Les espoirs d’un retour du gaz russe sur le marché européen s’amenuisent, malgré les efforts diplomatiques en cours pour trouver une issue au conflit en Ukraine. Si un accord de paix devait être conclu, il ne remettrait pas en cause la stratégie de l’Union européenne de se défaire de sa dépendance énergétique à l’égard de Moscou.
Les prix du gaz naturel restent relativement stables, malgré un niveau de stockage inférieur à celui de l’année précédente. Les réserves européennes sont actuellement remplies à environ 77 %, et le prix de référence TTF est descendu sous la barre des 30 €/MWh pour la première fois depuis dix-huit mois, atteignant un niveau bas.
L’administration américaine, par l’intermédiaire de son émissaire Steve Witkoff, s’active pour négocier un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie. Witkoff se rendra à Moscou la semaine prochaine pour discuter d’un plan de paix, mais la Russie semble peu disposée à accepter une offre qui ne satisfasse pas pleinement ses exigences.
Néanmoins, les analystes estiment qu’un cessez-le-feu, même complet, ne modifierait pas fondamentalement la situation énergétique en Europe après 2022. La rupture avec le gaz russe est désormais bien ancrée, et les efforts de l’UE se concentrent sur la diversification de ses sources d’approvisionnement.
La crise énergétique des trois dernières années a pesé lourdement sur les ménages et les entreprises européens, entraînant une hausse des factures et des coûts de production. L’idée d’un retour aux flux énergétiques russes n’est donc pas particulièrement attrayante pour la plupart des pays de l’UE.
En pratique, un retour en arrière s’avère complexe. Le gaz russe n’est pas interdit dans l’UE, mais l’objectif est d’arrêter les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe d’ici 2027. De plus, les infrastructures existantes posent problème : le gazoduc Nord Stream est physiquement détruit, Yamal-Europe est fermé depuis la fin du contrat avec la Pologne, et l’accord de transit ukrainien avec Gazprom arrive à échéance l’année prochaine, sans perspective de renouvellement.
« Même si les sanctions contre le secteur énergétique russe étaient assouplies, les gouvernements européens hésiteraient à réintégrer Moscou comme fournisseur principal après le choc de 2022 », souligne Ron Bousso, chroniqueur à Reuters.
De nombreux États membres de l’UE n’ont d’ailleurs pas reçu de gaz russe depuis trois ans et ne souhaitent pas retomber dans une situation de dépendance.
L’Europe s’est tournée vers le GNL, notamment américain, pour compenser la perte du gaz russe. Les États-Unis ont exporté 10,1 millions de tonnes de GNL en octobre, un record, et ont absorbé près de 69 % des exportations américaines le mois dernier. L’EIA (Energy Information Administration) prévoit une augmentation de 25 % des exportations américaines de GNL cette année, et de 10 % supplémentaires en 2026.
Le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL, prévoit également d’augmenter sa capacité de production de 85 % d’ici 2030. Cette abondance d’offre de GNL est une bonne nouvelle pour l’Europe, à condition que l’UE assouplisse sa directive sur la diligence raisonnable en matière de durabilité des entreprises (CSDDD), qui pourrait entraver les flux de GNL.
Malgré des stocks de gaz plus faibles que d’habitude, les prix n’ont pas flambé avec l’arrivée de l’hiver. Le prix de référence au hub TTF d’Amsterdam est même tombé sous les 30 €/MWh. TotalEnergies a ainsi annoncé la démobilisation de son unité flottante de stockage et de regazéification de GNL dans le port du Havre, installée en 2022 comme mesure de précaution, car elle n’est plus nécessaire.
Les gestionnaires de portefeuille adoptent une position de plus en plus baissière à l’égard du gaz européen, avec une transition d’une position nette longue à une position nette courte sur les contrats à terme TTF, une première depuis mars 2024. « Cette décision a été motivée par l’entrée de nouveaux shorts sur le marché, qui ont poussé le short brut à un nouveau record », expliquent Warren Patterson et Ewa Manthey, stratèges chez ING.