Publié le 9 octobre 2025 à 21h32. Une comète interstellaire, baptisée 3I/ATLAS, traverse actuellement notre système solaire à une vitesse record, offrant aux scientifiques une occasion unique d’étudier des matériaux datant des premiers âges de la galaxie.
- La comète 3I/ATLAS, le troisième objet interstellaire détecté à ce jour, se distingue par sa taille et son activité supérieures à celles de ses prédécesseurs.
- Sa trajectoire, établie grâce aux données du télescope spatial Gaia, suggère un âge d’environ 10 milliards d’années, soit plus du double de celui de notre Soleil.
- Des recherches récentes n’ont pas permis d’identifier une étoile d’origine précise, mais la comète pourrait contenir des indices précieux sur la formation de la Voie lactée.
Repérée pour la première fois le 1er juillet par le système de surveillance ATLAS au Chili et confirmée peu après par la NASA, 3I/ATLAS se déplace à plus de 200 000 kilomètres par heure (124 000 miles par heure), une vitesse bien supérieure à celle des objets interstellaires précédemment observés, à savoir ‘Oumuamua (2017) et Borisov (2019).
La trajectoire hyperbolique de cette comète confirme son origine extérieure à notre système solaire. Elle ne gravite pas autour du Soleil, mais traverse simplement notre voisinage cosmique. Actuellement, 3I/ATLAS se trouve dans la partie interne du système solaire. Elle est passée près de Mars le 3 octobre et atteindra son point le plus proche du Soleil, le périhélie, le 30 octobre, selon la NASA.
La comète poursuivra ensuite son voyage vers l’extérieur, traversant l’orbite de Jupiter en mars 2026 avant de s’éloigner définitivement dans l’espace interstellaire. Sa trajectoire ne présente aucun danger pour la Terre.
Ce qui rend 3I/ATLAS particulièrement intéressante, c’est sa taille et son activité. Son noyau est estimé à 5,6 kilomètres de diamètre et sa masse dépasse les 33 milliards de tonnes, ce qui en fait un objet plus imposant et plus dynamique que ses prédécesseurs. Des caractéristiques uniques qui suscitent l’enthousiasme des scientifiques.
Une étude récente, publiée sur le serveur d’articles scientifiques arXiv et soumise pour publication dans The Astrophysical Journal, dirigée par Xabier Pérez Couto du Centre de recherche en technologies de l’information et de la communication (CITIC) de l’Université de La Corogne, a tenté de retracer l’origine de la comète sur les 10 derniers millions d’années. En comparant sa trajectoire avec les orbites de plus de 13 millions d’étoiles grâce aux données précises du télescope spatial Gaia, l’équipe a cherché à identifier une étoile « mère » ou un événement gravitationnel significatif.
Les résultats sont restés infructueux. 93 rencontres rapprochées ont été identifiées, mais aucune n’a eu d’impact suffisamment important pour expliquer l’origine de la comète. La rencontre la plus proche a eu lieu avec l’étoile Gaia DR3 6863591389529611264, mais son effet gravitationnel était trop faible pour modifier significativement sa trajectoire.
Cette « résilience dynamique », comme la décrivent les chercheurs, renforce l’idée que 3I/ATLAS est un objet d’une grande ancienneté. Bien que sa trajectoire l’aligne avec le « disque mince » de la Voie lactée – une région riche en jeunes étoiles – tout indique qu’elle pourrait provenir de la frontière entre ce disque et le « disque épais », qui abrite des corps plus anciens et moins riches en métaux. Son âge estimé est d’environ 10 milliards d’années, soit plus du double de celui de notre Soleil.
Comme l’a souligné Pérez Couto dans un communiqué du CITIC : « Chaque observation est comme ouvrir une fenêtre sur le passé de l’univers. » Dans ce cas, cette fenêtre pourrait préserver des informations intactes sur les systèmes stellaires primitifs qui se sont formés il y a des milliards d’années.
L’étude reconnaît ses limites : retracer seulement quelques millions d’années d’un voyage potentiellement long de milliards d’années ne permet pas de déterminer avec certitude l’origine de 3I/ATLAS. Identifier son étoile d’origine spécifique est une tâche que les chercheurs considèrent presque impossible.
Néanmoins, l’importance de 3I/ATLAS réside dans sa simple existence. Elle ouvre un nouveau chapitre dans l’exploration des vestiges les plus anciens de la Voie lactée. Jusqu’à récemment, les objets interstellaires n’étaient qu’une prédiction théorique. Aujourd’hui, ils sont devenus des sujets d’étude réels. Et avec l’arrivée de nouveaux observatoires comme Vera C. Rubin, les astronomes espèrent que ces visiteurs ne seront plus des curiosités, mais des éléments récurrents du puzzle galactique.