américain, subissant une baisse journalière d’environ 0,4 pour cent, selon les données de l’évolution du marché des changes.
Ce repli survient alors que les négociations commerciales entre les deux pays ont échoué en fin de semaine, entraînant une réaction immédiate des marchés. Auparavant, la monnaie s’était hissée à un sommet de plus de deux mois, soutenue par de solides indicateurs macroéconomiques, dont une expansion annualisée du PIB au deuxième trimestre de 3,4 pour cent et la création de 75.000 emplois en juillet. Ces gains ont toutefois été balayés par le retour brutal du risque tarifaire.
Le durcissement de Washington et la réplique d’Ottawa
La situation s’est envenimée lorsque le président américain a menacé d’imposer des taxes de 50 pour cent sur les automobiles, les pièces détachées et l’acier en provenance du Canada à compter du 1er janvier 2027. Dans un message relayé sur les réseaux sociaux, l’administration américaine a accru la pression sur le gouvernement canadien.
Face à cette offensive, la riposte d’Ottawa n’a pas tardé. Le gouvernement canadien a annoncé des mesures de rétorsion ciblant environ 27,6 milliards de dollars canadiens, soit l’équivalent de 20 milliards de dollars américains, de marchandises et de produits américains, dont l’entrée en vigueur est fixée au 8 septembre. Ces taxes de représailles visent plus de 700 produits, incluant l’acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers, les équipements agricoles, la pâte à papier, le papier et l’électronique.
Donald Trump, président des États-Unis, a déclaré via l’agence de presse financière que le Canada ne serait plus traité comme un État.
Du côté canadien, la réponse officielle s’est voulue ferme face à ce qu’elle qualifie d’agression économique, les autorités s’engageant à répliquer mesure pour mesure à toute décision unilatérale venue du sud de la frontière, comme le rapporte l’analyse des impacts sectoriels.
L’inflation américaine et la politique de la Banque du Canada
La pression sur le taux de change est également nourrie par la vigueur persistante de l’inflation aux États-Unis. Les chiffres publiés ont montré que les dépenses de consommation personnelle globales se sont maintenues à 3,7 pour cent sur un an en juillet, tandis que l’indice de base est resté à 3,3 pour cent, renforçant les anticipations d’une possible hausse des taux par la Réserve fédérale.

Pendant ce temps, la Banque du Canada a choisi la patience. L’institution a laissé son taux directeur inchangé à 2,25 pour cent lors de sa réunion, estimant que les tarifs douaniers ne devraient pas avoir d’impact direct majeur sur l’économie à court terme, tout en soulignant que les risques inflationnistes restent présents en raison de la situation géopolitique au Moyen-Orient. Pour le huard, cette divergence entre les trajectoires monétaires et la double menace des taux américains et des barrières douanières constitue un frein notable.
Perspectives à moyen terme et prévisions des analystes
Malgré la morosité ambiante à court terme, un sondage réalisé auprès de 32 analystes en change par Reuters indique que la devise canadienne pourrait retrouver des couleurs si un terrain d’entente diplomatique est trouvé entre les partenaires nord-américains.
Nick Rees, responsable de la recherche macroéconomique chez Monex Europe, a indiqué via Reuters que même si son institution affichait un point de vue baissier sur le huard à court terme, elle s’attendait à ce que bon nombre de facteurs pesant actuellement contre le dollar canadien finissent par s’estomper, estimant que les tensions commerciales avec les États-Unis devraient inévitablement se résoudre par un accord, indépendamment des postures actuelles, permettant ainsi aux données macroéconomiques nationales de rebondir.

Selon la médiane des prévisions recueillies entre le 31 août et le 2 septembre, le dollar canadien devrait s’établir à 1,39 pour un dollar américain (soit 71,94 cents américains) à un horizon de trois mois, avant de se renforcer de 1,8 pour cent pour atteindre 1,36 à un an, une trajectoire détaillée dans cette enquête menée auprès des experts et relayée par la publication économique canadienne.
D’autres institutions partagent cet optimisme mesuré. Desjardins anticipe ainsi un retour progressif à 1,35 d’ici la fin de l’année prochaine, tablant sur un resserrement graduel de l’écart de taux entre les deux pays et sur une accélération de l’investissement intérieur au Canada.