Home DivertissementExaminer le cœur de la Terre | Eatnama vaibmu

Examiner le cœur de la Terre | Eatnama vaibmu

by Antoine Girard

Publié le 16 novembre 2025 à 15h37. Pour la première fois, l’Opéra Royal de Stockholm donne la voix au sami du Nord avec « Cœur de la Terre », un opéra immersif qui explore les mythes de création et l’importance du lien avec la nature.

Un événement historique s’est produit à l’Opéra Royal de Stockholm : la création mondiale de « Cœur de la Terre » (Eatnama váibmu), le premier opéra jamais interprété en sami du Nord. Cette production, fruit de la collaboration entre le compositeur Britta Bystrom et la librettiste Rawdna Carita Eira, marque une étape importante pour la reconnaissance de cette langue minoritaire sur la scène lyrique européenne.

Bien que ce soit une première en Europe, ce n’est pas la première collaboration entre Bystrom et Eira. Elles avaient déjà créé l’opéra « Gállábártnit » (« Les Fils de l’ours ») en 2019, au Canada. « Cœur de la Terre » représente néanmoins un moment artistique unique, porteur d’un message universel sur le respect de la nature et l’harmonie avec l’environnement.

L’histoire, inspirée de l’épopée « Fils du Soleil » d’Anders Fjellner, relate la création du monde par le dieu Ipmil, lassé du chaos ambiant. De la chair d’un renne, la terre prend forme, son sang devient l’eau et le cœur rougeoyant du vajan est placé au centre du monde. Les esprits Jámesgazzi, représentés par le chœur féminin de l’Opéra Royal, reçoivent un os à ronger et construisent un pont vers le monde souterrain, déclenchant ainsi une lutte éternelle entre le bien et le mal.

La mise en scène, signée Elle Mary Eira, est visuellement saisissante. Les costumes de Léna Lindgren et les décors de Markus Granqvist créent une atmosphère immersive, mêlant des éléments traditionnels samis à des influences contemporaines. Les personnages et les paysages sont stylisés, évoquant à la fois les illustrations d’Elsa Beskow et les mondes animés de Studio Ghibli.

La performance des solistes est particulièrement remarquable. Katarina Leoson incarne avec force le dieu créateur Ipmil, tandis que Jan Jakub Monowid captive dans le rôle de la Lune, un personnage androgyne et envoûtant. La chorale d’enfants des cours de musique d’Adolf Fredrik apporte une touche de fraîcheur et d’innocence, symbolisant l’espoir de l’avenir.

La chorégraphie de Joakim Stephenson, associée à la palette de couleurs pastel et aux motifs récurrents, renforce l’esthétique onirique de la production. Les projections animées de flocons de neige, d’ornements samis et de vagues d’eau contribuent à l’immersion du spectateur.

Bien que l’opéra soit relativement court (environ une heure et dix minutes), certains spectateurs pourraient trouver l’intrigue parfois floue, notamment en ce qui concerne les motivations des personnages et le déclenchement du conflit entre les frères. Une connaissance préalable des mythes samis et de l’histoire de la région peut s’avérer utile pour apprécier pleinement la richesse de l’œuvre.

« Cœur de la Terre » est un opéra familial qui invite à la réflexion sur notre relation avec la nature et la nécessité de préserver notre planète. Un message clair et puissant, porté par une musique captivante et une mise en scène inventive.

Abonnez-vous à la newsletter des arts du spectacle : Première lion & Marcheur de scène

Traumatisme nu avec fils rouges

Traumatisme nu avec fils rouges

1:08:36

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.