Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, se rend en République démocratique du Congo ce mardi pour répondre à une épidémie d’Ebola Bundibugyo jugée « extrêmement grave ». Avec plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects signalés, la propagation rapide du virus menace désormais plusieurs pays voisins de la région.
L’écart alarmant entre cas confirmés et cas suspects
La situation sanitaire en République démocratique du Congo (RDC) atteint un seuil critique. Alors que les autorités sanitaires tentent de contenir le virus Bundibugyo, déclaré officiellement le 15 mai, les chiffres révèlent une dynamique de propagation qui échappe partiellement au contrôle des équipes médicales. Selon les informations rapportées par franceinfo, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé a exprimé une vive inquiétude face à la rapidité de l’évolution de la maladie.
Bien que les données officielles fassent état d’un nombre limité de cas validés, la réalité du terrain suggère une ampleur bien plus vaste. Le décalage entre les cas cliniquement confirmés et les suspicions de contamination est flagrant :
| Indicateur | Cas confirmés | Cas suspects |
|---|---|---|
| Nombre de cas | 101 | Plus de 900 |
| Nombre de décès | 10 | 220 |
Cette disparité s’explique en partie par le retard dans la détection initiale de l’épidémie. Le virus Bundibugyo, une souche rare pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin ni traitement spécifique, présente un taux de létalité pouvant atteindre 50 %. Tedros Adhanom Ghebreyesus a d’ailleurs souligné la difficulté de la riposte lors d’une réunion de l’Africa CDC :
Premièrement, le retard dans la détection de l’épidémie signifie que nous sommes désormais en train de tenter de rattraper une épidémie qui progresse très rapidement. Nous intensifions d’urgence les opérations mais, pour le moment, l’épidémie progresse plus vite que nous.
Tedros Adhanom Ghebreyesus, via franceinfo
Dix pays africains identifiés comme étant à risque
L’inquiétude ne se limite pas aux frontières de la RDC. L’Africa CDC a lancé une mise en garde sérieuse concernant une possible extension régionale de la flambée. En plus de la République démocratique du Congo, l’Ouganda est déjà touché, avec sept cas confirmés et un décès enregistrés selon les dernières données. Comme le précise 20 Minutes, il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola enregistrée dans le pays, rappelant des crises passées comme celle de 2018-2020 qui avait coûté la vie à près de 2 300 personnes.

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Selon les analyses de Le Temps, une liste de dix pays est désormais sous surveillance accrue en raison de leur vulnérabilité à la propagation du virus :
- Le Soudan du Sud
- Le Rwanda
- Le Kenya
- La Tanzanie
- L’Éthiopie
- Le Congo-Brazzaville
- Le Burundi
- L’Angola
- La République centrafricaine
- La Zambie
L’OMS a d’ailleurs relevé vendredi le niveau de risque pour la santé publique en RDC, le faisant passer de « élevé » à « très élevé », le niveau de menace maximal, tout en maintenant une évaluation de risque « faible » au niveau mondial.
Les défis d’accès et de confiance dans la province de l’Ituri
La lutte contre Ebola se heurte à des obstacles structurels et sociopolitiques majeurs dans la province de l’Ituri, située au nord-est de la RDC. Cette région, qui constitue l’épicentre de l’épidémie, est caractérisée par une instabilité persistante due à l’activité de groupes armés et par une crise humanitaire profonde, avec plus d’un million de personnes déplacées.
L’accès aux zones touchées est extrêmement complexe, ce qui ralentit l’intervention des équipes médicales. À cela s’ajoute un facteur humain critique : une méfiance croissante d’une partie de la population envers les autorités sanitaires. Cette résistance sociale est exacerbée par la nature même de la maladie, parfois surnommée la « maladie de la compassion ».
This follows our earlier report, Ebola : trois nouveaux cas confirmés en Ouganda, dix pays africains menacés par l’épidémie.
Alors même que les parents luttaient contre Ebola, ils passaient toute la journée à s’occuper de leurs enfants. Au final, seuls le père et la mère ont survécu.
Craig Spencer, médecin urgentiste, via Le Temps
Cette dimension humaine souligne la vulnérabilité particulière des femmes, qui sont souvent en première ligne pour soutenir les malades et assurer la préparation des dépouilles, s’exposant ainsi directement au virus lors des rites funéraires.
La chute brutale de l’aide américaine contre Ebola
Au-delà des défis logistiques et sanitaires, la capacité de réponse internationale est menacée par un désengagement financier préoccupant. La réponse de santé publique est lourdement impactée par des changements structurels au sein de l’aide internationale.
Comme l’a souligné Jeremy Konyndyk, ancien directeur exécutif du groupe de travail COVID-19 de l’USAID, l’efficacité des interventions est compromise par le retrait des États-Unis de l’OMS en janvier et par le démantèlement de l’USAID. Selon les analyses de Zonebourse Suisse, l’aide américaine destinée à la lutte contre Ebola a chuté de 99 % par rapport à la précédente épidémie.
Ce tarissement des ressources arrive à un moment où l’OMS et l’Africa CDC insistent sur l’urgence d’une action immédiate des pays limitrophes. La question n’est plus de savoir si le virus peut être arrêté, mais de déterminer la vitesse de la riposte avant que le nombre de victimes ne s’accroisse de manière irréversible.
