Publié le 11 octobre 2025 à 22h08. Le dollar américain connaît une année difficile, perdant du terrain face aux autres grandes devises et voyant l’or et le bitcoin atteindre des sommets historiques, remettant en question l’ordre financier établi depuis Bretton Woods.
- Le dollar a perdu environ 10 % de sa valeur depuis le début de l’année, sa plus forte baisse depuis 1973.
- L’or et le bitcoin sont les actifs les plus performants de 2025, atteignant des niveaux record.
- Les banques centrales réduisent leur exposition au dollar, privilégiant l’or et les obligations du Trésor américain.
La domination du dollar, longtemps considérée comme un privilège exorbitant pour les États-Unis, est de plus en plus contestée. Cette situation permettait à l’économie américaine de bénéficier de taux d’intérêt bas, de gérer plus facilement ses déficits commerciaux et d’imprimer de la monnaie sans contraintes majeures, comme l’avait souligné l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing.
Les réserves en dollars détenues par les banques centrales diminuent progressivement, passant de plus de 50 % du total il y a dix ans à 39 % actuellement. L’or, quant à lui, gagne du terrain, représentant désormais 26 % des actifs détenus par les institutions monétaires mondiales, selon les données du Fonds monétaire international (FMI).
Cette évolution s’explique en partie par une perte de confiance dans la politique économique américaine. L’incertitude budgétaire, les revirements de l’administration en place, les craintes de récession et la politique imprévisible de Donald Trump contribuent à un sentiment de scepticisme. Les monnaies, en effet, reflètent la confiance qu’un pays inspire.
Une étude récente de la Deutsche Bank, intitulée Les dollars sont un non non, confirme cette tendance. L’étude, menée par George Saravelos, a analysé l’évolution de plus de 500 fonds cotés au cours de la dernière année et a révélé que les investisseurs étrangers réduisent leur exposition au dollar à un rythme « sans précédent ». Saravelos met en garde contre un risque de crise de confiance et des perturbations potentielles sur le marché des changes.
« Il existe un risque de crise de confiance. Des changements majeurs dans la répartition des flux de capitaux pourraient être imposés aux fondamentaux de la monnaie. Et le marché des changes pourrait devenir désordonné. Les étrangers peuvent vouloir acheter des actifs américains mais ne veulent pas s’exposer au dollar que cela implique. »
George Saravelos, Deutsche Bank
Malgré un différentiel de taux d’intérêt encore favorable aux États-Unis, plusieurs facteurs incitent à se détourner du billet vert. Jack Janasiewicz de Natixis souligne les inquiétudes concernant l’ingérence de la Maison Blanche dans la politique monétaire et la « dédollarisation » de l’économie.
Aux États-Unis, le taux d’intérêt se situe actuellement dans une fourchette comprise entre 4 % et 4,25 %, mais tend à la baisse. Stephen Miran, ancien conseiller économique de Donald Trump et aujourd’hui membre du conseil d’administration de la Réserve fédérale, est un fervent partisan de cette politique, estimant qu’il est aberrant que le dollar soit la monnaie de référence mondiale alors que son coût de financement est plus élevé que celui des autres grandes devises.
Donald Trump a lui-même exprimé son mécontentement à l’égard d’un dollar fort, déclarant :
« Le dollar fort semble quelque peu prometteur. Mais il n’y a pas de tourisme. Nous ne pouvons pas vendre de tracteurs ou de camions. Nous ne pouvons rien vendre. C’est bon pour l’inflation, mais rien de plus. »
Donald Trump, ancien président des États-Unis
La dépréciation du dollar peut être bénéfique pour les entreprises américaines, en particulier les multinationales qui consolident leurs comptes dans d’autres devises. Par exemple, Microsoft vend ses produits en Europe en euros, et une baisse de 14 % du dollar par rapport à la monnaie européenne augmente mécaniquement ses bénéfices.
Cependant, cette situation représente un défi pour la zone euro. Les entreprises américaines rapatriant leurs bénéfices en dollars subissent une perte de 14 % en raison du taux de change. De même, un euro fort rend les produits européens moins compétitifs. Enrique Díaz-Alvarez, économiste en chef chez Ebury, estime que l’effet cumulé du taux de change et des droits de douane pourrait porter le taux de change euro/dollar à 1,30.
L’or, considéré comme une valeur refuge, a franchi cette semaine la barre des 4 000 dollars l’once, atteignant un record historique. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a profité de la faiblesse du dollar pour promouvoir l’euro comme une alternative mondiale sur le marché des changes :
« L’euro peut être plus que la monnaie d’un continent et un symbole d’unité : il peut devenir un ancrage mondial de confiance. »
Christine Lagarde, présidente de la BCE
Malgré ces efforts, le dollar conserve une position dominante en tant que moyen de paiement, représentant encore près de 90 % des transactions internationales, selon la Payments Bank. Le yuan, bien qu’en croissance, ne parvient pas à remettre en question cette hégémonie.
Jesús Sánchez Quiñones, PDG de Renta4 Banco, estime que le leadership monétaire et économique des États-Unis n’est pas encore menacé. Il prévoit que les capitaux continueront d’affluer vers les États-Unis et que la rentabilité des obligations à long terme n’augmentera pas de manière significative.
Comme l’avait déclaré l’ancien secrétaire au Trésor John Connally en 1971 :
« Le dollar est notre monnaie, mais votre problème. »
John Connally, ancien secrétaire au Trésor américain
Et, pour l’instant, cette affirmation reste d’actualité.