Washington cible 27 transporteurs et paralyse les liaisons, tandis que Mahan Air maintient des vols vers la Chine et que la population subit de plein fouet l’isolement économique.
L’administration américaine a placé vingt-sept compagnies aériennes iraniennes sur sa liste noire, proscrivant tout lien opérationnel avec ces transporteurs sous peine d’exclusions financières majeures, selon l’offensive spectaculaire décrite par les médias internationaux.
Liste noire élargie et menaces sur le système financier en dollars
Les transporteurs majeurs du pays, à l’instar de Mahan Air et d’Iran Air qui figuraient déjà sous le coup de restrictions antérieures, se trouvent désormais ciblés par un dispositif d’une sévérité redoutée. Toute entreprise fournissant du carburant, de la maintenance, des services aéroportuaires ou commercialisant des billets pour le compte de ces compagnies risque d’être exclue du système financier libellé en dollars américains.
Baptisée Operation Economic Outcast
, cette stratégie globale cible également les transactions liées à l’or, aux cryptomonnaies, aux technologies de pointe et au transport maritime. Washington accuse explicitement certaines compagnies iraniennes d’avoir acheminé des fonds, des armes et des combattants au profit des Gardiens de la révolution et de leurs alliés régionaux.
Annulations de vols internationaux et suspensions régionales en cascade
Dès l’entrée en vigueur de ces mesures, les transporteurs aériens de l’Iran ont été contraints d’annuler de nombreux vols internationaux au cours d’une première journée marquée par une forte incertitude. Environ un tiers des liaisons à destination du territoire iranien auraient été supprimées, et Mahan Air a dû interrompre toutes ses dessertes vers la Turquie à la demande des autorités turques, ainsi que vers des destinations comme Mascate et Ankara.
À Téhéran, une agence de voyages locale a confié sous le couvert de l’anonymat la complexité de la situation sur le terrain : La situation est instable et nous ne vendons plus de billets pour le moment par crainte d’annulations
, a résumé cet agent interrogé par l’Agence France-Presse, confirmant la suspension des trajets vers Bagdad, le Qatar, l’Azerbaïdjan et la Géorgie.
Moscou et Pékin maintiennent le pont aérien malgré les interdictions
Malgré la rigueur de ce blocus aérien partiel, le maillage ne s’avère pas totalement hermétique. La Chine et la Russie font exception en refusant catégoriquement d’appliquer les sanctions décidées par les États-Unis. Pékin a balayé ces injonctions unilatérales, qualifiées d’illégales la veille de la mise en application du décret. Un avion de la compagnie privée Mahan Air s’est ainsi posé sans encombre vers 8 h 40 GMT en territoire chinois, illustrant le maintien de certains axes vitaux vers l’Asie.
En parallèle, l’aviation civile iranienne cherche des solutions de repli, espérant rediriger les flux de pèlerins vers l’aéroport de Najaf en Irak, alors même que les autorités de Bagdad se conforment par ailleurs aux restrictions américaines. Du côté d’Iran Air, la direction assurait dans un communiqué préalable n’avoir reçu aucune directive formelle des pays voisins interdisant l’accès à leurs espaces aériens, bien que ses appareils manquent à l’appel sur les tableaux de départs de l’aéroport international de Téhéran.
Une population civile prise en étau face à la récession
Alors que le régime de Téhéran refuse de céder face aux injonctions de Washington, les premières victimes de cet étouffement économique restent les citoyens ordinaires. Avant les conflits récents et les fermetures d’espaces aériens consécutives aux frappes israélo-américaines de février, les aéroports iraniens accueillaient près de trente-cinq millions de passagers par an, principalement sur le réseau intérieur.

Pour les étudiants, les chercheurs, les artistes et les entrepreneurs, la mobilité internationale devient un luxe inaccessible et nettement plus onéreux. Cette asphyxie des transports aériens s’ajoute à un climat socio-économique lourd, caractérisé par une inflation annuelle de 84 %, un chômage officiel dépassant 9 % et une récession prévue au-delà de 5 %, le tout dans un contexte de renforcement de l’emprise des Gardiens de la révolution sur les secteurs clés du commerce et des hydrocarbures.