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Être femme, journaliste et artiste au Sahel

Publié le 27 décembre 2025 08h14. Dans le Sahel, une région fragilisée par l'insécurité, les femmes journalistes et activistes paient un lourd tribut pour exercer leur métier, confrontées à des menaces, des violences et un silence imposé. Leur…

Être femme, journaliste et artiste au Sahel

Publié le 27 décembre 2025 08h14. Dans le Sahel, une région fragilisée par l’insécurité, les femmes journalistes et activistes paient un lourd tribut pour exercer leur métier, confrontées à des menaces, des violences et un silence imposé. Leur courage face à l’adversité témoigne d’une volonté de faire entendre leur voix et de défendre les droits des femmes.

  • L’assassinat de Maria Cissé, jeune influenceuse malienne, illustre la dangerosité croissante de la situation pour les femmes dans le Sahel.
  • Fatoumata Harber, blogueuse de Tombouctou, dénonce la difficulté pour les femmes de s’exprimer librement au Mali, face à l’hostilité des autorités et des groupes armés.
  • Aminata Bamby Konaté, poétesse engagée, utilise la poésie comme moyen de résistance et d’expression pour les femmes maliennes.

Le Sahel, vaste bande semi-aride de 5 000 kilomètres séparant le Sahara des savanes africaines, est devenu un territoire de plus en plus hostile, particulièrement pour les femmes. Malgré leur rôle essentiel dans la construction et la narration de la vie locale, elles sont de plus en plus menacées. Le 6 novembre dernier, l’exécution de Maria Cissé, une jeune femme d’une vingtaine d’années suivie par plus de 100 000 abonnés sur TikTok, à Tombouctou, au nord du Mali, a choqué la région. Maria Cissé partageait sur les réseaux sociaux ses opinions sur l’actualité et la vie quotidienne des communautés locales.

Cette partie du Mali est sous l’influence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Dans ce contexte, Fatoumata Harber, blogueuse originaire de Tombouctou, témoigne de la difficulté d’être une femme, une blogueuse et une militante au Mali.

« En ce moment, être une femme, blogueuse et militante n’est pas facile au Mali. Si vous êtes une femme, vous devez vous taire. Ni les autorités ni les groupes armés ne veulent que la voix des femmes soit entendue. »

Fatoumata Harber, blogueuse

Fatoumata Harber, qui a participé au Ve Rencontre des journalistes Afrique-Espagne organisée par Casa África à Madrid, explique qu’elle est née et vit dans la ville historique de Tombouctou, autrefois carrefour intellectuel et spirituel et centre stratégique du commerce transsaharien. Depuis l’occupation de la ville par des milices jihadistes en 2012, la situation est devenue intenable, poussant une partie de la population à fuir les violences. Les groupes terroristes recrutent des jeunes et ont transformé la région en un champ de bataille, d’abord contre la France et les Nations Unies, puis contre la vingtième rébellion touarègue et, plus récemment, face à un coup d’État.

Fatoumata Harber a débuté son engagement journalistique en 2012, après l’occupation de sa ville. Elle a d’abord utilisé l’anonymat, se faisant appeler national, « la dame de Tombouctou », mais a dû révéler son identité en 2014. Aujourd’hui, elle dirige les Laboratoires Sankoré, un centre technologique et de communication sociale qui lutte contre la fracture numérique entre les sexes et forme les jeunes de la communauté. Malgré les difficultés de financement, elle s’efforce de faire de l’informatique un outil d’autonomisation pour les femmes et de sensibiliser les jeunes à leur rôle dans la société.

Son travail lui a valu des menaces de mort et l’a contrainte à quitter son domicile à plusieurs reprises. Elle s’efforce de maintenir un profil politique neutre, se concentrant sur les droits des femmes. Au Mali, les femmes sont confrontées à de nombreux défis, notamment l’accès à l’éducation.

« Les filles sont éduquées pour devenir plus tard mères et épouses pour gérer la maison. »

Fatoumata Harber, blogueuse

La violence physique et sexuelle, exacerbée par le conflit, est également un fléau. Fatoumata Harber déplore l’absence de voix autorisées pour défendre les droits des femmes et l’absence de lutte officielle pour l’égalité.

Dans ce contexte hostile, d’autres femmes cherchent des moyens d’expression alternatifs. Aminata Bamby Konaté, connue sous le nom de Slambamby, utilise la poésie slam, un récital de vers libres chantés en public, pour faire entendre la voix des femmes maliennes.

« La poésie est la voix des sans-voix. »

Aminata Bamby Konaté, poétesse

Co-fondatrice du groupe Maralinké, elle aborde dans ses textes les droits humains, la violence de genre et les inégalités, transformant la poésie en un outil d’éducation et de plaidoyer. Elle estime que la poésie touche l’âme des gens et permet de transmettre des messages sensibles de manière plus efficace que le journalisme.

Les femmes du Sahel sont confrontées aux conséquences du changement climatique, aux violences djihadistes, aux enlèvements, aux violences sexuelles et aux mariages forcés. Elles jouent un rôle essentiel dans la survie de la communauté et de la famille, assurant le fonctionnement de l’économie locale et des soins de santé. ONU Femmes souligne que leur résilience est essentielle pour la stabilité de la région.

Élia Borras, journaliste indépendante basée au Burkina Faso, dénonce la manière dont les médias européens présentent les femmes africaines.

« Nous ne sommes pas du tout justes dans la façon dont nous présentons les femmes africaines dans les médias. Ce sont des femmes qui, si un jour elles s’arrêtaient et tout s’écroulait parce que dans ces pays elles supportent tout. »

Élia Borras, journaliste

Elle critique la tendance à les présenter comme des sujets passifs, sans vie professionnelle ni intérêts propres. Elle souligne également les dangers auxquels sont confrontés les journalistes dans la région, notamment les enlèvements et les menaces de mort. Saleck Ag Jiddou et Moustapha Koné, respectivement directeur et présentateur de Radio Coton d’Andongo, ont été enlevés le 7 novembre 2023 et leurs ravisseurs ont exigé une rançon d’environ 6 000 euros par journaliste. Au Burkina Faso, le rédacteur en chef du journal d’investigation L’Événement, Serge Oulon, est porté disparu depuis son enlèvement le 24 juin 2024 par des hommes se présentant comme des agents de la Agence nationale de renseignement (ANR).

Élia Borras insiste sur le fait que les femmes journalistes sont particulièrement vulnérables, victimes d’agressions et d’abus sexuels. Elles exposent souvent leur corps pour annoncer la nouvelle, par peur des représailles.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.