Publié le 17 janvier 2026 à 06h03. L’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay sont sur le point de sceller un accord commercial historique avec l’Union européenne, mais l’absence notable du Brésil, sous la présidence de Luiz Inácio Lula da Silva, assombrit cette cérémonie qui se déroulera à Asunción.
- L’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne sera signé ce mardi à Asunción, malgré les tensions internes au sein du bloc régional.
- Le Brésil, sous la direction de Lula da Silva, a organisé un sommet parallèle avec l’UE à Rio de Janeiro, affichant un rapprochement privilégié avec Bruxelles.
- Le président argentin Javier Milei se rendra à la cérémonie d’Asunción pour une visite rapide, sans entretiens bilatéraux prévus.
Après plus de vingt-six ans de négociations complexes, l’accord commercial entre le Mercosur et l’Union européenne est sur le point d’être officialisé. Cette étape, attendue depuis longtemps, sera marquée par une cérémonie de signature à Asunción, au Paraguay, mais aussi par une absence de poids : celle du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva. L’accord représente la plus vaste zone de libre-échange jamais créée, mais son chemin vers la ratification s’annonce semé d’embûches.
L’auditorium de la Banque centrale du Paraguay, lieu symbolique où le traité fondateur du Mercosur a été signé en 1991, accueillera l’événement. Cependant, la chaise laissée vide par Lula da Silva témoigne des profondes divisions qui minent le bloc régional, exacerbées par le contexte politique actuel et l’influence grandissante des courants populistes en Amérique latine.
Le désaccord est né de l’échec du récent sommet de Foz de Iguazú, où Lula da Silva espérait obtenir la signature de l’accord avec l’UE. En réponse, le président brésilien a pris les devants en organisant son propre sommet à Rio de Janeiro, recevant la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi que d’autres représentants européens, la veille de la cérémonie d’Asunción. Cette initiative a suscité la surprise et l’irritation en Argentine.
Buenos Aires a exprimé son mécontentement, non seulement face au « manque de respect » envers les autres présidents du Mercosur, selon une source gouvernementale, mais aussi face à l’acceptation par Ursula von der Leyen d’une réunion « trilatérale » avec Lula da Silva, à laquelle le président du Conseil de l’Europe, Antonio Costa, n’a finalement pas pu assister en raison de problèmes de vols. Costa avait pourtant donné son accord pour l’accord quelques heures avant le sommet de Foz de Iguazú. Les détails du déblocage de l’accord ont été longuement négociés.
L’UE a souligné l’importance du Brésil dans ses déclarations, affirmant que « Le Brésil est un partenaire clé de l’Union européenne en termes de commerce, d’investissement, de climat, de multilatéralisme, de système juridique, de démocratie et de droits de l’homme. » Cette déclaration, qui ne mentionne pas les autres membres du Mercosur, a également été perçue comme un affront par l’Argentine et le Paraguay.
L’UE a également salué « la récente présidence brésilienne du Mercosur » comme étant « cruciale pour promouvoir les négociations de l’accord », ce qui a renforcé le sentiment de malaise à Asunción.
Cet épisode s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre le président argentin Javier Milei et Lula da Silva. Leur divergence de vues sur la situation au Venezuela, avec le soutien affiché par Milei à Donald Trump et son rapprochement avec le président vénézuélien Nicolás Maduro, contraste fortement avec la condamnation par Lula da Silva de « l’ingérence dans les affaires intérieures » des États-Unis. Le Brésil a également annoncé qu’il cesserait de garder le siège de l’ambassade d’Argentine à Caracas, qui est vacant depuis l’expulsion des diplomates argentins par Maduro en août 2024.
Dans une tribune publiée par LA NATION, Lula da Silva a salué l’accord comme une « réponse du multilatéralisme à l’isolement » et une opposition à « la croissance de l’extrémisme politique », visant implicitement Javier Milei et son projet de former un bloc régional de présidents libéraux.
La cérémonie d’Asunción se déroulera en présence des présidents de l’Argentine, Javier Milei, et de l’Uruguay, Yamines Orsi, ainsi que du chancelier brésilien Mauro Vieira, en l’absence de Lula da Silva. Les présidents seront des « témoins honoraires » de l’événement, tandis que la signature proprement dite sera effectuée par les ministres des Affaires étrangères du Mercosur et le représentant de l’UE au Commerce, le Slovaque Maroš Šefčovič. Le nouveau président bolivien, Rodrigo Paz, et son homologue panaméen, José Raúl Mulino, sont également invités.
Après les discours (cinq minutes par président, plus Ursula von der Leyen), une photo de famille sera prise, où l’absence de Lula da Silva sera particulièrement visible. Javier Milei prévoit de quitter Buenos Aires samedi soir vers 21 heures et d’arriver à Asunción peu après le début de l’événement, accompagné de son chancelier Pablo Quirno et d’une petite délégation. Il devrait retourner à Buenos Aires immédiatement après la cérémonie, sans entretiens bilatéraux ni rencontres avec la presse. « Nous y allons, nous signons et nous revenons », ont déclaré des sources proches du président, soulignant le caractère formel de cette participation.
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