Publié le 31 octobre 2025 19h04. Après une rencontre à Busan où l’optimisme semblait de mise, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont apaisées pour un an, mais la course à l’autonomie stratégique dans le domaine des terres rares est loin d’être terminée.
- Donald Trump et Xi Jinping se sont accordés sur un report d’un an de la mise en œuvre de restrictions commerciales concernant les terres rares et les semi-conducteurs.
- Les États-Unis ont activé un plan d’urgence pour diversifier leurs sources d’approvisionnement en terres rares, notamment en stimulant la production intérieure et en nouant des partenariats avec d’autres pays.
- La Chine conserve une marge de manœuvre importante grâce à son contrôle sur le raffinage des terres rares et pourrait continuer à exercer une pression économique sur Washington.
L’entrevue entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, en marge d’un sommet en Corée du Sud, a donné lieu à un apaisement temporaire des tensions commerciales. Donald Trump s’était montré particulièrement optimiste après cette rencontre, qualifiant les discussions d’« extraordinaires », même concernant la question sensible de l’embargo sur les terres rares, une menace proférée par Pékin il y a quelques semaines.
Cet optimisme a toutefois été tempéré par une annonce du ministère chinois du Commerce. Pékin a accepté de reporter d’un an la mise en œuvre d’un système de licences strict pour la vente d’éléments de terres rares, initialement prévu pour le 9 octobre 2025. Cette mesure visait à limiter l’accès des États-Unis et des pays occidentaux aux composants essentiels à la production d’armement. La Chine s’était également réservé le droit de privilégier les producteurs civils dans l’allocation de ces ressources stratégiques.
Washington disposait cependant d’un « gros bâton », selon les termes employés par l’administration américaine. Il s’agit de bloquer la vente de circuits intégrés de pointe et de restreindre l’accès des entreprises chinoises à des technologies clés via la fameuse « Liste des entités », annoncée fin septembre 2025. Les entreprises incluses dans cette liste sont soumises à une obligation de demander des licences aux autorités américaines pour importer des biens et des services en provenance des États-Unis. Lors de la rencontre à Busan, en échange d’un accès aux terres rares, Donald Trump a accepté de suspendre ces restrictions pendant un an.
Les deux parties se sont ainsi accordées sur un cessez-le-feu d’un an, un temps précieux pour consolider leurs positions. Ni Washington ni Pékin ne semblent prêts à un affrontement direct pour l’instant, mais cette trêve ne marque pas la fin des hostilités.
La Chine conserve un atout majeur : son contrôle sur le raffinage des terres rares. Bien que Pékin ait reporté la mise en œuvre du système de licences global, elle maintient un régime de contrôle pour sept des dix-sept éléments de terres rares (samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, praséodyme, néodyme et scandium), ainsi que pour les aimants en néodyme. En distribuant ces licences de manière sélective, Pékin peut infliger des dommages significatifs aux industries américaines de l’armement et de la haute technologie, sans pour autant les paralyser complètement.
Cette situation a mis en évidence une vulnérabilité américaine de longue date. Dès 2020, un rapport du ministère américain de l’Énergie intitulé « Critical Materials Rare Earths Supply Chain: A Situational White Paper » alertait sur la dépendance des États-Unis vis-à-vis de sources étrangères pour ces matériaux essentiels à la prospérité économique et à la défense nationale. La Chine était devenue un monopole dans le raffinage des terres rares, contrôlant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de l’extraction des minerais à l’obtention d’éléments purs.
L’administration de Joe Biden a réagi en cofinançant la seule mine américaine de terres rares, située à Mountain Pass, en Californie. En 2022, 35 millions de dollars supplémentaires ont été alloués pour la construction d’une usine de traitement des terres rares lourdes. Bien que Joe Biden ait poursuivi la guerre tarifaire initiée par Donald Trump, il n’avait pas anticipé la possibilité que Pékin utilise les terres rares comme levier de pression.
C’est Donald Trump qui a pris les choses en main après son élection, adoptant une approche plus directe et provocatrice. Fin décembre 2024, il a annoncé sur son réseau social « Truth Social » :
« Pour garantir la sécurité nationale et la liberté dans le monde entier, les États-Unis d’Amérique estiment que la possession et le contrôle du Groenland sont une nécessité absolue. »
Donald Trump
Cette déclaration, suivie de négociations avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, visait à obtenir un accès aux ressources en terres rares ukrainiennes. Trump anticipait une possible riposte chinoise à ses nouvelles augmentations tarifaires prévues en avril 2025.
La guerre tarifaire avec la Chine, bien que risquée, offrait aux États-Unis une opportunité de reconstruire leur base industrielle et d’affaiblir l’Empire du Milieu. Xi Jinping n’a pas cédé à l’intimidation, mais a choisi des mesures de rétorsion ciblées et efficaces, notamment le système de licences pour les terres rares.
Les États-Unis ont alors intensifié leurs efforts pour diversifier leurs sources d’approvisionnement. Ils ont exercé des pressions sur les pays disposant de gisements importants, comme la République démocratique du Congo, et ont même envisagé une aide à Kinshasa en échange d’un accès aux terres rares congolaises. Massad Fares Boulos, beau-père de Tiffany Trump et conseiller du président pour les affaires africaines, s’est rendu en RDC pour négocier un accord et contribuer à la résolution de la guerre civile.
Parallèlement, le Département d’État américain a mis en place un réseau de partenariats avec l’Australie, le Japon, la Malaisie et le Pakistan, ainsi qu’avec l’Arabie saoudite, pour développer une alternative aux chaînes d’approvisionnement chinoises. Des accords-cadres ont été conclus en octobre 2025 dans ce but.
Des initiatives privées ont également été encouragées. Le ministère de la Défense a investi massivement dans MP Materials, acquérant une participation majoritaire dans la mine de Mountain Pass pour 400 milliards de dollars et s’engageant à acheter toute sa production pendant dix ans à un prix supérieur aux cours du marché. Des subventions ont été accordées aux entreprises développant des technologies de recyclage des terres rares à partir de déchets électroniques et de batteries usagées, telles que Noveon Magnetics et Vulcan Elements.
L’ampleur de cette mobilisation témoigne de la détermination américaine à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine. Bien qu’il soit incertain que les États-Unis parviennent à atteindre l’autonomie dans ce domaine en seulement un an, les efforts déployés pourraient changer la donne à long terme. La course contre la montre est lancée, et son issue déterminera en grande partie l’avenir de la puissance américaine.