Un an après la prise d’El-Fasher par les Forces d’appui rapide, les survivantes et résidents de cette ville du Darfour septentrional font face à une insécurité persistante, à des détentions arbitraires, à la torture et à une grave privation d’aide humanitaire, selon de nouveaux rapports publiés en octobre 2026 par Amnesty International et ONU Femmes.
Une ville transformée en zone de surveillance et de détention
Les civils qui restent à El-Fasher vivent sous le contrôle étroit des Forces d’appui rapide (FAR). Les allées et venues sont strictement surveillées, tandis que les homicides illégaux demeurent monnaie courante. Selon des chiffres recueillis par des organisations humanitaires présentes sur place, la population de la ville a chuté à moins de 70 000 personnes, alors qu’elle dépassait le million avant le déclenchement du conflit.
Des résidents ayant réussi à fuir ont rapporté que plusieurs écoles ont été transformées en centres de détention. Parmi les personnes arrêtées, celles appartenant à des groupes ethniques particuliers, notamment les Zaghawas et les Masalits, font face à des risques accrus de violences et d’incarcération. Les hommes détenus dans des structures comme la prison de Shala subissent des actes de torture et des mauvais traitements, ne recevant qu’une quantité minimale d’eau et de nourriture avant d’être éventuellement libérés contre le paiement d’une rançon ou par l’évasion.
Les traumatismes persistants et l’isolement des survivantes
À l’extérieur de la ville, les femmes et les filles ayant fui les combats continuent de souffrir de lourds traumatismes psychologiques. Une enquête menée par ONU Femmes auprès de 50 organisations venant en aide aux déplacées indique que la quasi-totalité d’entre elles décrivent des signes de détresse persistants, un an après les événements. Environ deux tiers des organisations signalent des cas de femmes ou de filles disparues pendant ou après la chute de la ville.
Les images qui nous sont parvenues d’El Fasher il y a un an ont permis de prendre la mesure de l’ampleur des violences infligées aux femmes et aux filles au Soudan : viols collectifs, coups, humiliations et spoliation de leurs biens.
Anna Mutavati, directrice d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe
À ces souffrances psychologiques s’ajoutent des conditions de vie extrêmement précaires dans les zones de repli comme Tawila. De nombreuses survivantes n’ont bénéficié d’aucun accompagnement psychologique ou juridique depuis leur fuite, faute de services disponibles et en raison des risques encourus par les professionnels de santé, qui s’exposent eux-mêmes à des arrestations et au harcèlement.
Des gestes du quotidien devenus des dangers mortels
Pour les habitants qui tentent de regagner El-Fasher, la peur dicte chaque déplacement. D’après une évaluation menée par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) auprès de 117 ménages, 84 % des foyers indiquent que les femmes évitent de se rendre sur les marchés. Deux tiers des familles déclarent qu’elles renoncent à chercher du bois de chauffage, et la moitié d’entre elles se tiennent à l’écart des lieux de rassemblement social et religieux.
La situation sanitaire aggrave cette détresse globale. Les hôpitaux manquent cruellement de médecins et de médicaments, fonctionnant au strict minimum pour les cas d’urgence. Parallèlement, l’organisation Amnesty International pointe la persistance du soutien apporté aux FAR par les Émirats arabes unis en violation de l’embargo des Nations unies sur les armes concernant le Darfour, tandis que le Conseil de sécurité de l’ONU fait face à des appels répétés pour étendre cet embargo à l’ensemble du territoire soudanais.