Home MondeEn avant et en arrière. L’Europe veut se tourner vers l’avenir, tout en préservant le « bon vieux temps »

En avant et en arrière. L’Europe veut se tourner vers l’avenir, tout en préservant le « bon vieux temps »

by Clara Dubois

Publié le 22 décembre 2025 à 06h00. L’Union européenne semble marquer une pause dans son ambitieuse transition écologique, assouplissant ses réglementations dans des secteurs clés comme l’automobile et l’industrie. Cette inflexion, motivée par des pressions économiques et politiques croissantes, soulève des questions sur l’avenir du projet environnemental européen.

  • L’Union européenne a revu à la baisse ses objectifs de réduction des émissions pour l’industrie automobile, reportant de fait l’interdiction des moteurs à combustion interne prévue pour 2035.
  • La Commission européenne a également assoupli certaines réglementations environnementales et administratives, dans le but de réduire la charge pesant sur les entreprises.
  • Des tensions persistent quant aux objectifs climatiques à long terme, avec des négociations en cours sur les réductions d’émissions pour 2040.

L’ancien président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait déjà anticipé cette difficulté :

« Nous, les chefs de gouvernement, savons ce que nous devons faire. Nous ne savons tout simplement pas comment amener les gens à nous réélire lorsque nous le ferons. »

Jean-Claude Juncker, ancien président de la Commission européenne et Premier ministre de l’UE

Cette phrase résonne aujourd’hui avec la situation actuelle, alors que la présidente actuelle, Ursula von der Leyen, semble devoir naviguer entre les impératifs écologiques et les réalités politiques.

La pression s’est intensifiée tout au long de l’année 2025, notamment dans le secteur automobile. La fermeture annoncée de trois usines Volkswagen en Allemagne entre 2024 et 2025 a suscité des inquiétudes et poussé les politiques, les médias et les syndicats à faire pression sur les institutions européennes. Initialement, la Commission avait proposé un soutien technologique et financier aux voitures électriques, tout en envisageant d’assouplir le système d’amendes pour les constructeurs ne respectant pas les objectifs d’émissions. Mais ces mesures se sont avérées insuffisantes.

En décembre, la Commission a finalement proposé de réduire les exigences du secteur automobile de 10 % d’ici 2035, abandonnant l’objectif initial de zéro émission des moteurs à combustion. Il s’agirait désormais d’une réduction des émissions de 90 % plutôt que de leur élimination totale. Cette volte-face a été présentée lors d’une réunion du Parlement européen à Strasbourg.

L’eurodéputé Tomáš Zdechovský (KDU-ČSL, PPE) a justifié cette décision :

« Le bon sens a prévalu. Lorsqu’il a été approuvé [les plans originaux de l’UE], il y avait beaucoup de pression. Nous étions sous la pression de différents lobbies écologistes, l’affaire du Dieselgate était à l’époque très vive, mais une interdiction en 2035 était pour moi irréaliste. Les 90 pour cent me semblent un objectif réaliste et peut-être pas définitif. »

Tomáš Zdechovský, eurodéputé (KDU-ČSL, PPE)

Manfred Weber, président du plus grand parti politique au Parlement européen, a déclaré à Seznam Zprávy :

« Aujourd’hui, nous envoyons un signal clair aux citoyens européens : l’interdiction des moteurs à combustion appartient au passé. Nous n’excluons aucune technologie d’entraînement. Le moteur du futur sera décidé par les ingénieurs et les consommateurs, et non par les hommes politiques. Cette approche technologiquement neutre apporte de la clarté à des centaines de milliers d’emplois dans l’industrie automobile. Dans le même temps, nous restons déterminés à promouvoir une protection climatique ambitieuse. Les émissions dans le secteur des transports diminueront considérablement – sans une politique d’interdiction. »

Manfred Weber, président du parti politique le plus important au Parlement européen

Ces assouplissements ne se limitent pas au secteur automobile. Le Green Deal européen a également connu des difficultés dans d’autres domaines, comme le système de quotas d’émission ETS2, reporté d’un an, et les objectifs climatiques pour 2040, actuellement en négociation. La Commission propose désormais une réduction des émissions de 90 % au lieu de 90 %, permettant aux États membres de financer des investissements verts en dehors de l’UE.

Luděk Niedermayer, ancien vice-gouverneur de la Banque nationale tchèque et député européen, souligne que ces changements pourraient compliquer la prise de décision des entreprises en matière d’investissement et de développement. Il estime également qu’ils gaspillent l’énergie investie dans ces révisions, qui pourrait être consacrée à des domaines plus prometteurs comme l’intelligence artificielle et les puces.

L’Union européenne a également renforcé son pouvoir de régulation à l’égard des géants du numérique. En décembre, elle a obtenu une victoire contre Meta (Facebook et Instagram), obligeant l’entreprise à offrir aux utilisateurs européens le choix du niveau de personnalisation des publicités. Une enquête a également été ouverte contre Google concernant la copie de contenu web sans compensation adéquate. Google a par ailleurs écopé d’une amende de près de trois milliards d’euros de la part de l’Europe.

Parallèlement, l’UE a lancé une stratégie en matière d’intelligence artificielle pour stimuler l’innovation et rattraper son retard sur les États-Unis et la Chine, avec des investissements prévus de l’ordre d’un milliard d’euros par an grâce aux programmes Horizon Europe et Digital Europe, et 134 milliards supplémentaires via les fonds de relance et de résilience.

Enfin, une simplification administrative importante a été approuvée avec le paquet Omnibus I, qui devrait permettre aux entreprises d’économiser environ 4,7 milliards d’euros (environ 1 500 millions de couronnes tchèques) par an en réduisant la charge administrative. Ce paquet prévoit également l’introduction de portefeuilles professionnels européens, une identité numérique unique pour les entreprises de l’UE.

Alena Mastantuono, représentante de la Chambre de commerce tchèque à Bruxelles, souligne que ces mesures visent principalement à aider les petites et moyennes entreprises, en réduisant les obligations de déclaration et en simplifiant les procédures.

Qu’est-ce que l’ESG ?

Un ensemble de facteurs qui influencent les décisions d’investissement et la pérennité à long terme des entreprises. Les investisseurs, les clients et les régulateurs surveillent de plus en plus la manière dont les entreprises abordent ces principes.

E comme environnemental – protection de l’environnement

  • Gestion durable des ressources naturelles
  • Réduire les émissions de CO2 et empreinte carbone
  • Protection de la biodiversité et des écosystèmes
  • Gestion efficace des déchets et recyclage

S comme social – responsabilité envers les personnes et la société

  • Conditions de travail équitables et respect des droits de l’homme
  • Diversité et inclusion sur le lieu de travail
  • Santé et sécurité des employés
  • Relations communautaires et soutien aux projets locaux

G comme gouvernance – gestion transparente de l’entreprise

  • Mesures éthiques des affaires et anti-corruption
  • Équilibre dans les processus décisionnels
  • Responsabilité de la direction envers les investisseurs
  • Respect de la législation et des politiques de l’entreprise

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