Publié le 22 octobre 2025 12h28. Le gouvernement britannique est sous pression pour justifier son ouverture à la construction d’une nouvelle ambassade chinoise à Londres, alors que des inquiétudes grandissantes concernant l’espionnage et la sécurité nationale émergent.
- Le Wall Street Journal accuse le gouvernement de Keir Starmer de privilégier les liens économiques avec la Chine à la sécurité nationale.
- Une affaire d’espionnage impliquant deux citoyens britanniques a relancé le débat sur les risques liés à la présence chinoise au Royaume-Uni.
- Des experts mettent en garde contre la vulnérabilité potentielle des infrastructures financières britanniques si l’ambassade est construite à l’emplacement envisagé.
Le comité de rédaction du Wall Street Journal s’interroge ouvertement sur la position du gouvernement britannique concernant le projet d’ambassade chinoise à Londres. L’éditorial pose la question cruciale : « Pourquoi le gouvernement est-il toujours ouvert à la proposition de Pékin de construire une ambassade géante à Londres, qui serait le plus grand avant-poste diplomatique de la Chine en Europe ? » Cette interrogation intervient dans un contexte de tensions croissantes concernant les activités d’espionnage présumées de la Chine au Royaume-Uni.
La polémique a été ravivée par l’échec d’une procédure judiciaire impliquant Christopher Berry et Christopher Cash, accusés d’avoir transmis des informations sensibles à Pékin en violation de la loi sur les secrets officiels de 1911. Les deux hommes ont nié les accusations, qui ont finalement été abandonnées. L’affaire a mis en lumière les difficultés rencontrées par les autorités pour poursuivre les activités d’espionnage liées à la Chine.
Une décision de la Haute Cour en 2024 avait élargi la définition de la notion d’« ennemi » pour inclure tout pays constituant une menace pour la sécurité nationale britannique. Cependant, le Crown Prosecution Service a justifié l’abandon des poursuites contre Berry et Cash en affirmant que le gouvernement travailliste « n’a pas réussi à fournir une telle évaluation concernant la Chine malgré des demandes répétées », ce qui a empêché l’avancement de l’affaire.
Face à la pression politique, Keir Starmer a reproché au gouvernement précédent de ne pas avoir officiellement désigné la Chine comme une menace. En réponse, le Premier ministre a publié les déclarations de Matthew Collins, conseiller adjoint à la sécurité nationale, qui a souligné l’ampleur de la menace chinoise.
« Les services de renseignement chinois sont très compétents et mènent des opérations d’espionnage à grande échelle contre le Royaume-Uni pour promouvoir les intérêts de l’État chinois et nuire aux intérêts et à la sécurité du Royaume-Uni. »
Matthew Collins, conseiller adjoint à la sécurité nationale
Malgré ces avertissements, l’éditorial du Wall Street Journal remet en question la détermination du gouvernement à reconsidérer la construction de la nouvelle ambassade. En mai dernier, le député conservateur Iain Duncan Smith et d’autres membres de l’Alliance interparlementaire sur la Chine (IPAC) ont alerté le Conseil national de sécurité de la Maison Blanche sur les risques que représente l’emplacement envisagé pour le complexe.
Selon un mémorandum de l’IPAC, le site de 2,2 hectares (5,5 acres) serait situé à proximité immédiate des câbles de données desservant le secteur financier britannique. Luke de Pulford, directeur général de l’IPAC, a mis en garde contre un double risque :
« Si la Chine avait accès aux câbles, elle pourrait surveiller les flux privés et confidentiels d’informations financières et, en cas de crise, elle pourrait perturber les institutions financières occidentales. »
Luke de Pulford, directeur général de l’IPAC
Des législateurs américains ont également exprimé leurs préoccupations. Dans une lettre adressée en février à l’ambassadeur britannique aux États-Unis, les membres du Congrès Chris Smith et John Moolenaar ont averti que le complexe pourrait servir à « accroître le harcèlement des dissidents et des critiques ». Ils ont rappelé que « la surveillance et l’intimidation des Chinois d’outre-mer par la Chine sont bien connues ».
Le gouvernement britannique devait prendre une décision concernant l’ambassade de Chine le mois dernier, mais a reporté celle-ci à décembre. L’éditorial du Wall Street Journal conclut que si Keir Starmer souhaite dissiper les doutes, il doit tenir compte des avertissements et abandonner le projet.