Le président américain Donald Trump a transmis au Congrès un accord de coopération nucléaire civile avec l’Arabie saoudite, ouvrant une période d’examen obligatoire de 90 jours. L’entente, soumise lundi, prévoit la construction de réacteurs par Westinghouse mais reste conditionnée à une normalisation des relations entre Riyad et Israël.
Le président Donald Trump a soumis une proposition d’accord civil sur l’énergie nucléaire avec l’Arabie saoudite au Congrès le lundi 24 août 2026, déclenchant ainsi un examen obligatoire de quatre-vingt-dix jours de session continue, selon des informations relayées par le Wall Street Journal et confirmées à l’agence Reuters par un responsable de l’administration américaine.
L’accord nucléaire soumis à l’examen du Congrès
Ce dossier, piloté par le ministère américain de l’Énergie conformément à la loi sur l’énergie atomique, porte sur un projet de trente ans estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Il prévoit la construction de réacteurs AP1000 sur le sol saoudien, ce qui profiterait directement à l’entreprise Westinghouse, codétenue par la société canadienne Cameco et Brookfield Asset Management. L’accord a été transmis aux dirigeants du Congrès et devait être confié aux commissions compétentes un mercredi, d’après deux sources parlementaires interrogées par Reuters. Sans opposition formelle du Congrès dans le délai imparti, l’accord entrera en vigueur. En cas de rejet par les parlementaires, le président pourrait opposer son veto, une décision qui nécessiterait alors un vote à la majorité des deux tiers des deux chambres pour être annulée.
La condition inamovible des accords d’Abraham
Un responsable de l’administration a rappelé que la position du président n’avait pas varié sur la nécessité d’un rapprochement diplomatique entre Riyad et l’État hébreu.

Cette conditionnalité lie le projet nucléaire aux accords d’Abraham négociés lors du premier mandat de Donald Trump et conclus entre 2020 et 2021 avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Du côté saoudien, la marge de manœuvre politique demeure étroite. L’ambassade d’Arabie saoudite à Washington n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires, tandis que Riyad exige publiquement un chemin irréversibles vers la reconnaissance d’un État palestinien avant toute normalisation, une position encore durcie depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023.
Les craintes de prolifération et le débat sur l’enrichissement
Le contenu technique de l’entente suscite de vives critiques de la part de certains élus démocrates et d’experts en non-prolifération. Contrairement à l’accord de 2009 conclu avec les Émirats arabes unis — souvent érigé en « étalon-or » car il interdisait l’enrichissement d’uranium et le retraitement des déchets —, le pacte envisagé pour l’Arabie saoudite ne comporte pas d’interdiction permanente similaire. À la place, le projet suggère la mise en place d’une installation d’enrichissement construite et exploitée par les États-Unis, subordonnée à une étude de faisabilité de deux ans.

Henry Sokolski, directeur du Nonproliferation Policy Education Center, estime que cette démarche comporte des risques politiques importants.
De son côté, Matthew Kroenig, chercheur principal au groupe de réflexion Atlantic Council à Washington, a souligné que Washington ne devait pas compromettre ses exigences de non-prolifération au nom du renforcement de ses liens avec Riyad, tout en estimant que l’étude de faisabilité de deux ans devrait logiquement conclure que le royaume a tout intérêt à s’en remettre aux services extérieurs d’approvisionnement en combustible. Erin Dumbacher, chercheuse principale en sécurité nucléaire au Council on Foreign Relations et ancienne collaboratrice du département de la Défense, a quant à elle qualifié l’approche de l’administration de pente glissante susceptible d’accroître les risques d’accidents et de prolifération mondiale.
Pour contrer ces critiques, Donald Trump avait affirmé sur les réseaux sociaux que l’accord exclurait tout enrichissement de matière, déclarant qu’il n’y aurait aucun enrichissement de matière. Cependant, l’absence de verrous juridiques permanents dans le texte transmis au Congrès laisse présager des mois de débats intenses entre l’exécutif et les parlementaires à Washington.
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