L’argent connaît une ascension spectaculaire sur les marchés financiers, propulsé par des tensions géopolitiques, une politique monétaire accommodante et une offre limitée. Le métal précieux a franchi un seuil historique en atteignant près de 75,68 $ l’once (environ 68 €), affichant une hausse de plus de 154 % depuis le début de l’année.
Cette envolée des prix a porté la capitalisation boursière totale de l’argent à 4,04 billions de dollars (environ 3,67 billions d’euros), le plaçant au troisième rang mondial des actifs les plus précieux, derrière l’or et le pétrole.
Trois facteurs clés expliquent cette flambée
Les analystes financiers s’accordent à identifier trois principaux moteurs derrière cette dynamique haussière.
1. Un climat d’incertitude géopolitique et la recherche de valeurs refuges
L’escalade des tensions internationales alimente la demande d’actifs refuges, dont l’argent. Les décisions politiques récentes, comme l’annonce d’un blocus contre les pétroliers vénézuéliens, suscitent des inquiétudes quant à d’éventuelles perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Cette incertitude, conjuguée aux difficultés rencontrées par la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA suite à une cyberattaque, renforce l’attrait de l’argent comme valeur refuge en période de turbulences.
Par ailleurs, les achats massifs de métaux précieux par les banques centrales, qui cherchent à diversifier leurs réserves monétaires, contribuent à soutenir la hausse des prix. Les investisseurs institutionnels continuent également d’afficher un fort intérêt pour l’argent, comme en témoignent les flux importants vers les produits négociés en bourse.
2. Une politique monétaire souple et la baisse des taux d’intérêt
La série de baisses de taux d’intérêt aux États-Unis a rendu l’argent plus attractif, car il ne génère pas de revenus. Les marchés anticipent de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire en 2026, ce qui réduit le coût d’opportunité de détenir des métaux précieux. Les traders s’attendent à ce que la Réserve fédérale américaine (Fed) poursuive sa politique de baisse des taux, même si les prévisions officielles de la Fed ne prévoient qu’une seule réduction.
L’arrivée potentielle d’un nouveau président à la Fed, plus enclin à une politique monétaire accommodante que Jerome Powell, pourrait également stimuler la demande d’argent. Les investisseurs craignent une dépréciation de la monnaie et considèrent les métaux précieux comme une protection contre l’inflation et l’expansion monétaire.
3. Un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande industrielle
Le facteur le plus déterminant est le déficit structurel de l’offre qui affecte le marché de l’argent depuis plusieurs années. Selon Peter Krauth, les déficits cumulés sur les cinq dernières années s’élèvent à environ 800 millions d’onces, soit presque l’équivalent de la production minière annuelle. Les stocks d’argent sur les principales bourses mondiales (Londres, New York, Shanghai et Chine) diminuent régulièrement depuis 2021, ce qui permet aux acheteurs de prendre livraison des contrats à terme sans exercer de pression sur les sociétés minières pour augmenter l’offre.
La demande industrielle reste forte, notamment de la part des fabricants de panneaux solaires, qui utilisent l’argent dans leurs technologies. Les nouvelles générations de panneaux solaires, plus performantes, nécessitent même des quantités plus importantes de métal. L’argent est également utilisé dans l’électronique, les revêtements pour dispositifs médicaux et de nombreuses autres applications industrielles, garantissant ainsi une demande structurellement solide. Le Silver Institute prévoit que les déficits persisteront au cours des cinq prochaines années.
Tendances et indicateurs clés
Les contrats à terme sur l’argent ont enregistré une hausse de 154 % depuis le début de l’année, atteignant un pic historique de 75,68 $ l’once avant de se stabiliser autour de 74,87 $ (environ 68 €). Le rallye a été particulièrement marqué en décembre, avec un gain d’environ 40 % sur les contrats à terme continus. L’indice de force relative (RSI) pour l’argent se situe à 80, indiquant un territoire de « surachat » au-dessus du seuil de 70.
La volatilité implicite sur trois mois du plus grand ETF sur l’argent au monde a atteint son plus haut niveau depuis début 2021. Les stocks d’argent détenus dans les entrepôts liés à la Bourse des contrats à terme de Shanghai sont tombés à leur plus bas niveau depuis 2015, ce qui témoigne de la rareté de l’offre physique.
Perspectives pour 2026
Les perspectives pour l’argent en 2026 sont favorables, soutenues par des facteurs positifs qui pourraient prolonger la tendance haussière actuelle. Le ratio or/argent, qui a atteint 104 en avril, se situe actuellement autour de 68. Les analystes prévoient qu’il pourrait tomber à 15, ce qui impliquerait des prix de l’argent nettement plus élevés que ceux de l’or.
Les investissements en argent via les fonds négociés en bourse ont également dépassé les attentes, avec des entrées désormais estimées à 200 millions d’onces pour l’année, contre une prévision initiale de 70 millions d’onces. Cependant, les investisseurs doivent rester prudents et anticiper d’éventuelles corrections à court terme. Malgré des fondamentaux solides, des replis ne sont pas à exclure. Les déficits structurels, la forte demande industrielle, la politique monétaire accommodante et l’incertitude géopolitique devraient continuer à soutenir le marché des métaux précieux dans les mois à venir.
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