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“Dubaï n’est plus un refuge pour les criminels”

by Nicolas Lefèvre

Publié le 13 octobre 2025 à 06h00. Les criminels néerlandais, autrefois à l’abri à Dubaï, sont désormais de plus en plus inquiets : les Émirats arabes unis ont multiplié les extraditions vers les Pays-Bas au cours des dix-huit derniers mois, mettant fin à une décennie d’impunité.

  • Les Émirats arabes unis ont extradé onze suspects vers les Pays-Bas au cours de la dernière année et demie, contre aucun auparavant.
  • Les criminels néerlandais, qui vivaient dans le luxe à Dubaï, sont désormais confrontés à la perspective de purger leurs peines dans leur pays d’origine.
  • Les Pays-Bas cherchent à conclure des accords d’extradition avec d’autres pays, notamment le Maroc, pour empêcher les criminels de trouver de nouvelles zones de refuge.

Pendant des années, Dubaï a été perçue comme un refuge sûr pour les criminels néerlandais, leur permettant de mener une vie luxueuse à l’abri de la justice. Plusieurs dizaines de suspects se cachaient dans l’émirat, organisant des trafics de drogue et donnant des ordres de liquidation depuis l’étranger. Ils investissaient leur argent dans des voitures de luxe, des appartements haut de gamme et la vie nocturne trépidante de la ville.

Cette situation était une source de frustration pour les autorités néerlandaises. C’est pourquoi des négociations ont été engagées avec les Émirats arabes unis, aboutissant à la signature d’un traité d’extradition en 2023. Depuis, le nombre d’extraditions a considérablement augmenté : trois suspects ont été arrêtés l’année dernière, et huit cette année. « Ce n’est pas un pic, mais une nouvelle tendance », a déclaré le procureur Ferry van Veghel du parquet national, qui demande régulièrement l’extradition de suspects aux Émirats.

Le cas de Ridouan Taghi, l’un des criminels les plus recherchés des Pays-Bas, avait nécessité de longues et difficiles négociations pour obtenir son extradition. Son arrestation à Dubaï en 2019 avait marqué un tournant. Aujourd’hui, les Émirats arabes unis semblent plus désireux de se débarrasser des criminels que de protéger les fortunes illicites.

Parmi les onze personnes extradées figurent des suspects impliqués dans la grande criminalité organisée, notamment le trafic de drogue et le blanchiment d’argent. On compte parmi eux le fils de Taghi, le footballeur Quincy Promes, le rappeur de Delft Fatah et un banquier clandestin accusé d’avoir transféré des millions d’euros pour le compte de criminels. Mais les extraditions ne concernent pas seulement les affaires les plus médiatisées : des suspects impliqués dans des délits de cybercriminalité ou de fraude aux cryptomonnaies sont également concernés.

« Il doit être très clair que, quoi que vous ayez commis, aller à Dubaï ne signifie plus que vous resterez à l’abri du danger », a souligné M. van Veghel.

Les autorités néerlandaises ont également dressé une liste de suspects toujours recherchés, notamment Edin G., un baron de la drogue de Breda, un trafiquant d’êtres humains érythréen particulièrement violent, et un homme impliqué dans un accident de la route mortel à Lelystad. Ce dernier a été arrêté après avoir fui vers les Émirats.

La procédure d’extradition reste cependant longue et complexe, pouvant prendre entre un an et un an et demi, comme dans le cas de Quincy Promes. Longtemps, il était incertain s’il purgerait sa peine aux Pays-Bas.

Les suspects ont le droit de s’opposer à leur extradition et de faire appel d’une décision de justice. En fin de compte, c’est le ministre de la Justice qui tranche. Bien que les autorités néerlandaises aient désormais une meilleure visibilité sur l’avancement des procédures, l’arrestation effective d’un suspect reste souvent une surprise.

L’arrestation du vlogueur Alex Sozé, qui purge actuellement une peine de prison pour violences, a démontré que la coopération avec les Émirats arabes unis porte ses fruits. Il avait même fait l’apologie de son séjour à Dubaï sur les réseaux sociaux avant son arrestation.

Les Pays-Bas cherchent désormais à conclure des accords d’extradition avec d’autres pays, notamment le Maroc, afin d’empêcher les criminels de trouver de nouvelles zones de refuge. Certains suspects ont d’ailleurs déjà fui Dubaï vers le Maroc, qui ne pratique pas l’extradition de ses propres ressortissants. D’autres, comme le baron de la drogue Jos L., se cachent en Afrique de l’Ouest après avoir quitté la Turquie.

« Nous recherchons constamment dans quels pays les criminels pourraient s’installer », a déclaré M. van Veghel. « Mais aussi pour localiser leur argent ou faire transiter des flux financiers. Ce sont des pays avec lesquels nous essayons de passer des accords, comme nous l’avons fait avec Dubaï. »

Des informations suggèrent que certains criminels ont même tenté de fuir Dubaï à bord de conteneurs maritimes.

Les avocats de suspects à Dubaï contactent de plus en plus les autorités néerlandaises pour négocier des accords de plaidoyer et purger leur peine aux Pays-Bas. « Le fait que des suspects nous contactent eux-mêmes pour revenir aux Pays-Bas prouve qu’ils ne se sentent plus en sécurité », a conclu M. van Veghel.

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