Confronté à des coupures d’électricité à répétition depuis le début de septembre 2026 à Dakar et à travers le Sénégal, le directeur général de la Senelec, Papa Toby Gaye, a détaillé une crise combinant deux pannes majeures sur des infrastructures clés, des tensions géopolitiques mondiales et de lourdes difficultés financières liées aux impayés de l’État.
La situation électrique au Sénégal subit de fortes perturbations. Depuis le début du mois de septembre 2026, la capitale Dakar et d’autres régions connaissent des coupures de courant d’une durée inhabituelle. Face aux récriminations des usagers, la direction de la Société nationale d’électricité (Senelec) a pris la parole pour exposer l’origine de cette crise aux multiples facettes.
Papa Toby Gaye détaille les pannes du FSRU et de West African Energy sur la RTS
Invité du journal télévisé de 20h sur la RTS le lundi 21 septembre 2026, le directeur général de la Senelec, Papa Toby Gaye, a présenté ses excuses aux consommateurs touchés par ces désagréments récurrents. Il a attribué une partie immédiate de la crise à deux pannes simultanées sur des équipements indispensables à la production d’électricité.
La première avarie concerne le FSRU (Floating Storage and Regasification Unit) installé au large du Cap des Biches. Cette unité flottante permet de regazéifier le gaz naturel liquéfié employé pour alimenter les centrales depuis la conversion opérée plus de deux ans auparavant. Sur cet équipement, c’est une pompe surpresseur qui a lâché. La seconde panne a touché une turbine à gaz de la centrale de West African Energy. Il s’agissait initialement d’une opération de maintenance prévoyant une boroscopie — une inspection interne comparable à une endoscopie médicale —, mais l’appareil utilisé, le boroscope, a lui-même été endommagé en cours d’opération, retardant le diagnostic et la remise en service de la turbine.
Pic de consommation précoce et flambée des prix du pétrole et du GNL
Au-delà des incidents techniques, l’entreprise publique fait face à des contraintes structurelles et conjoncturelles. D’une part, la consommation a dépassé les prévisions initiales. La Senelec tablait sur un pic de demande d’environ 1 300 mégawatts pour le mois d’octobre 2026, mais ce seuil a été atteint dès le mois d’août avec 1 400 mégawatts, réduisant d’autant la marge de manœuvre de l’opérateur en cas d’avarie.
D’autre part, la structure financière et l’approvisionnement en combustible subissent les contraintes du marché international. Bien que la Senelec ait amorcé une transition vers le gaz naturel liquéfié depuis 2020, sa production demeure dépendante du fuel. Sous l’effet des tensions géopolitiques liées au conflit entre l’Iran et les États-Unis, le prix du baril de pétrole est passé de 60 à 100 dollars, tandis que le prix du GNL destiné au FSRU du Cap des Biches a grimpé de 13 à 29 dollars.
Tensions de trésorerie et répercussions logistiques sur l’approvisionnement
Ces surcoûts d’achats au comptant pèsent lourdement sur la trésorerie de l’entreprise. À cela s’ajoute une dette cumulée de l’État envers la Senelec, qui représente environ un tiers du chiffre d’affaires de l’entreprise d’après plusieurs sources citées par RFI. Face à ces tensions financières et d’approvisionnement, la Senelec a reconnu pratiquer un délestage sélectif sous forme de coupures tournantes.
Les difficultés logistiques mondiales compliquent également l’acheminement des combustibles nécessaires, empêchant le respect des délais normaux de décantation. Faute du temps de repos habituel permettant aux impuretés de se déposer au fond des cuves, les filtres censés nettoyer le fioul lourd ou le gasoil se colmatent en une demi-journée au lieu d’un mois, obligeant les techniciens à les remplacer en permanence.
Calendrier de réparation et perspectives de retour à la normale
Pour répondre à la crise, la Senelec a arrêté un échéancier précis. Concernant le FSRU, la pompe de remplacement est arrivée à Dakar et son montage était programmé pour le lundi 21 septembre 2026, suivi de tests le mercredi 23 septembre et d’une remise en service au plus tard le jeudi 24 septembre 2026. Pour la turbine de West African Energy, le boroscope de commande expédié depuis le Ghana devait être disponible le même mercredi.
Le directeur général a ainsi annoncé un rétablissement progressif de la fourniture d’électricité au plus tard d’ici la fin de la semaine, tout en soulignant que les questions structurelles d’approvisionnement et les discussions financières avec les autorités devront se poursuivre pour stabiliser durablement le secteur.