Home SantéEffets secondaires psychologiques du GLP-1 : le point de vue d’un psychiatre

Effets secondaires psychologiques du GLP-1 : le point de vue d’un psychiatre

by Sophie Martin

L’essor fulgurant de nouveaux médicaments contre l’obésité, comme l’Ozempic ou le Wegovy, soulève des questions sur leurs effets secondaires moins visibles : des changements de personnalité et une diminution de la vitalité chez certains patients, alerte un psychiatre.

En tant que médecin-psychiatre, Farid Sabet-Charghi observe avec intérêt l’impact des médicaments GLP-1 (agonistes du récepteur du glucagon de type 1) sur la santé métabolique et la réduction des risques cardiovasculaires. Pour de nombreux patients, ces traitements représentent une avancée significative, voire une véritable bouée de sauvetage.

Cependant, au-delà des bénéfices indéniables, le Dr Sabet-Charghi constate un phénomène préoccupant : des modifications de l’humeur et de la personnalité, particulièrement à fortes doses. Cette observation lui rappelle les débuts des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), comme la fluoxétine, initialement vantés pour leur capacité à améliorer le caractère. Il souligne que l’on avait alors tardé à reconnaître les effets secondaires tels qu’un émoussement émotionnel, une perte de motivation et une baisse de la libido.

Aujourd’hui, avec les GLP-1, il observe un schéma similaire. Les patients perdent du poids, parfois de manière spectaculaire, mais expriment un sentiment de « perte de vitalité ». Ils décrivent une diminution du désir, une perte de spontanéité et un affaiblissement de la motivation intrinsèque. Certains signalent également une atrophie musculaire, contribuant à la fatigue et à une sensation générale de manque d’énergie. Ce qui commence par une réduction de l’appétit peut s’étendre à un désintérêt pour les interactions sociales, l’intimité ou les activités créatives.

Chez les jeunes patients souffrant de troubles du comportement alimentaire, le Dr Sabet-Charghi note une autre tendance : certains apprécient les GLP-1 car ils mettent fin au « bruit mental » constant lié à la nourriture. Bien que ce soulagement soit compréhensible, il met en garde contre la suppression totale de ce signal interne, qui pourrait renforcer les schémas d’évitement et aggraver les causes psychologiques sous-jacentes des troubles alimentaires.

Par ailleurs, les GLP-1 sont de plus en plus prescrits par les médecins pour traiter les dépendances, les comportements compulsifs et même les troubles de l’humeur, souvent sans disposer de données psychiatriques à long terme. Si l’idée d’un médicament capable de réduire les envies peut sembler séduisante, un traitement qui atténue tout désir pourrait avoir des conséquences néfastes.

Le psychiatre insiste sur le fait que les GLP-1 ne sont pas neutres sur le plan psychologique. Ils agissent non seulement sur l’appétit pour la nourriture, mais aussi sur l’appétit de vivre, ce qui en fait, en réalité, des médicaments psychotropes. Il ne s’agit pas de remettre en question leurs avantages considérables, mais de faire preuve de vigilance. Il est essentiel de surveiller non seulement le poids et les paramètres métaboliques, mais aussi la joie de vivre, la motivation et le bien-être émotionnel.

L’expérience des ISRS nous a appris que l’enthousiasme initial doit être tempéré par une évaluation honnête à long terme. Les GLP-1 sont des outils puissants, et il est de la responsabilité des professionnels de la santé de les utiliser avec prudence, humilité et en considérant la personne dans sa globalité, et pas seulement son poids.

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